‹ Le Maroc sans les bochesChapitre 6 sur 21 · CHEMIN CREUX AUX ENVIRONS DE RABAT · texte numérisé non relu

CHEMIN CREUX AUX ENVIRONS DE RABAT

Fez. — jusqu'au XX^ siècle barrée aux Européens :

« Le maître des chrétiens à l'hameçon...))

« Le maître des juifs à la broche... )) criait-on encore, il n'y a pas si longtemps, au passage du Round, escorté de crachats et d'injures.

Fez — avec sa légende millénaire et son histoire d'hier : 191 2, quatre ans à peine...

Une curiosité est tendue en moi, dont je ne me croyais plus capable.

J'en ai tant vu de capitales fameuses — presque toutes — mais les connaissant cf'avance. De Fez, seule peut-être, l'image n'est pas banalisée encore. Le nom n'évoque pas um physionomie tout de suite ; Fez pose encore une tache de mystère dans l'univers bâti des hommes.

Nous nous insinuons par des cols, gravissons des pentes, contournons des blocs montagneux, dévalons dans la plaine, où nous roulons longtemps, oii l'ombre se trame, et tout d'un coup l'horizon est barré d'une falaise rouge, d'une ligne hostile, si haute par

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les proportions, avec ces campements, ces tentes à ras du sol, ces files d'ânes, de piétons minuscules !

Est-ce le jour décoloré soudain, le vent fraîchi, la fatigue, cette muraille farouche qui ne laisse rien deviner de ce qu^elle cache et défend, sous le soleil saignant, dans la poussière flottante, suspendue, avec cette foule subite, incommensurable après les paysages désertiques, — qui se tasse et se resserre en un troupeau compact comme une eau pressée sous V arche du pont de la porte, et des murs d'autres enceintes successives oit la voiture doit stopper, définitivement ? Impossible de ne pas tituber sous la commotion, comme d'un saut fantastique à travers les siècles et les races.

Sans le compatriote qui nous attendait et nous guide, rien ne nous rattacherait au présent.

Où allons-nous par ces couloirs de ténèbres, enchevêtrés et tournants, ces murs sa?is portes ni fenêtres, qui sont les rues de la cité hermétique ?

// faut s'aplatir, se rencoigner à chaque seconde aux « Balek^Balek » des conducteurs d'ânes et de mules, dont les coujfes touchent de chaque côté ; notre guide s'enfonce, disparaît dans la découpure d'une paroi, qui est une porte, de mauvaises planches même pas ajustées, mais lourdement ferrées, traversées de longs verrous, chargées d'une serrure et d'une clef formidable de prison. La porte donne sur un corridor de quelques mètres où sont allongés des gens, dormant dans leurs robes et leurs capuchons. Le corridor bifurque à angle droit, sur une porte plus décente ; une lanterne s'agite, une voix du Midi nous accueille, d'un territorial qui, à force de macache et d'agi, tente de diriger sa cohue de collaborateurs indigènes.

Nous respirons.

La lune joue dans un bassin, où bouillonne le jet d'une vasque, — au centre d'une cour dallée de faïence, sur laquelle s'ouvrent trois pavillons, deux de côté, le troisième vis-à-vis du bâtiment principal ; des quatre jardinets encaissés, symétriques, en angles, du patio, des

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arbîistes se haussent derrière des balustrades. Comment me trouvé-je ici, dans ce petit palais des Mille et une nuits , aux arabesques de bois peinturluré en bleu, de verres de couleur, de carrelage luisant, avec ce datura dont les cornets semblent de porcelaine, — oie le territorial m'apporte le Communiqué de France, que je déchiffre, hébété, à la lueur d'une lanterne mauresque.

C'est la guerre..,?

Comment dormir, cette première nuit, avec cette eau qui gronde comme un torrent, avec d'autres jets d'autres patios, invisibles, descendu comme au fond d'un puits entre ces murs, sans issue, que ceignent des milliers d'autres murs, dans cette ville de cent mille habitants, ne communiquant que dans les airs par les margelles des terrasses, avec ces clameurs étranges aux minarets, qui se répondent en échos de détresse, ces appels à la prière, en vociférations... si différentes de l'allégresse de /'angélus de nos cloches ?

L AID-EL-KEBIR. — LA FETE MILLENAIRE. — HAÏKS SOYEUX ET BURNOUS RÈCHES. — « MIREILLE » AU DAR BATHA.

C'est Z'Aïd-el-Kébir, la seconde fête religieuse de V Islam ^ qui se célèbre avec une pompe extrême^ — en raison de la présence, pour la première fois à cette date, de Moulay- Youssef à Fez.

On me conduit vers la msalla du Sultan, — un mur blanc, avec un billot de pierre plus bas, — pour les prières et le sacrifice,

sur une vaste esplanade qui s' étage devant le Palais,..

Spectacle incomparable, de coideur et de mouvement, d^une ordonnance qui n^a pas varié, probablement, depuis des milliers d'années, des troupes noires, des vestes rouges, la musique indigène, et une autre, — fanfare de cuivres aux exécutants en robes bizarres, aux teintes de sucre d'orge les plus diverses, formant le quadrilatère, pour la présentation des tribus.

Dominant la foule, de splendides cavaliers blancs, sur les hautes selles emphatiques, toutes brodées et dorées, des chevaux noirs. La ville, ses horizons merveilleux, les campements sur les pentes ou dans le creux, on ne peut qu'y jeter un regard.

■ Toute l'attention est vers la msalla neigeuse, ou, le Chérif officie, entouré de son makhzen.

Ils écoutent la longue prédication de l'iman.

C'est le silence de l'étendue à perte de vue, autour de ce mur, qui, à quelque distance.

n'est plus qu'un trait à la craie sur la colline ; mais des so7ineries annoncent que le sacrifice est accompli, — que la ville peut, à son tour, égorger les quarante, cinquante mille moutons de la fête.

Alors le défilé commence.

Dans le rectangle des troupes, le Sultan s'avance à cheval, protégé du parasol vert, à hoides d'or, hiératique, le visage brun, immobile, dans l'éblouissante blancheur de ses draperies, dans le groupe de son escorte ; ses esclaves, d'une mousseline, chassent les mouches ; d'autres serviteurs conduisent, en main, ses chevaux de parade ; les dignitaires de la cour portent ses armes.

Le Sultan s'avance vers les délégués des tribus, qui lui sont présentés par un maître des cérémonies à cheval, bâton à la main, d'une voix tonitruante, il en est venu, qui n'étaient jamais venues, et c'étaient, aussi, les débuts de Sa Majesté Moulay-Youssef à

Fez, arrivé par la route des Zemmours où nul de ses (prédécesseurs n'avait pu passer sans combattre. De mémoire de F azi, jamais affluence ne fut pareille.

— 'En vérité, mo7i Seigneur, ce sont les gens de Taza, — ou de Marrakech..,

Ainsi, les uns après les autres, le crieur énumère les groupes.

— Que Dieu bénisse la vie de notre Seigneur, souhaitent ceux-ci, dans leur acclamation, avant de se ranger sur le côté, pour laisser la place libre.

Tout Fez a gravi la colline, ou s'est disposé sur V itinéraire du retour, à cheval, à mulet, à âne, à pied, dans le débraillé truculent des foides orientales ; tout Fez, les Marocains et les Européens noyés dans cette multitude africaine. Un seul Français, peutêtre, n'assistait pas à cette manifestation historique et c'était celui à qui l'on devait toute cette paix, tout cet agrégat de tribus anar chiques, courbées à l'autorité souveraine et à l'obédience religieuse de cet

Aïd-el-Kébtr inouï de la Grande Guerre..,

C'est fini.

Soudain, toute la claire ordonnance se disloque ; les troupes rompent leur ligne rigide, pour une formation de marche, suivant le cortège. La foule se rue. Les cavaliers, en galops fougueux retournent aux tentes des tribus ; la poussière tourbillonne, se tend, s'immobilise, comme une frange de Pair, comme un tissu d'or soîis la mousseline d'un burnous de lumière.

Sans doute, le Sultan savoure l'heure de la toute puissance monarchique et religieuse^ autant qu'il est possible, au crépuscule d'un empire de décadence.

Tout va bien.

Le cavalier, chargé de transporter la bête égorgée, l'a remise encore vivante au Palais, ce qui est le présage de toutes les prospérités...

Aussi, longtemps après que le Stdtan est rentré, les acclamations persistent et, dans une fusillade interminable, les armes se déchargent, parmi la cohue en liesse, la plèbe

aux you-yoïL aigus, les chevaux hennissants et cabrés à la poudre.

Par cette journée oit Fez pouvait, en son décor immuable, avec cette scène de sa prospérité ressus citée, se croire revenue à des siècles en arrière, la grandeur française s'affirmait, quelques heures après, dans un autre cadre, en une cérémonie inoubliable.

Sur la fin de l'après-midi, au Dar Batha, dans une vaste cour de la Résidence, oii les géraniums et les dahlias font des bordures à V oranger et au figuier, que dépasse, au loin, quelque plumet bruissant de peuplier du Nord..,

Entre les colonnes de marbre de la terrasse dallée et couverte. Veau bouillonne aux larges vasques, toute changeante des jeux infinis de la Iwnière ; une centaine de personnages, assis en cercles sur leurs talons, attendent, versant le thé à la menthe, Veau de grenade...

Cette paisible assemblée réunit sur quelques tapis les caïds, les cheikhs, les pachas les plus importants qui ont rejoint, accompagné le Sultan, ou sont venus directement des extrémités de Vempire du nord et du sud, de la côte et des limites orientales, d'Oudjda et de Figuig, de Bou De?îib et d'Aïn Chaïr, qui, de temps reculé, n'avaient point paru aux solennités du Makhzen. Ils attendent parmi les canons d'autrefois, allongeant sur les dalles vernissées leur bronze armorié, leurs bouches mortes de pièces de musée.

D'abord, je n'aperçois de loin, sous ces toujfes de blancheurs, qu'un parterre immobile, des boules de neige géantes. Peu à peu on distingue, entre chaque groupe, on discerne bientôt, entre ceux des villes et du bled, entre les haïks de soie et les burnous de coton, entre la barbe taillée du fazi et le montagnard hirsute. Voici les faces soumises, de longtemps, et les yeux durs, les fronts obstinés

mal ralliés encore ; fleurs de serre ou plantes sauvages, qu'il a fallu cueillir une à une ! ...

O littérature, comparaisons fades, il s'agit peu de cela.

La Marseillaise éclate, à Vautre bout du patio, et Lyautey avec quelques officiers, s'avance. Il a sous les yeux, en cette vingtaine de tapis, comme des corbeilles, toute la flore, tous les bouquets de la conquête !

Quel parfum doit respirer le chef heureux, à ces gerbes de victoire !

On lui présente chaque groupe, mais Vinter prête est vite interrompu.

Le Résident les connaît tous, beaucoup, personnellement. Il se rappelle, il cite les combats, précise des traits ; les visages s'illuminent de pleins sourires, les mains se portent, d'un beau geste, au cœur, aux lèvres. Peu à peu le général se fait familier, détendu dans r oubli, peut-être, un instant, de ses tâches et de ses responsabilités multiples, avec les complications métropolitaines.

Comment n'évoquerait-il pas, aussi, les sombres événements de 1912, les émeutes où

il faillit succomber^ — parmi ces ennemis fanatiques d'hier, au milieu desquels il se promène sans armes, presque pas en uniforme ; rien que le képi aux feuilles d'or, rien qu'un dolman « horizon de France », où s'accroche la seule médaille militaire. C'est un maître de maison qui reçoit '^des hâtes de marque, avec toute courtoisie, toute distinction, et les distances, selon les êtres et les mérites. Et quelle honte, quelle franche bonne humeur !

Il cause avec le plus jeune des derniers « invités », Boua-Sidi C'est le petit- fils d'Amaouch, un de nos plus dangereux adversaires, un grand chef de la montagne. La soumission du petit-fils est importante, mais...

— C'est le vieux que je voudrais voir ici, mâchonne Lyautey, dans sa moustache rousse, avec mi regard de côté, qui va loin, de tous les côtés... — ou il y a la guerre encore.

Tapis par tapis, corbeille par corbeille^ les caïds, les cheiks et les pachas, ^se sont

ejfeuillés sans plus de bruit que des pétales, à r haleine de la nuit.

Là-bas, les territoriaux achèvent de jouer Mireille, tranquilles comme sur une placette de Provence,

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EâSP^^SŒ

LE CIRQUE AU M^CHOUAR. — LE NAIN QUI FAIT RIRE LES PACHAS, — UNE EXPÉ- RIENCE DÉCISIVE. — LA PÉNÉTRATION COM- MERCIALE. — LA GUERRE A LA KAMELOTTE.

l'eau qui CHANTE.

Jamais je n'ai tant vu rire, —^ depuis la guerre, depuis Vautre guerre, d'il y a quarante-six ans, à rage où, pour la première fois, j'allais au cirque

Jamais je n'ai tant vu rire, à si belles dents !

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Et non pas une marmaille à la joie facile, mais des grandes personnes — que nous sommes accoutumés à nous représenter éternellement graves, dans leur masse de blancheur, avec de sombres visages impossibles à dérider

Ah ! bien, oui !

C'est à la foire de Fez, dans un bon vieux cirque d'autrefois, — avec Vécuyère au panneau, tenue par une corde, le clown enfariné, le cheval facétieux qui tire le mouchoir de la poche de môssieur Loyal ; un cirque aux gradins frustes, aux quinquets pauvres, le cirque des fêtes patronales de banlieue et de province ; un cirque franco-italien d'Algérie qui avait franchi les centaines de kilomètres, pour planter des piquets, sous les remparts de la capitale chérifienne

Le cirque est venu à la montagne d'Islam, — qui lui rend sa visite, et combien ! Le petit théâtre roulant connaît le bonheur quotidien du maximum, avec des rangs serrés d'indigènes, — des premières aux troisièmes !

— Miousic, commande Auguste à V orchestre, juché au-dessus des écuries...

Et la soirée commence

Toute cette foule regarde, attentive, comme rétive, immobile, et, soudain, est secouée d^ un spasme inextinguible, d'une gaieté qu'elle ûe cherche ^pas à contenir devant la grimace, les drôleries, les giffles retentissantes, les chutes comiques, les cabrioles du nain Goliath, qui joue à tour de rôle les Footit et les Chocolat, irrésistiblement. Autre numéro, de pyramide humaine ; les cuivres se taisent, à la seconde pathétique, et la respiration des spectateurs est suspendue, à quelque gymnastique sensationnelle, — pour se détendre d'un long souffle allégé, le danger passé. Us s'exclament, applaudissent, commentent le tour de force ou de souplesse. Cela me rajeunit de quarante ans, et il me semble que tous ces musulmans s'étonnent et rient du même cœur innocent et puéril dont, en mon souvenir, je vois rire notre petite classe d'écoliers d'avant la guerre, — celle de 1870...

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La Foire de Fez, ce n'est pas qu'un cirque, des chevaux de bois et des montagnes russes. C'est, vraiment, une exposition, aussi, adroite et substantielle, infiniment démonstrative. Une foire d'échantillons, restreinte aux produits français, — avec des moyens limités de transport, de routes neuves, de rails vierges encore de trafic. Maintenant les villes de la côte sont reliées à la cité profonde, si longtemps impénétrable.

La Foire a été l'épreuve décisive.

Avec quelle hâte l'indigène adopte la voiture, l'omnibus, l'automobile, le train !

Ces quelques semaines, par le voyage du Sultan à cheval, de Rabat à Fez, accompagné du Makhzen, de milliers de cavaliers, — avec la célébration de l'Aïd-el-Kébir oii se pressaient les tentes des tribus les plus lointaines, — la vue hantée de cette fantastique évocation féodale, le voyageur aurait pu croire à la légende du Moghreb iminuable, figé à jamais dans ses traditions millénaires. Les caïds, les cheikhs, les pachas se sont dispersés par le bled et la montagne, à longues

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chevauchées ; la Foire a été inaugurée, et ce ne sont plus que machines vertigineuses, locomotives, automotrice, draisine sur le rail, automobiles à travers les pistes, dévorant V obstacle. Et comme Von parlait du retour devant le grand vizir. Si Mohammed el Guebbaz, venu avec la harka, qui parle anglais et français, déclara, avec un fin sourire ironique, qu'il rentrera par auto ; la caravane, c'était bon pour une fois.

La kaïda, le protocole du Palais, ni le Coran n'interdisent de préférer une journée de volant à huit jours d'étapes sur la haute selle encore dure, malgré les plus moelleuses couvertures.

La Foire de Fez, ce n'étaient pas que des parades foraines, des balançoires et des feux d'artifice, le cinéma triomphant, et des cérémonies officielles, encore que cela fût d'une politique habile de distraire l'indigène, de le soustraire à l'incessante propagande ennemie.

D^autres étonnemeiits étaiejit ménagés aux intermédiaires subtils de V Empire chérifien ; surtout, que les fabricants français pussent remplacer les Allemands. Pour une fois V article de Paris arrivait bien de Paris, Etoffe, soie, drap, toile, bimbelotterie , quincaillerie, verrerie, porcelaine, tout s'est enlevé, dès le premier jour. Il n'y en avait pas assez. Foire d'échantillons. On ne voulait que proposer, — et les visiteurs étaient des acheteurs immédiats, navrés de ne pouvoir emporter la pendule, — qui n'était là que « pour la montre )) /

Je ne m'embarquerai pas dans des considérations d'ordre économique, oit je risquerais trop de sombrer. Quel débouché le Maroc peut-il devenir pour la France, je ne sais ; mais il apparaît bien que, dans la mesure de ses moyens, il soit le tributaire fatal de toute l'industrie européenne. Il produit si peu, — et ne garde rien. Les tapis, les coussins, les tentures, qui sont tout l'ameidtlement, s'effilochent vite. Aussi, trouve^t-on de l'usé,

no7î de l'ancien. Les Allemands écoidàient toute une camelotte appropriée — à des tarifs défiant toute concurrence (à nos pains de sucre de 2 kilos, ils en opposaient de 1.800 grammes — au même prix) . Déjà les superbes harnais du cheval et de la mule n'étaient plus fabriqués dans les souks ; des pièces en étaient importées, made in Germany ; le cavalier marocain chausàiit Vétrier allemand.

Enfin, — avec Sydna, — Moulay Youssef dans sa pompe monarchique et religieuse, Fez, détendant son hostilité envers V étranger, aura vu les Français, sous V aspect le plus séduisant, respectueux des croyances, ne souhaitant que se faire aimer. Ici, oii il n'en était passé que quelques douzaines, où il n'en était resté que quelques-ims, avant 191 2, le Protectorat

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en a acheminé une colonie plus dense. Et la Foire en a attiré des centaines. On dépeint d'habitude le débitant local comme indifférent, assis sur ses talons, dans quelque contemplation intérieure, dans la caisse qui lui sert de boutique. Il a déjà changé d'attitude avec les bandes de promeneurs en quête d'une poterie, d'un bijou... Le marchand de reliures ou de broderies a vite aiguisé son regard derrière des lunettes, et ' tendu la main au client ; le Fahsi est, autant que musulman, commerçant, et celui-ci l'emporte sur celui-là. Si la population ne comprenait pas toujours le sens de nos travaux de construction, d'outillage, elle est fort sensible aux douros qui tombent ; c'est là un argument éblouissant, contre les fausses nouvelles de notre ruine chaque jour propagées .

Ce que nous avons voulu faire ici, c'est

un geste de guerre, parce que cette guerre sans précédent se livre sur tous les terrains et emploie tous les moyens.

Ainsi s^ exprime le général Lyautey^ dans une de ses formules de grand soldat, organisateur de la conquête.

Je n^ étais pas sans inquiétude.

J'en ai tant vu de ces expositions, — surtout faites pour les exposants. U originalité de celle-ci, ses résultats ne font plus doute. Elle ne fut pas que le feu pittoresque d'une cité de toile et de planches, surgie miraculeusement, — comme dans le bled, que l'on pouvait croire à jamais calciné par la sécheresse, la végétation reverdit en quelques pluies ; la

moisson croîtra, dans les mémoires // n'y

eut pas que la mise en mouvement, un point de départ pour les affaires et les entreprises... Que d'autres impressions qui n'ont pu manquer de^ frapper les esprits, comme cette revue prodigieuse, ou quelques milliers d'hommes de nos troupes défilèrent devant le Sultan, sur les terres oîi, l'autre matin, s'espaçaient les tribus pour l'Aïd-el-Kébir, pour le sacrifice

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