CHAPITRE XVII
Pour la seconde fois nous voici devant l'enclave de Melilla, L'aube blanchit à peine la surface terne d^' la mer immobile que notre navire, après avoir doublé le cap des Trois- Fourches, longe les découpures verticales du petit territoire espagnol. Le « Ravin profond n [Barranco hondo) qui entaille la falaise noire et la pointe SabauilLi limitent une anse étroite, le Muelle Colorado (le quai rouge), et ces deux points extrêmes marquent la zone neutre d'où
f)artent deux lignes parallèles qui entourent de eur double réseau de bornes blanches les douze kilomètres carrés que l'Espagne s'est taillés sur le sol marocain. Puis, c'est la Cala del Agiia,
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mouillage évasé où autrefois les bateaux allaient faire leur provision d'eau douce, la pointe de la « Grosse Face », rocher massif qui rappelle en elfet les traits de quelque énorme visage joufflu.
En face de nous se détache presque complètement des aspérités du littoral une petite presqu'île hexagonale et brune. Sur sa plate-forme élevée apparaît le vieux Melilla derrière ses murailles acculées à l'escarpement pierreux et surmontées au Nord d'un phare carré et blanc comme un minaret. La presqu'île est séparée du continent par une entaille profonde que la mer s'est creusée dans la muraille rocheuse et grise et qui forme la Ensenada de los Galapagos (la baie aux Tortues). C'est un coin de Melilla curieux et sauvage que ce chenal étranglé au fond duquel le remous des vagues prend une teinte vert sombre.
Un vent violent s'élève, un vent de terre qui couvre la surface des flots d'une écume blanche et savonneuse tandis que le paquebot et même les petites barques venues du quai restent immobiles sur ce floconnement superficiel. Nous utilisons les bons offices d'un des mariniers du port et nous nous faisons mener à terre pendant que le navire débarque lentement sur des chalands plats sa cargaison de bœufs. Les malheufeuses bêtes viennent de Casablanca. Là-bas, on les a embarquées dans les mêmes conditions, c'est-à-dire en les hissant par les cornes avec la grue à vapeur. A Tanger, le petit steam-boat anglais qui les avait chargées sur la côte Ouest les a déposées dans des oarcasses où nous les
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avons vues amener vers le rivage et précipitées à l'eau au moyen de leviers en bois pour les engager à rejoindre la plage. Les pauvres bœufs ont attendu là deux jours sans boire ni manger ; puis, les bateliers marocains les ont replacés tant bien que mal, avec de grands coups et de grands cris dans les barcasses profondes, et le bateau français les a hissés a nouveau dans les airs pour les laisser retomber lourdement à fond de cale. Il faut voir ces animaux résignés suspendus au bout du cable, tous les muscles du corps tremblants, les nerfs du cou saillants, les yeux blancs et injectés de sang, la bouche et les naseaux suppurant une mousse rougcàtre. Après un pareil régime subi quatre fois, après une disette de cinq à six jours, les b(cufs destinés à la garnison de Melilla tombent dans un état de prostration douloureux à voir. Toute la matinée, après avoir été débarqués, les nôtres restèrent couchés, abêtis, les yeux troubles, dans une petite prairie artificielle, sans vouloir boire ni manger. L'après-midi, c'est avec satisfaction qu'en passant par là nous les aperçûmes rassérénés et broutant avidement l'herbe fraîche.
J'ai dit ailleurs que le quai de Melilla était original avec son alignement de petits magasins cubiques soudés les uns aux autres et bigarrés de couleurs voyantes bien espagnoles. Dans les cafés, il y a force clientèle et on cause politique. Car on fait de la politique à Melilla. Il y a d'abord les questions locales qui préoccupent la population représentée par un conseil municipal que préside le général -gouverneur. En
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réalité, c'est ce dernier qui est souverain maître et les habitants ont le bon esprit de ne pas s'en plaindre, car ils se sont aperçus jusqu'ici que la solution rapide et large des questions pendantes ■ émanait toujours du fait du gouverneur militaire. Il y a aussi la politique générale qui émeut les Melilliens. Beaucoup d'entre eux sont républicains, reçoivent des journaux à tendances républicaines, correspondent fréquemment avec des amis du continent, et dans leurs conversations animées fixent avec assurance la date de la proclamation de la République Espagnole. Mais dans tout ce feu de paroles méridionales jamais un mot malsonnant à l'égard du jeune roi. On le plaint, on regrette les circonstances défavorables qui l'ont fait naître mal entouré du gouvernement actuel, on assure même que les révolutionnaires essaieront de lui faire oublier, par de nobles compensations, la perte du pouvoir. Qui :nser qu'on échatïaudait ainsi Espagne sur ce petit coin de
(lus nous avons parcouru la Èi-dire la forteresse bâtie sur la î casernes, ses bâtiments milire et son bagne. Les rues, ;es, pavées de pierres grises et îes parles forçats et par le vent ertes et dégageaient cette tris- \\ définie qui émane de tous les ent la parcelle de terrain exilée Tous ceux qui ont passé par là ais souhaité d'y venir planter
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leurs choux. C'est la « terre d'ennui » par excellence.
L'enceinte du vieux Melilla se prolonge un peu au-delà de la péninsule de rocher et court le long des premiers coteaux qui descendent vers la mer, depuis la Pointe Sainte-Barbe au Sud jusqu'à l'entrée du Goulet des Tortues au Nord. Près de là, hors les murs, une route conduit au cimetière et jusqu'au polygone, plateau qui domine la mer et sert de terrain de manoeuvres à l'artillerie, dominé par un piton aride qui couronne le fort de « Rostro Gordo ». D'ailleurs tout est aride sur le petit territoire de Melilla. Par des prodiges de patience et d'adresse les forçats ont réussi à faire pousser, non loin de la ville, un petit jardin public aux arbustes rabougris qu'une eau parcimonieuse arrose péniblement et que les vents marins secouent presque sans trêve sur ce sol stérile.
Une voie poussiéreuse qui sort de la porte, au Sud-Est, franchit une sorte de canal desséché et bifurque en deux branches. L'une s'infléchit vers les premières hauteurs où s'étale le quartier neuf, le faubourg de Santiago ; là, des petites maisons à rez-de-chaussée et à terrasse, crépies de gris clair ou de bistre s'alignent mélancoliquement le long de larges artères qui se coupent à angle droit et où quelques forçats dament en silence les cailloux blancs avec lesquels ils nivèlent les affaissements de ces terres rapportées. Tout cela est très neuf, bâti à l'américaine, mais il y manque l'animation des peuples actifs ; rien de plus navrant que ce quartier espagnol aux
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bâtisses encore fraîches de plâtras et de peintures criardes, flambant neuf sous les rayons ardents du soleil, sous l'azur très clair du ciel méditerranéen, et cependant aussi muet et aussi triste qu'une vieille bourgade de Hollande sous la pluie. Nouvelle image de ce qu'il y a d'artificiel et de factice dans le développement de Melilla dont l'Espagne se félicite depuis quelques années.
L'autre route qui longe le rivage et qui ne tarde pas à devenir un chemin à travers champs conduit à la douane marocaine, la douane du Prétendant dont j'ai déjà parlé. Une seconde fois nous passons devant le Campo de los Moros où de malheureuses familles rifaines réfugiées se consolent de l'abandon du Sultan en vivant tant bien que mal à la charge de l'Espagne. En chemin, le jeune cocher de 12 ans qui conduit la caisse gémissante qui nous sert de voiture nous annonce que nous allons voir des têtes coupées de Moros apportées de très loin, là-bas dans le Sud, pour être accrochées aux murs de la douane. En disant cela il rit de bon cœur en montrant ses dents blanches et en clignotant ses yeux vifs où luit la satisfaction qu'a l'hidalgo de voir couler du sang maure : vieux reste du souvenir des croisades andalouses.
Et en effet il y en avait des têtes, il y en avait des pleins couffins doubles amenés de i5o kilomètres à dos de mulet, trophées lamentables et répugnants d'un combat meurtrier qui s'était livré non loin de la Kasbah El-Aïoun entre les partisans du Roghi et les troupes du Sultan.
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Ces dernières avaient été décimées et, pour faire plaisir aux amis de Melilla qui, depuis quelques temps, réclamaient des indices de victoire, les gens du Prétendant avaient coupé une centaine de têtes de morts et de blessés, les avaient frottés de sel et de miel pour qu'elles se conservent mieux, et les avaient expédiées par des muletiers réquisitionnés. Une à une les bétcs de somme étaient iarrivées chargées de leur funèbre fardeau et les gardiens de la douane avaient suspendu au mur deux par deux^ oreille à oreille, les masques grimaçants et souvent mutilés par les balles des malheureux qui avaient succombé dans la bataille. De la sorte, les nombreux Rifains du pays qui se rendaient au marché de Melilla ou qui en revenaient, étaient obligés de défiler devant ce spectacle macabre et de reconnaître les nobles et invincibles qualités du Prétendant. C'était une réponse du tac au tac aux procédés du Makhzen.
« Puisque tu vas à Oudja, me disait un vieux Guelàïa édenté, dis-leur bien là-bas que s'ils ont étalé les têtes de nos amis au-dessus de leurs portes, pour intimider les dissidents, nous aussi nous leur rendons la pareille ici et nous exposons, aux regards de tous, les faces maudites de leurs partisans. N'oublie pas de dire que tu as vu cela, de tes yeux. On te croira, toi, un Français. » Façon naïve de sousentendre combien les Musulmans se défient entre eux de la véracité des nouvelles qu'ils comportent.
Le bon vieillard se méprenait d'ailleurs sur le
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degré de confiance que Je pouvais inspirer. Cinq jours plus tard, je racontais ce que ]*avais vu à Melilla à quelques indigènes d'Oudja et je vis bien qu'ils ne me croj'^aient pas.
Ce qui est encore moins croyable c'est que l'Espagne tolère une pareille exhibition à ses portes et en somme sur son territoire puisque la douane marocaine est en deçà de la zone neutre. Ce fondouk décrépit avait d'abord appartenu à un honnête cafetier rifain qui était en bons termes avec les autorités de Melilla. Puis, quand les douaniers du Makhzen furent invités à s'installer ailleurs qu'à la porte de la ville, on voulut bien tolérer qu'ils élisent domicile au café maure frontière. Mais lorsque les gens du Prétendant se furent emparés par la force de la douane, c'était alors le cas où jamais de faire respecter la neutralité du territoire et de confisquer le fondouk en litige. L'Espagne eut la faiblesse de ne pas le faire.
Et quand nous sommes passés la seconde fois à Melilla c'était pour la population civile de la bourgade un lieu de promenade très couru que le caravansérail rifain où on pouvait voir à si bon compte les débris humains d'ennemis exécrés, de moro5 méprisés. A défaut de courses aux taureaux c'était une attraction piquante pour ces cœurs âpres et difficilement impressionnables. La joie de notre petit cocher en témoignait assez. Il se faisait tirer l'oreille pour repartir et criait : « On va en apporter encore, on va en apporter encore, voilà d'autres mulets qui arrivent. »
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... II y a dans la cour de cette bâtisse carrée des Rifains de toutes les régions, des bateliers venus de la lagune de Bou-Erg dont j'ai déjà parlé, où ils évoluent sur leurs sombres barcasses à voiles, transportant des marchandises de contrebande, péchant le poisson qui pénètre dans le lac par un goulet étroit ; des Guelàïa aux djellabas très brunes, qui vivent sur la longue presqu'île du flanc de laq^uelle se détache le rocher de Melilla ; des Kibdana dont le territoire s'étend depuis la lagune jusqu'à la frontière algérienne ; des Beni-Saïd, farouches et bronzés, qui habitent dans des collines broussailleuses au sud des Guelàïa ; des hommes balatrés et loqueteux venus de la Kasba de Selouen, soldats souffreteux du Prétendant, vivant de rapines sur le pays de Kibdana, aussi misérables que les soldats du Makhzen lorsque ceux-ci étaient encore les maîtres de la Kasba ; des muletiers hirsutes, à l'œil méchant, gens qui n'ont jamais vu des chrétiens mais qui les haïssent sans les connaître, venus de très loin, de Thaza, de Miknassa - Foukania, de Kasbabou-Ismaël, d'Aïoun-Sidi-Mellouk et qui apportent des nouvelles de là-bas, des nouvelles de batailles et de sang répendu, comme ils ont apportés à pleins chouaris des chefs décapités, tailladés à coups de sabre.
Nous demandons des renseignements et des détails sur la situation à l'intérieur du pays, sur les chances du Roghi (nous disons « le Sultan » pour ne pas nous ifaire huer), sur les intentions du vrai Sultan (ici il faut dire le lù^oiii ou
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VAgiiellie). On nous répond par des paroles tiottantes, indécises comme la situation, que personne ne semble bien comprendre au milieu de cet état constant d'anarchie. Un vieillard austère de la petite Kabila voisine de Mazouza s'étonne que nous, Européens, nous nous intéressions à ces choses, et l'exprime sans ambages : « Quelle curiosité inutile vous pousse donc à nous questionner sur les événements de politique intérieure qui se déroulent chez nous, lilst-ce que nous vous demandons ce qui se passe chez vous, en Algérie ; ça ne nous regarde pas et du reste ça n'oflVe pour nous aucune espèce d'intérêt. Que chacun reste en deçà de ses limites. Çà évitera tous les conflits. » Manière comme une autre de nous faire remarquer que nous sommes indiscrets : « Tu as peut-être raison, ne puis-je m'empêcher de lui faire observer.
Mais le Rif envoie pur milliers tous. les ans des moissonneurs qui s'éparpilUent dans la province d'Oran, des terrassiers et des manœuvres qui vont travailler sur nos routes et nos chemins de fer jusque dans la province de Constantine.
Tous ces gens trouvent en Algérie la justice et surtout la sécurité. Une fois munis de leur permis de frontière ils circulent comme ils l'entendent et nul ne peut attenter impunément à leur vie ou à leur pécule. Dans ces conditions, peu vous importent le mode de fonctionnement de nos administrations, peu vous importent nos petites querelles politiques au milieu desquelles^ vos frères passent sans s'en apercevoir. Mais nous qui voulons le relèvement de ces peuplades
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pauvres, nous qui voudrions les aider à profiter des richesses de leur propre pays en mines, en carrières, en forêts, en terres cultivables et à exploiter tout cela, et qui, lorsque nous voulons pénétrer avec des intentions pacifiques sur votre territoire, sommes menacés de mort et obligés de rebrousser chemin sous je ne sais quels prétextes inadmissibles de fimatisme et d'mtégrité du sol, nous tenons beaucoup au contraire à nous tenir au courant des phases de cette anarchie dans laquelle vous vous complaisez et qui, d'une façon ou d*une autre, finira bien quelque jour. »
Mon interlocuteur et ceux qui étaient accroupis près de lui, en aspirant des verres de thé acre et brûlant, écoutaient vaguement et sans bien comprendre peut-être. L'un d'eux, d'aspect minable, s'écria en manière de conclusion :
« La France, l'Espagne et nous, sommes chacun une Nation. Que chaque Nation se débrouille comme elle l'entend. » En tous cas, voilà certainement un pauvre diable qui ignorera toute sa vie les bureaux arabes, les communes mixtes et la relégation. Le Rif n'est pas une nation mais un amalgame de Kabylies fières, sauvages et sanguinaires, qui jouiront longtemps encore de cette indépendance farouche et intraitable qu'un passé de plusieurs siècles leur a acquis...
. . . Après cette longue station à la douane du Prétendant, nous reprenons le chemin de Melilla ; nous passons sous le fort Saint-Laurent, rond et blanc, qui ressei-^ible à une pièce
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de pâtisserie sucrée et qui, sur un tertre dénudé, domine au sud - est de la ville la petite baie où se jette le Rio de Oro ; nous traversons à nouveau le faubourg impassible de Santiago, et, par une route en lacet, nous gravissons les collines qui s'étendent vers la limite méridionale de l'enclave.
Sur la rive droite du Rio dans le ravin duquel on essaie quelques cultures maraîchères, nous apercevons le « Fort des Chameaux ». Une caravane a. sans doute passé par là. Plus près de la frontière c'est le fort Alphonse XIII. On découvre au-delà de la zone neutre, quelques gourbis autour d'un marabout, en contre-bas d'un piton élevé, le mont Melilla. Les Espagnols appellent cela : Kabila de Meikita (la tribu de la Mosquée).
Sur un mamelon élancé, à deux pas de la limite, se dresse la redoute de Sidi - Ourisch, dédiée à la Purisima Concepcion ainsi qu'en témoigne une énorme inscription : l'Immaculée Conception ne s'attendait guère à cette promiscuité avec un santon berbère. Sidi - Ouriach n'est pas loin. Son mausolée s'élève sur le versant opposé du ravin, à côté d'un fortin marocain très mal bastionné, mais qui vaut bien les ouvrages espagnols.
Ces derniers, sans doute pour égayer la monotonie du paysage désolé et nu, revêtent des aspects très clifférents. Il y en a de ronds, d'ovales, de carrés ; d'autres affectent la forme d'un rectangle, d'un hexagone ; d'autres enfin sont entourés d'une grille solide derrière laquelle les
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défenseurs sont enfermés comme dans une cage. Et ces douze petites bâtisses qui se dessinent nettement au sommet des crêtes et des dosd'ànes, apparaissent badigeonnées de nuances claires ; gris-bleuté, safran, rose-pàle. Sur la rive gauche du Rio de Oro, immédiatement à Test de Melilla, on aperçoit le fort de Cabreri^as altos (les Hautes-Chévreries), qui doit sans doute son nom à sa position escarpée ; en contrebas, c'est le blockhaus des Basses Chévreries, le fort de la Reine-Régente et la redoute Saint- François. Tous ces ouvrages fortifiés, échelonnés de distance en distance, sont totalement dépourvus de canons et uniquement destinés à protéger Melilla contre des incursions de Rifains. Abrités derrière les créneaux, derrière les grilles, les soldats pourraient se livrer à une fusillade nourrie contre les envahisseurs. N'empêche que quelques bonnes mitrailleuses feraient beaucoup plus d'effet, matériel et moral.
Des dernières collines qui bornent la petite enclave espagnole, on a sur le littoral une vue d'ensemble merveilleuse. A gauche, la ligne sombre du promontoire des Guelàïa qui s'étend jusqu'au cap Tres-Forcas ; en face, la Méditerranée bleue à perte de vue ; à droite, la Sebkha de Bou-Erg ou Lagune de Puerto ;/woro, sur une longueur de vingt-cinq kilomètres, parallèle à la mer dont elle n est séparée que par une mince langue de sable fauve que l'on distitigue à peine. Plus loin, . trois points gris apparaissent dans l'azur des eaux : ce sont les Zaffarines, rocher^ espagnols.
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Au Sud, à TEst, à l'Ouest, c'est le Rif avec ses ondulations de montagnes tantôt dénudées, tantôt recouvertes d'une végétation rabougrie. C'est le Rif où pas un Européen, sauf le marquis de Ségonzac, n'a encore pu pénétrer jusqu'ici, et où plusieurs régions nous sont encore absolument inconnues.
LES PRÉSIDiœ