LE MAROC A TENU
La ville indigène, oii s'était incrustée d'abord notre occupation , étouffe dans son enceinte murée.
Dès ses portes, la ville européenne s'amorce, se presse, puis s'étend dans une ordonnance logique pour l'avenir, suivant des plans qui tâchent à redresser les improvisations du début.
Casablanca — dont nous ne savons guère le nom que depuis 1907- 1908 ! Aujourd'hui, une ville, dans toute sa fièvre de croissance, oii la vie circule abondamment, avec son chemin de fer, ses sociétés de transports automobiles, qui a eu son exposition, au printemps, sous les communiqués de Verdun !
Quelle rancœur, pour la préparation allemande, que cette sérénité infrangible du Maroc ! Avec le grouillant espionnage, des douros et des radios sensationnels, on allait
ï8 LE MAROC SANS LES BOCHES
rallumer les trihus mal éteintes, précipiter les convoitises, fabriquer des prétendants, provoquer les massacres, jeter les roumis à la mer. Et c'était V Islam à jeu et à sang, dans le vertige de la guerre sainte...
Mais notre installation n'était pas que de façade.
Pendant que nous tremblions pour la jeune conquête, à laquelle il fallait reprendre les plus vigoureux de ses effectifs, le général Lyautey, à la lueur des faits, prouvait la solidité indubitable de V œuvre.
Il a tenu, et maintenu, — et davantage.,. Se replier, il n'y a même pas songé. L'hnmobilité ? C'était un aveu d'impuissance, autant que la retraite. Il fallait aller de l'avant, et la maîtrise de l'exécution a suivi la netteté de la conception.
J'ai décoré le mur nu de mon logis de fortune d'une carte qui vient de paraître, oit s'inscrivent lès étapes de notre occupation de 1907 jusqu'au i^^ octobre 1916. Partout la zone d'influence a été portée plus avant. Au prix de quelles fatigues, de quels