‹ Le Maroc sans les bochesChapitre 8 sur 21 · LA MEDERSA DE SALE · texte numérisé non relu

LA MEDERSA DE SALE

yS LE MAROC SANS LES BOCHES

« A Rabat y il est impossible à un Européen de se loger, quelque prix quil offre., s'il exige quelques conditions très simples d'hygiène et de propreté.

« (Là, où s'est installé le gouvernement, on a construit, mais l'habitation est hors de prix, quand même.)

« A Saffi, à Mogador, le plus petit logement coûte déjà 200 francs par mois ; on cite plusieurs colons qui, partis pour s'installer à Saffiy à Mogador, à Meknès, sont revenus s'embarquer par suite de l'impossibilité de se loger. ))

Suit un paragraphe sur le renchérissement de la vie.

« On peut dire, d'une façon générale, que le coût de la^ vie matérielle est plus cher au Maroc qu'en France, dans la proportion de 40 0/0 à 100 0/0 suivant les villes... La même pension qui, dans une grande ville de France, coûte 80 à 100 francs, coûte 180 <2 200 francs par mois à Casablanca, à Rabat, et lui est très inférieure. »

A travers le camp endormi où le vent gla-

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cial semble s'acharner à vouloir souffler les étoiles y nous gagnons notre compartiment avec r espoir de dormir <( comme des princes » ; mais les coqs nocturnes en ont décidé autrement^ et d'autres phrases qui alimentent mon insomnie

Au matin, nous partons pour gravir jusqu'aux limites acquises, en avant et en haut d'Aïn-Leuhy par la montagne de chênes-verts et de cèdres archiséculaires . Nous sommes tout à r enchantement de la forêt grandiose et gracieuse, animée de milliers d'oiseaux. Je n'avais jamais vu de cèdres que par arbre isolé, comme prisonnier dans nos jardins de France. Quelle majesté, quelle superbe à l'état de nature, groupés en tribus de tous âges, se superposant toujours plus haut, en piliers oii se pose le dôme céleste. Des jeunes, graciles, s'élancent du sol à côté des morts dont le squelette desséché jonche la terre, à l'ombre des burgraves de la forêt ancestrale.

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Le colonel connaît chaque groupe et chaque individu. Nous descendons ^ nous nous écartoîis du raidillon par oii grimpe F auto. Quelque goumier est là, en manteau bleu, fusil haut, à la tête de son cheval. De proche en proche, les trajets doivent être surveillés. Plus loin, un lieutenant chevauche avec une escorte pour protéger les agents forestiers qui ont, eux, à protéger la sylve profonde contre l'exploitation ignorante, paresseuse ou trop intéressée. Car, on va, les indigènes comme les Européens, au plus facile et au plus productif.

Le colonel signale les arbustes arrachés malgré toutes prescriptions.

Ici, les chefs doivent tout savoir, tout prévoir, tout voir.

U action politique se conjugue avec Faction des armes. C'est pour un rien, qui dérange quelque coutume locale, quune région demeure ou redevient hostile. L'auto stoppé à une clairière ou veillent des partisans . C'est le terminus de la zone de sécurité. Au delà, la circulation ne se fait plus guère sans coups

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de fusils des Berbères retirés dans les ravins et les rochers; au delà du palier et de la vallée y la montagne s'élance de nouveau avec ses chênes et ses cèdres altiers où pullulent des singes.

Sur les crêtes, émerge de ce' vert décor une silhouette blanche et Youge de goumier ou de spahi à cheval, immobile dans la lumière.

Nous devons rejitrer, mais il y a une panne. Le chauffeur a profité de V arrêt pour une réparation d'un quart d'heure. Nous descendons doucement ; il nous rejoindra, mais le quart d'heure passe et un autre, et d'autres. Le colonel commence à s'inquiéter.

— Il ne faudrait pas qu'ils nous aient pris l'auto !

— Oh !

— Ils nouf en font bien d'autres !

Nous continuons de descendre à pied, sut la deuxième heure. Nous ne sommes plus des passants vertigineux. Nous vivons avec la forêt. Les géants bercent leurs palmes, avec

des gestes d'accueil y et nous nous asseyons ^ remarquant que le colonel traîne la jambe.

On n'y pense jamais que ce magnifique soldat a été blessé. Il est d'un tel entrain, moral Ci physique, si alhni d^ esprit e' de carrure, toujours à r œuvre, le premier en tout. Il obtient tout le maximum de ses troupes ; c'est un entraîneur d'hommes dont le cran s'est fait voir aux grands coups de l'Est et du Nord, comme ici.

La jambe labourée de shrapnells, il n'a échappé que par hasard à l'amputation.

Après les citations les plus glorieuses, au bout de longues semaines d'hôpital, il est revenu à Meknès. Les touristes de Fez ont connu son accueil magnifique dans sa maison maure, à la table réputée, dont il fait les honneurs avec une inlassable bonne humeur. Ils ont admiré à la Foire le pavillon qui disait l'ardent effort économique de sa province ; mais le café avalé, ils ne l'oiit pas vu courir à tous les postes de front d'Anoceur et de Tarzout à Timhadit et à Ait Lias. Le colonel Poueymireau a la cote de ses chefs comme de

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ses subalternes et de ses administrés. Il est de ceux que les indigènes adoptent et dont ils disent : « Celui-là^ c'est un parfum de notre pays. » // est de ceux qui peuvent se passer de Vestime de M. Girod.

Nous avions achevé de desce7idre en deux heures. Le colonel souffrait visihlemejtt... A la suite de pareille fatigue, il avait éprouvé une longue rechute... Nous résolûmes d'attendre les chevaux qu'il envoyait commander par un goumier ; mais l'auto ronfle, derrière nous... La panne était conjurée... Cependant il ne pouvait plus être question d'aller savourer les truites d'Ito... Nous rentrâmes au camp retentissant comme urte usine de guerre... Cent travaux de constructions s'exécutaient... C'est de la conquête qui s'installait dans la guerre... Tout chantier vaut un bataillon...

Et Lyautey a fait pénétrer Vidée féconde dans tous les esprits.

Ce n'est pas qu'eji son entourage, mais aussi loin que l'on s'enfonce dans le bled que

règne la foi dans la clairvoyance souveraine du Résident, dans sa volonté impétueuse, dans ses initiatives hardies. Il pousse droit à Vohstacle avec un tel cran élégant ! Que Von aille de V avant : ort se sait soutenu. Et ses impatiences, ses gronderies, ses vivacités dans la fièvre d'agir ne blessent personne, tant elles comportent de chaleureuse camaraderie... Ah, ce n'est point une sinécure de tout repos que d'être distingué du Général ! Pour devenir son homme, il faut être, à toute heure, dans un renoncement total à soimême... La sieste sacrée aux colonies est mal portée dans le Protectorat, et il n'y a pas de droit imprescriptible au sommeil pour les autres, quand cet ardent travailleur se sent en humeur d'abattre de la besogne... C'est le plus souvent après une journée débordée de labeur, au moment où tant d'autres aspirent à l'oreiller, que le général a une idée, suivie de quelques autres :

— Dites, donc, Bénédic, vous avez les dossiers A. B. C, etc., sous la main ? Si nous profitions de la présence de X.

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pour voir un peu ça, hein, Bénédic, au trot... C^est le signal pour les autres invités de s'éloigner. Et le commandant X. ou le chef du Service T., qui venaient de quelque zone lointaine, escomptant la soirée libre, à Rabat ou à Fez, sont embringués pour la moitié de la nuit. Prestigieuse tyrannie à quoi tous ambitionnent de se prêter. Cette voix rocailleuse et qui sort mal d'entre les lèvres pressant une sempiternelle cigarette, a le charme le plus prenant. Une lueur de bonté baigne les yeux clairs. Et quelle séduction dans la franchise des propos, — plus d'une fois injuste, dans ses boutades mal réfrénées ^ mais où il accepte si bien la contradiction. D'ailleurs, le Général ne se met vraiment en frais de coquetterie que pour séduire l'adversaire. Tout nouveau vejiu a son tour. Chacun est interrogé, pressé, et classé. A l'heure opportune, il sera fait appel à l'un et à l'autre. D'autre part, nul qui se retire sans reconnaître qu'il s'est trouvé devant une rare personnalité, telle que l'a dressée d'un verbe définitif Alfred Droin, le pur

poète et V héroïque capitaine^ venu du siège de Fez et de la trouée de Taza, pour verser son sang aux combats de France :

Fondateur de cités et constructeur de routes^ Général héritier de l'idéal romain, Grand semeur des moissons heureuses^ qui demain^ Sous des soleils meilleurs s'épanouiront toutes :

Aux brises de l'Islam nos craintes sont dissoutes^ Et tandis que chez nous chancelle le Germain y La victoire française, en un vol surhumain, Voit l'Atlas te céder ses suprêmes redoutes.

Ton nom sonne aujourd'hui parmi les plus beaux noms, Toi, par qui la charrue est la sœur des canons, Et présage à nos yeux la revanche prochaine.

Aussi la Gloire, prompte à devancer les temps, Favorisant ton front de ses dons éclatants, Enlace des épis à tes feuilles de chêne.

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