LE MAROC S OUVRE II
Pierre Loti, jusqu'au moment oit il s'est ressaisi, tourné vers V avenir :
— (( J'ai fini par comprendre que tout vaut mieux que la présente stagnation putride. Au contact de la vie étrangère, cette société se reprendrait, peut-être, à tressaillir. En tous cas : la mort, voilà Vétat qui ne saurait empirer.., »
Eh ! bien, il y a une gare, à Dar Dehigâgh cil se trace la future ville française, à quelque distance de Fez, — une gare oit arrive un petit train.
Il n'en va pas partout ainsi, aux colonies !
Plus d'une fois, la gare a précédé le rail — qui n'a pas toujours suivi.
Une étroite voie stratégique, peu à peu livrée au trafic et au voyageur, à vitesse limitée... Mais la certitude d'arriver...
Et les gens pressés, qui veulent réduire le trajet recourent à la draisine, qui est le rapide réseau marocain ■ — une sorte d'automobile glissant sur le rail, ne comportant que quelques places ^ avec une légère plate^
forme pour les valises. Une arrivée^ un départ, deux coups de sifflets, le jour, ce n'est ^ pas encore pour dévaster le silence des espaces désertiques...
Le silence... Il est, par ces étendues africaines, d'une densité indéchiffrable ; par la boue profonde de V hiver, ou le printemps tapissé de fleurs, ou la poussière d'été, nul bruit ne monte du pas mou des chameaux, des grises caravanes, des pieds nus des hommes, les aboiements des chiens d'un douar, — seule alerte à quoi se puisse tendre l'oreille...
Cet incommensurable silence, on s'y fait à la longue.
D'abord, il effraie, au seuil des solitudes muettes, d'où il semble que toute voix des êtres et des choses soit bannie. Quel appel éveillerait un écho, à travers cet infini de plaine, vide ! D'ailleurs, l'indigène ne va-t-il pas, enroulé de la tête aux pieds dans le haïky