‹ Le Maroc septentrional: souvenirs et impressionsChapitre 11 sur 24 · MIS · texte numérisé non relu

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et respirent la tristesse et Thumidité. On sort de la ville sur le plateau supérieur par une porte en vieux style maure, sculptée d'arabesques assez grossières, et on se trouve alors sur une large esplanade battue par les vents et qui domine l'infini de l'Atlantique. C'est là qu'a lieu le marché aux bestiaux. Si on dirige ses pas plus au Sud, on rencontre une vieille forteresse portugaise qui fut construite au début du xvii^ siècle et qui a un aspect des plus originaux avec ses flanquements en losange qui s'avancent en arêtesaiguës comme des éperons de cuirassés. Non lom de là, les remparts de la ville se terminent à une poterne appelée Bab-ei^^Rotia, On a de ce point un coup d'œil magnifique sur l'oued Lokkous.

La rivière, immédiatement avant son embouchure, serpente en nombreux méandres aux coudes rapprochés et forme autant de presqu'îles : celles de Khlidj\ de Tchemmich et de Sidi Oueddar, Parallèle à la mer et longeant la dune de sable, la première branche, large et profonde, sert de port naturel aux barques, aux chalands et aux navires de faible tonnage comme le vapeur du Sultan, le Turki^ que nous retrouvons là, et certains caboteurs spécialement construits pour le passage de la barre. Quelques travaux de dragage et l'élargissement du chenal feraient de cette situation naturelle un port merveilleux. Ce port drainerait les produits de tout le pays, des régionsd'El-Kçar,d'Ouezzan et particulièrement de Fez qui est seulement à 200 kilomètres de Larache. L'oued Lokkous déroule ses méandres.

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au milieu d'une plaine marécageuse et verdoyante, et ces anneaux de pleines eaux qui se courbent majestueusement au gros de Tété sont vraiment d'un pittoresque effet. Tous les voyageurs qui viennent au Maroc à l'époque des pleines chaleurs sont du reste frappés à la vue des larges fleuves navigables qui viennent se jeter sur la côte Atlantique.

Au nord de la presqu'île de Tchemmich s'élève une colline boisée du même nom où on voit encore des blocs de pierre énormes qu'on attribue à une fondation phénicienne ; non loin de là, des murs d'origine romaine résistent aux rigueurs du temps : c'est vraisemblablement là qu'existait le poste de Lixus^ dont le nom a quelque analogie avec celui de l'oued Lokkous. Le brave de Chénier, qui vivait au xvni^ siècle, et d'autres après lui qui ont eu la bonté de le redire, voyait dans l'appellation arabe de la ville (El Araich : les Treilles) un souvenir du jardin des Hespérides et du palais d'Antée, et il supposait que la rivière, avec ses sinuosités, avait donné lieu à la fable du fameux dragon.

La population de Larache compte une dizaine de mille d'habitants dont environ deux mille Juits ; ces derniers ne vivent pas dans un mellah spécial et sont disséminés dans toute la bourgade. Les Musulmans sont doux et paisibles, comme dans toutes les villes de la côte ouvertes au commerce étranger. Quelques rares Euro-

f)éens sont installés à Larache : les agents consuaires des principales puissances, le contrôleur français des douanes et deux ou trois industriels

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-et commerçants, dont un minotier ; en tout, une dizaine de personnes environ. Un sujet italien a construit sur le plateau qui domine rOcéan un immense fondouk qui se voit de très loin et qui fait, paraît-il, d'excellentes affaires. C'est de là que part la route de Rabat.

La route de Tanger par Arzila commence sur les dunes de sable, au Nord, et, pour y accéder, bêtes et gens doivent être transportés sur un bac depuis Bdb^el-Mersa, Les matins d'été, les eaux ■calmes et bleues de l'estuaire qui s'allonge •comme un vaste lac intérieur ; le sable nu et rougeàtre qui borde la transparence du fleuve et où pointe de ci de là un palmier isolé ; les bacs grossiers remplis d'indigènes, de mulets et de chameaux chargés ; les caravanes qui, pataugeant encore dans l'eau où elles viennent dé débarquer, se dirigent vers la dune fauve ; les barques des pêcheurs marocains qui se bercent au mouillage €t dont les voiles flottantes se colorent de reflets ♦ cuivrés ; enfin, le soleil ardent qui illumine cette scène de son intensité crue, tout cela donne à ce coin du Lokkous un faux air de paysage de Palestine et rappelle les aquarelles de Tissot, le peintre de la Bible.

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