FEMMES SE RENDANT AU CIMETIERE
du mouton ; des troupes diaboliques, tombées comme des pierres, — transportées par camions automobiles, qui les déchargeaient en un éclair de temps, comme de boîtes infernales.
Je n'étais pas au fond du Maroc pour un feu d'artifice, un concours hippique ou les vitrines d'ustensiles, de nouveautés parisiennes.
Il m'en coûtait de sortir du vieux Fez, où le silence n'est troublé que du ruissellement des vasques dans les bassins de faïence... Et maintenant, fy retourne, à l'Exposition — non sans déception, quand les portes sont fermées, par exemple pour le fils du Sultan et pour son harem, qui n'ont pu résister, qui ont voulu essayer des montagnes russes, des chevaux de bois....
J'y vois un « vieux Marocain » — c'est-àdire quelqu'un de cette douzaine de Français d'avant-garde, qui ont dix, quinze ou vingt ans d'Islam, qui ont assisté à l'émeute, au siège de 191 2. Rares échantillons de la race, que le goût de l'aventure, un pressentiment de l'exode colonial, a poussés jusqu'à Fez, à une époque déjà préhistorique. Ils devaient s'envelopper du burnous, vivre à l'arabe ; ils en parlent la langue ; ils en sont, à jamais ; et la Foire les effare plus que les Fahsis mêmes. Que 71' ont-ils pas vu, sur ce vieux méchouar, encombré ?naintenant des- attractions de nos kermesses occidentales, des objets de nos magasins
Là, sur cette vaste esplanade close oii s'érige un Pavillon, les Sultans recevaient les foules, aux audiences solennelles, re7îdaient la justice. Là, jadis, les pachadours, les ambassadeurs d'Europe, attendaient le bon vouloir ou le caprice de la puissance chérifienne
Contre un mur, une baraque abandonnée porte : Salon du Coiffeur
Mon compagnon me dit :
— Cette cabine mobile était un pavillon que le Sultan faisait rouler à Vendroit du Méchouar oii il décidait de se tenir ; cela aura été le dernier trône des chérifs déchus.
Quel enseignement ! Il n'y a guère plus de dix ans que Moulay Abdel Aziz soulevait les colères musidmanes par ses compromissions avec les Européens, par ses goûts hérétiques pour notre civilisation. La bicyclette, la photographie, un Decauville, des chapeaux à plumes pour ses femmes ! On sait le dénouement ! — et aujourd'hui, la foule fanatique de naguère se précipite au manège, et le Sultan va, en automobile, au-devant du Résident général.
Tout de même, que les regretteurs du passé se rassurent.
Le vieux Méchouar va se vider de la foule éphémère ; les tentes d'un jour vont se replier, sans laisser plus de trace que la caravane dans la poussière qu'elle soulève
Les marchands de Fez peuvent commercer avec les nôtres, sans que le Maroc perde son
soleil, et les cités musulmanes leurs hautes murailles de mystère...
Nous rentrons, par la nuit.
Le muezzin clame, aux minarets, son appel millénaire.
Nous nous rendons chez quelque vizir dont Ventrée de la maison est encombrée de serviteurs couchés à terre, roulés dans leur djellabah ; ils s'empressent ; un seul demeure appuyé au mur, figure étrange, dont les yeux s'animent, — qui prend les mains de mon introducteur ; ce sont de vives effusions, de gens qui se revoient, au bout de huit ans, après tous les événements :
— C'est un pauvre — et un saint homme, que tout le monde vénère ; il s'est installé au seuil du Palais, et n'en a plus bougé, depuis dix ou quinze ans
Mais, dans le Palais, il y a l'électricité, et notre hôte nous quitte pour téléphoner ; j'imagine que ce doit être, encore, dans le
langage poétique^ fréquent même aux entretiens familiers.
Nous admirions le jet d'eau qui s'élançait, en gerbe, d'une large vasque.
— L'eau chante toujours mieux, pour accueillir des amis, nous dit le ministre...
Cela ne changera rien aux mille et mille fontaines de Fez, qu'elles chantent pour, au lieu de chanter contre la France...
sous LA TENTE
DE MEKNÈS A AIN-LEUH. — LES FOUILLES DE VOLUBILIS. — LE POSTE D'iTO. — UN SOIR AU CAMP. — LE MAUVAIS ARTICLE. — GUERRE DU MAROC, GUERRE DE FRANCE.
CEUX QUI RESTENT. — LA PANNE EN FORET. — TOUT CHANTIER VAUT UN BATAILLON.
...Je suis réveillé — m'étais-je endormi ? — aux janjares du coq. Il serait difficile de faire autrement : au Maroc y il paraît que le coq chante toute la nuit. Mais je ne sais pas tout de suite que je suis au Maroc, Il me faut débrouiller la minute confuse. D'une
6o LE MAROC SANS LES BOCHES
couchette rude, la bougie allumée, mes regards se heurtent, entre le sol de terre et le plafond de tôle, à des parois de planche où, sur des tablettes, se rangent des chaussures ; d'un porte-manteau pendent des bridons, des éperons ; sur une table, une cuvette de fer, quelques objets de toilette.
Tout s'éclaire, sauf la caisse où je me lève, qui n'a de jour que par un étroit fenestron dont la vitre est remplacée par des journaux collés ; je suis à Aîn-Leuh, dans une des quatre ou cinq chambres d'officiers alignées en boxes contre un mur ; les autres couchent sous le marabout ; f ouvre une porte ; elle donne sur « un bureau », de la moitié de la chambre, — où un lit de sangle a été dressé ; l'occupant est debout, qui n'a guère reposé non plus, dans son installation sommaire, avec les cocoricos des Chantecler du camp et les abois des chiens du douar voisin.
Du seuil, nous assistons au réveil de la petite cité militaire.
Le clairon sonne.
sous LA TENTE 6l
C'est un tumulte de soldats de toutes couleurs, parmi les chevaux, les mulets, les ânes, et le bétail que les indigènes mettent à l'abri des razzias près de nos clôtures.
Toute une ville de garnison, en tentes et en baraquements, poussée en quelques semaines, qui doit se suffire à elle-même, créer, assurer ses routes et communications, avec les mille difficidtés du ravitaillemeîit en nourriture, en matériel, en munitions, à travers la région hérissée d'embuscades... Il faut tout apporter, tout faire suivre... Aussi, quel cheminement incessant, par les cols et les vallons, de camions, de charrettes, de mulets, de bourricots enrobés de poussière torride, par la sécheresse, ou s' engluant, à ne pouvoir avancer, dans la glaise détrempée en mastic, sous la pluie.
Mais, reprenons du commencement, puisque me voici réveillé, encore que mal familiarisé avec ces aspects du bled combattant qui contrastent si fort avec les' visions de paix, de
labeur et de solennités des dernières semaines.
La transition est brusque.
Nous partons de Meknès après déjeuner — et quel déjeuner ! — dont un député confisque le menu y qui servira à propager la légende de la vie libre et large aux colonies — pour ne s^être assis qu'aux tables de gala^ à Vexclusion des popottes plus humbles de « Vintérieur »... Meknès déchue d'un grand passé, qui est à Fez dans la proportion de Versailles à Paris...
Elle s'étire d'un long sommeil...
Une rue coloniale la traverse — avec des hôtels, des cafés, des boutiques « de la conquête ». Mais, en arrière, elle a gardé son aspect du grand siècle, des portes monumentales, un Palais vaste comme une ville, un lac artificiel i7ispiré de Louis XIV, ces ruines de Rouachiboub, comme un pan du Colisée, de fauves murailles, hantées des cigognes fidèles, une ligne de minarets espacés comme des tours de défense, un fastueux aqueduc.
Le pays est riche et peuplé vers l'agréable
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montagne du Zéroiin aux villages encadrés de vignes.
C'est par là, aux fouilles de Volubilis, municipe romain des débuts de Vère chrétienne, que jurent occupés un lot des prisonniers allemands attribués au Maroc.
Sous la conduite d'un savant archéologue, du Louvre, territorial mobilisé, les Barbares, destructeurs de cathédrales, devaient travailler à cette œuvre délicate de résurrection du passé...
U Allemagne réclama, menaça de représailles..., la tâche était trop dure au soleil d'Afrique...
Pourtant elle n'est autre que celle de nos troupes creusant, empierrant, tassant des routes...
La vérité, c'est que Volubilis dresse son temple d'Hadrien et son arc triomphal de Caracalla au bas de Mouley-Idris, la ville sacrée oii montent les foules en pèlerinage...
La présence des vaincus ici prouvait trop le mensonge d'une propagande inverse...
On invoqua faussement les mauvais trai-
tements pour faire cesser Thumiliation pubique qui contrariait fort les entreprises de soulèvement^ de désertion, d'espionnage.
Uauto roule une heure aux cahots de la piste sablonneuse, toute défoncée des charrois, à travers V escalade des solitudes qu'ils peuplent seuls de leurs files réglementaires. La Kasbah El-Hedjel se hausse en châteaufort sur une butte toute joyeuse par cette lumière, par cette tiédeur, avec, au pied, des carrés de choux qui valent, ici, toutes les fleurs, et, là-haut, la flamme tricolore. Une heure encore sur les plateaux monotones et c'est Ito, le point de concentration d'où Von opérait, en 19 14, chez les Béni M'Guild, dont la moitié nous est soumise — porté aujourd'hui à 60 kilomètres plus avant...
Nous pénétrons dans le camp muré, dont les nombreux bâtiments masquent l'océan prodigieux de montagnes, une houle fantas-
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tique de vagues pétrifiées, que Von a, du cercle des officiers, comme dhm chalet alpin.
Vainement, on nous aura nommé les creux, les pentes et les cimes qui s'enchevêtrent et se superposent, de ce belvédère de 1.400 mètres, jusqu'au Grand Atlas, par delà les sources de la Motdouya. Nous ne nous souvenons que de notre cri de saisissement devant la formidable beauté du paysage imprévu — qui s'accroît de tant d'inconnu...
— En revenant, déjeunez ici ; il y aura des truites...
Oui, oui, il y aura des truites, et le décor indescriptible... Et ce sera une journée de rare tourisme pour le voyageur des beaux jours, qui ne fait que passer... Mais ceux qui restent, dans la canicide, le froid, la pluie, — souvent sans communications... Loin de tout et de tous, en territoire perdu, oii les convois, encore hier, ne cheminaient, pas sans escorte...
Mais Ito est désaffecté — le centre vif
désormais à Aïn-Leuh.Ito n'a gardé que des magasins ; c'est une étape de V arrière.
Nous continuons par des cheyres volcaniques^ des champs de lave oii^ tout de même, quelque chaume entre les cailloux atteste une culture — quelques troupeaux indiquent que tout n'a pas été sacrifié à V Aïd-el-Kéhir et que le mouton continue.,.
Ç à et là, quelque groupe terreux de femmes et d'enfants, qui se jettent peureusement, hors du sentier, annoncent le voisinage d'un hameau ; c'est Aïn-Leuh, noirâtre, sur une pente que nous apercevons d'abord, plus loin, mais plus élevé que le camp...
Le soir fond, avec l'ombre et le froid, sur le village compact, aux maisonnettes serrées, la population pressée, — comme un navire où tout est ajusté et mesuré ; de fait, c'est ici comme un bateau en partance, qui doit être prêt à lever l'ancre, avec son personnel, son outillage, sa cargaison complète ; mais
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dHci, plus d'escale en vue ; c'est le bout du monde...
Des lumières pointent^ une rangée de mercantis autorisés dans V enceinte, ou, le soldat trouve quelques conserves, les menus objets vendus aux abords des casernes, du savon, du papier à lettres ; dans un baraquement, des hommes écoutent un camarade qui plisse et déplisse un accordéon aux notes gémissantes...
Nous dînons à la popote des officiers, sous la tente, — trouée, — que Von n'arrive plus à réparer. C'est du « camping » pour tout de bon. Plus de toile de France. Sera-ce mal reconnaître Vaccueil si cordial de nos hot^s d'un soir que de dire leur chère sévère, privée d'hygiène — - manque de légumes, de fruits, de laitage, — toute en viande et en conserves — avec une eau toujours équivoque...
— Oh, nous ne sommes pas dans les tranchées de France, fait ironiquement, amèrement quelqu'un !
...Ils peuvent en parler ; ils y sont tous allés...
Cependant^ par gêne, sans doute, devant le civil, on laisse tomber le propos, et le commandant, tenant le colonel qui nous a amené, entame les réclamations de service ; tout ce qui est promis et qui n'arrive pas ; faute de quelques boidons, les travaux les plus urgents peuvent être arrêtés.. Quelle préparation que la marche d'une colonne en pays vide /...
La conversation s'est animée, et Vun des convives reprend le sujet qu'ils ont tous à cœur :
— Avez-vous lu l'article de Girod, mon colonel ?
— Non... Girod ?
— Dans un journal de Paris, un député qui signe : Vice-président de la Commission de l'Armée.
A la lueur de la pauvre lampe, sous le marabout claquant comme une voile à la tempête, la prose du lieutenant- colonel Girod, représentant du Doubs, coule plus amère que l'absinthe qu'il défendait à la tribune ^/z 1915 ;
« Les militaires servant au Maroc, pour ne prendre qu'un exemple ^ concourent, pour
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ravancementy les pensions et les décorations, avec les militaires des armées, au moins pour ce qui concerne les services. Ils s'inscrivent tout doucement et uniquement parce que le temps coule, depuis le commencement de la guerre, l'avantage appréciable de deux unités de plus que tous leurs camarades des armées. C'est, dès à présent, deux unités plus deux douzièmes. Bientôt, ce sera trois. Le pauvre bougre de Verdun, de Salonique ou de Péronne qui, asphyxié, empoisonné, typhique, a dû être évacué pour maladie et prendre sa retraite, la prend avec deux annuités de moins que le camarade du Maroc. Or, celuici, s'il ne fait pas partie des colonnes, a vécu à Casablanca, à Rabat, à Mazagran, à Mogador, à Saffi, lieux de plaisance indiscutés, oii le canon n'a qu'un bruit très assourdi. S'il est capitaine, il a touché solde double (exactement l'ancienne solde :
303 francs, plus la nouvelle : 420 francs ; soit 723 francs), tandis que le capitaine de Verdun et de Salonique n'a touché que la nouvelle ; il a droit aux brisques glorieuses.
à la médaille du Maroc, — nos poilus attendent la commémorativey — à la croix de guerre, n^a pas de pension plus chère qu'en France, est logé comme un prince pour 50 francs par mois, est passé capitaine à trois ans et demi de grade parce que ses petits camarades de France et d'Orient se font casser la figure en diminuant ainsi le temps de Vancienneté. »
/ Et voilà...
Quelle tristesse sur ces visages !
On n'est pas fier d'être civil à certaines minutes.
Pour eux le parlementaire de la « Mominette » est un civil.
S'il y a quelques vétilles d'annuaire à réviser, les inégalités de solde à redresser, n'estil pas convenable de réserver le débat pour la Commission compétente ? Qu'un journaliste publie des articles, — il n'a pas d'autre moyen de se faire entendre, — mais quelle nécessité pour un député de verser dans une
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polémique douloureuse où le public ne^ peut rien, quand il est si facile d'en référer aux délégations de la Chambre, seides en mesure d'agir ?
U attaque nest pas qu odieuse, elle est aussi injuste et montre trop d'ignorance de la part d'un Vice-président de la Commission de l'Armée.
Les Coloniaux ont la campagne double, dont s'étonne M. Girod, mais elle ne date pas de la guerre, et le député du Doubs l'aurait votée jadis. Ignore-t-il que les Coloniaux, n'ont pas attendu 19 14 pour se battre, et que s'ils ont des médailles du Tonkin, de Madagascar, du Maroc, c'est pour y être allés ? Combien n'en sont pas revenus !
La campagne double ne compte ni pour l'avancement, ni pour les décorations. Elle avait pour but de compenser la mise à la retraite précoce d'officiers usés plus vite qu'en France par la maladie, la dysenterie, la bilieuse hématurique et le paludisme, qui n'excluent pas le typhus. La solde double ?
mais elle est exclusive de toute indemnité, tandis que la solde simple de France se double, à peu près, de frais de déplacement, de cherté de vivres, etc.. Croit-on que le coût de la vie n^a pas augmenté aux colonies comme ailleurs ?
La guerre du Maroc, la guerre de France ! Il y a donc deux armées ?
— Est-ce que, pour mise de jeu, le Maroc na pas envoyé les 2/3 de ses effectifs, à la grande mobilisation, avec leurs généraux, et leurs cadres, et le régiment marocain serait-il ignoré du Palais-Bourbon ?
Tous les officiers ont demandé à partir !
Cela peut-il étonner, de soldats de carrière qui ont choisi les colonies, justement, pour s'y battre ? Quelle horreur de reprocher à ceux du Maroc un avancement qui serait dû aux petits camarades de France et d'Orient se faisant casser la figure pour diminuer ainsi le temps de V ancienneté ! Combien en reste-t-il du bataillon Mignerot, — parti de Mekhila, dont personne ne survit ? de Char 1er oi à la Marne ! Non, dans
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les cadres marocains, V avancement ne s'est pas fait par procurations ! ...
Il y a quelques semaines, dans un cercle de Rabat, sur une douzaine d'officiers contant leurs blessures, F un tendant une main à demi desséchée, Vautre quelque cicatrice qui lui raidissait le cou. Von interrogea le douzième, silencieux :
— Moi, ça ne se voit pas... vous voulez voir ?
La face était intacte, à la peau tannée de soleil, la voix normale, les lèvres tendues, sous la moustache...
Le capitaine porta la main à sa bouche. C'était comme s'il se dévissait la mâchoire, déposant dans l'assiette un râtelier compliqué, des ustensiles qui lui soutenaient le palais, tendant la joue, la lèvre flasque... Dans la stupeur, il remit les appareils en place et dit :
— On fait des choses admirables, maintenant !... Passez-moi le fromage !
J'ai posé la question :
— Y a-t'il des officiers embusqués au Maroc ?
— Mais, pas un ! C^a été une frénésie de s'embarquer pour la France.
— Quelle situation que de n'en pas être / Alors qu'on n'a cherché que ça, dans les expéditions coloniale^ !
Quand on croyait que la guerre n'allait pas durer trois mois...
Maintenant, un roulement est établi, tout le monde ira...
Naturellement, dès qu'un Marocain est abîmé aux tranchées, le Résident général le réclame...
Il faut des spécialistes, des Africains à l'Afrique, qui aient le courant, l'habitude, le débrouillage du bled pour mener nos éléments composites : la Légion, les Groupes spéciaux, les Noirs... Il a fallu garder ceux que l'on ne pouvait suppléer : des arabisants, des bureaux de renseignement, des inter prêtes qui ne le pardonnent pas au général, se jugent sacrifiés à ceux de son entourage, dont tous ont passé au front français. Ceux qui res-
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tent..., un des leurs y le poète-lieutenant G. Rouger] n'a-t-il pas chanté :
J'ai songé que ceux-là qui sont partis là-bas, Au mois d'août, rayonnant d'une beauté sereine. Pour ces plaines du Nord, vers ces bois de Lorraine, Dont beaucoup ne reviendront pas ;
Que tous nos compagnons, dont la tâche est si dure, La part si glorieuse et le sort incertain. Ne connaîtront jamais, quel que soit leur destin, Le mal secret qui nous torture.
Quand se seront éteints les feux que cet enfer Déchaîne pour sauver la France par les larmes. Ce qui nous manquera, deva?it nos frères d'armes, -C'est la fierté d'avoir souffert.
QuHl est généreux y le persiflage de M, Girod sur Casablanca, Mogador, lieux de plaisance indiscutés (oïi il n'y a que des territoriaux, des services). Ah ! ces officiers, logés comme des princes, pour 50 francs par mois !
La conversation s'achève dans le fou rire : — Oit donc ? Que fy coure II
Le métier condamne ici rofficier au perpétuel devenir.
C^est la ruine que de sHnstaller. Passe encore pour le garçon qui se contente d'un tournébride ; maïs les ménages^ et les enfants !
Avant de risquer de tels pataquès, M. Girod, pour les éviter, n'aurait eu qu'à ouvrir le volume de M. René Besnard, son ancien ministre de l'Aviation, son collègue et son ami personnel, au chapitre : « La crise .des Loyers ». (a L'œuvre française au Maroc », janvier 19 14).
(( A Casablanca, des baraquements en planches, couverts en tôle ondulée, se louent de 150 à 250 francs par jnois, non meublés, selon qu'ils ont trois ou cinq pièces. Et ces pièces sont d'inconfortables petits réduits, en planches non rabotées laissant passer le vent, la puanteur qui flotte sur tous les quartiers vagues des villes arabes, le soleil et la poussière. Une chambre d'hôtel exiguë aux murs misérables, blanchis à la chaux, avec un lit de fer, une armoire et une table, se loue de 12 à 16 francs par jour.