LE MAROC SOU V RE II
enveloppé de la djellaba au capuchon toujours relevé, — V oreille emprisonnée, comine n^ ayant rien à attendre du dehors...
Le silence... On V accepte vite, tout naturellement, à travers le paysage biblique, la nature primitive, oit nulle inveîition de r homme n'encombre et ne résofine ; le silence est frère de la solitude . . .
Mais le silence qui plane sur une ville, — qui semble monter des habitations et de cent mille habitants ! C'est une épouvante de mort, — avant que de vous envelopper d'un charme indéfinissable...
Vous montez sur la butte de Oolla, aux tombeaux des Mérénides, par le soir ou par la lune, et la ville sans pareille gît sous vos regards. Pas une fissure dans la coidée de pierre que fait la cité avec ces maisons dont les terrasses se rejoignent et s'enchevêtrent. C'est comme un éboulis fantastique et régulier, de cubes ternes et mornes, de blocs évidéSy aux découpures géométriques, en alignement et en entassements de sépidcres ouverts : quelques tours carrées de mosquées émergent,
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des jardins se trahissent par des cimes de verdure, sans que les minarets ni les arbres détruisent l'impression de houle pétrifiée oii s'abîme la vue, dans une indicible surprise ; c'est Fez-la-Neuve — qui date du XIII^ siècle.
A V opposé, au sud, — des collines sur lesquelles s' étage le cimetière innombrable de Bab Fetouh, c'est Fez l'ancienne — du IX"^ siècle, dans la fin du glissement au creux de la vallée, de la ville indescriptible, arrêtée là, épanchée comme le glacier aveugle et muet, parmi la verdure jusque dans la campagne...
Car, c'est le silence, comme il n'en peut sortir que de cette midtitude blanche, qui se mouvait aux fêtes de l'Aïd-el-Kébir. Oui^ les salves des fusils crépitaient, dans la joie puérile de la poudre, aux fantasias ; elles ne faisaient que traverser le silence, refermé sur le bruit comme l'eau se recoud sur la déchirure de la rame,,.
LE MAROC s'ouvre II7
Si Fez n'était pas le royaume du silence, comment une voix, un son, gagneraient-ils une telle importance...
J'entends encore la sonnette du marchand d'eau, elle retentit à travers tout le Maroc — et je vois le nègre aux longues jambes de coureur, les mollets nus, Voutre gonflée et suintante de fraîcheur, la tasse de cuivre...
Parfois, une fanfare éclate, des pistons, des trombones, — ou des instruments indigènes, — la musique du Sultan, mais rarement ; depuis tant d'années, le souverain n'avait point abordé sa capitale.
Ou bien, des rumeurs, des chants furieux " traversent la ruelle, — quelque confrérie excitée, hurlant et dansant jusqu'au sang, qu'il ne faut point déranger de ses jongleries frénétiques et le silence a tôt fait de submerger de ses flots infinis ces imprécations éphémères...
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On suit des ruelles interminables tournant à angles droits, d'étroits couloirs aux hautes parois lisses, patinées par le frottement des gens et des bêtes, des parois sans regard, et sans voix, sans l'œil d'une fenêtre, sans V appel d'une bouche, — quand un chantonnement s'échappe, d'une mauvaise porte entr' ouverte par oii se voient des écoliers épelant le Koran — une nichée de bambins, comme des oiseaux dans la fente d'un mur,..
Et le corridor continue, tourne, monte, descend vide ou obstrué de Fahsis à mule, avec les Bâlek, Bâlek, — Prenez garde — des gens qui dégagent le passage, — des Bâlek, Bâlek essoufflés, des gens accrochés à la queue de la bête, qui ont peine à suivre et se font tirer par elle...
Le silence ! il est, ici, inaltérable. Les bruits les plus différents ne le pénètrent pas , rebondissent comme des balles sur une sur-