‹ Le Maroc sans les bochesChapitre 3 sur 21 · LE MAROC A TEN U · texte numérisé non relu

LE MAROC A TEN U

Un chant arabe s'égrène, accompagné au piano.

Allongé sur une banquette de la salle à manger, à défaut de couchettes dans les cabines, je m'assoupis à ce concert bizarre, sans doute parodique. Mais pas du tout. Ce sont les graves pèlerins, mêlés à 7ios compatriotes, qui frappent des mains, soutiennent en chœur l'un des leurs, installé au clavier ; longtemps, les mélopées millénaires du Moghreb vont alterner avec les actualités de Paris, nos jeunes gens plaquant en sourdine, sur les Allah y allah, la ritournelle de confiance :

« On les aura... ^)

La nuit a été furieusement houleuse.

Pourra-t-on débarquer ? J'en suis à des souvenirs d'avril 19 14, où. c'était à dos d'homme, qu'après la descente par panier

lÔ LE MAROC SANS LES BOCHES

dans le canot qui ne pouvait aborder, on était déchargé sur le difficile rivage. Désormais, il accoste au quai de la petite darse, et Ventrée à Casablanca gagne en commodité ce qui s'est perdu d'un pittoresque peu regrettable. D'ailleurs, il en reste; le panier, d'équinoxe n'est pas remisé. Il convient d'attendre l'achèvement du port, dont les travaux sont fatalement ralentis.

La guerre ! J'imaginais que Casablanca devait avoir été « arrêtée » du coup. Or « la bâtisse » continue. Les grands travaux dn Protectorat se poursuivent, dans leur programme d'ensemble, et voici des immeubles privés qui se sont édifiés, de grands magasins, de vastes entreprises ; des orchestres résonnent aux estrades des cafés... Un théâtre fonctionne, avec des artistes qu'aucune « tournée )> n'aurait amenés, — recrutés parmi les territoriaux ; dans ces régiments, des éléments précieux de colonisation se sont rencontrés : i?igénieurs, professeurs, agriculteurs, commerçants, peintres, savants, de sûres compétences, que l'on a su utiliser tout de suite.

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