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CHAPITRE IV

Si, en descendant la rue glissante et tortueuse qui conduit de la place des Postes au mouillage des navires, au jport disent les gens d'ici, on oblique sur la droite avant de franchir la porte delà douane, on aboutit à une sorte de terre-plein qui surplombe la mer d'une hauteur de six mètres. Cette terrasse, maintenue par un mur à parapet battu par les vagues, sépare la darse aux marchandises de la plage proprement dite. Elle est bordée à droite par un talus élevé et abrupt qui attend les spéculateurs de terrains. Au bas, se trouve une des rares fontaines de Tanger qu'il suffit d'avoir vu utiliser une fois pour se faire in petto ce serment que la sagesse des nations réprouve ; « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau ».

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Imaginez un petit bassin rudimentaire, flaque ^u ras du sol que quelques briques cimentées ont régularisée, alimentée par un filet d'eau qui suinte péniblement après avoir, sous la ville, serpenté au travers de multiples fosses d'aisances. C'est là que les guerf^abin^ que les Espagnols appellent des aguadores et les Français des marchands d^eau^ viennent remplir leurs outres en peau mal tannée. Pour plus de commodité, ils entrent délibérément jusqu'à mi-jambe dans le cloaque et joignent à la satisfaction d'un bain de pieas le plaisir de puiser sans difficulté en eau trouble. Au surplus, c'est avec l'impression <lu devoir accompli qu'ils sortent ruisselants de leur besogne aquatique, car il n'existe à Tanger ni arrêtés de police ni police pour mettre un frein à de tels usages : « Pourquoi, dis-je à l'un de ces nègres, renoncer ainsi aux règles les plus élémentaires de la propreté ? Serait-ce un rite de corporation ou une coutume religieuse ? — Non, me répondit-il avec bonne foi ; mais, vois-tu, Teau repose et les matières sales tombent au fond. Or, je ne verse jamais le fond de mon outre. » Cette eau reposant sur les flancs d'un gaillard qui, d'une course rapide, la transporte au grand Sokko, me laissa rêveur...

. . . Auprès du parapet un phare en acier, d'une seule pièce, établi par des Anglais, indique aux marins la direction de l'ancrage de Tanger* Le soir, à partir de cinq heures, ces lieux sont très fréquentés par les Européens et les Indigènes qui viennent respirer à plems poumons la brise •de mer et jouir du calme reposant de la baie

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immobile où mouillent quelques navires endormis et figés sur leurs ancres. Deux ou trois navires de commerce, le bateau à roues qui fait le service de Gibraltar et d'Algésiras, des balancelles espagnoles qui, le matin, ont apporté des montagnes de pastèques : tel est le bilan du jport commercial de Tanger.

De nombreux Marocains, de toute classe et de tout âge, assis sur le parapet, contemplent impassibles nos deux navires cuirassés, le Kléber et le Galilée qui, à quelques encablures, profilent leurs masses altières et leurs lignes menaçantes tandis que, mouillé à courte distance, un aviso anglais venu pour appuyer les revendications d'Èl Menebhi ajoute à la sévérité du spectacle. 'Que doivent penser les sujets du Sultan quand ils comparent, à ces expressions matérielles de la force européennes, leur Sid et Turki^ qui flotte piteusement dans les eaux des monstres d'acier. Le Sid et Twrfc/ (pourquoi ce nom ?) est le navire de guerre. Tunique du makhzen. C'est un ancien remorqueur ae haute mer, d'abord utilisé pour le transit des poids lourds, et dont la structure le destinait on ne peut mieux à la -contrebande d'armes. Le premier capitaine allemand aux bons soins duquel fut confiée l'unité d'escadre marocaine ne se fit pas faute d'user de ce trafic rémunérateur. Mise au courant, l'autorité le débarqua. Le nouveau capitaine est encore un Allemand : on ne reprochera pas au moins au Sultan de généraliser ses soupçons. Le Turki sert aussi à transporter les troupes officielles. Il va chercher à Mogador et à Rabat les sentinelles

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c;i:e îe r^,.:khrcn >euî bien mettre en pension cnez les prv^rr:c:.i:res suburbains de Tanger qui croient à Tinsccurlre, lî emmène à Xemours les Riflains incorpc^rts pour aller défendre Oujda, excellent moyen pour ces braves moissonneurs d*ètre iranspv^ncs à peu de frais sur leur terrain d'opérations : inuiile d'a^^uter qu*une fois débarques ils désertent sans scrupule pour aller louer leurs services aux colons de TOranie. En réalité^ !e Turki coûte fort cher au budget du Sultan. Sans doute, nnira-t-on par le mettre aux enchères* et la somme qu'on en retirera bouchera tant bien que mal le trou laissé dans le trésor par quelque nouvel escroc. Le Maroc^ comme TAlgerie. n'aura plus de baharia^ et M, Albin Rozet sera moralement obligé d'intervenir, , •

... La plage qui s'étend à l'Est, sur une courbe de sept à huit kilomètres, bordant la baie de Tanger d'une large bande de sable fin et doré^ est une des plus belles que i'aie vues sur le littoral nord-africain. C'est la promenade favorite des Européens, la seule promenade agréable d'ail* leurs. C'est aussi un des quartiers d'avenir, en quelque sorte le Mustapha de Tanger. Plusieurs belles maisons s'élèvent et s'alignent, un peu en arrière, séparées des vagues par une trentaine de mètres, tandis que, à la naissance de ce quartier neuf, une rue relativement large monte vers le grand Sokko et pourra plus tard servir de passage aux voitures, lorsqu'on l'aura repavée convenablement

En été, la plage est envahie par des cabines

en bois, des guinguettes, des cafés en plein air où toutes les races se coudoient à Theure de Tapéritif. Il y a même, à Tusage des enfants, des « chevaux de bois » dont la vieille ossature importée d'Espagne doit dater de plusieurs siècles. Jusqu'à Theure du dîner, c'est un va-etvient incessant de cavaliers et de piétons. Tandis que la petite bourgeoisie se baigne dans Tonde salée, les gens chic parcourent le bord de la nier : les clames et les jeunes tilles en toilettes claires, les hommes en vestons et pantalons collants. C'est surtout à l'heure de la marée basse qu'il y a affluence, car la marée se fait déjà sensiblement sentir à Tanger. Le flux laisse sur une largeur de trente à cinquante mètres un emplacement dur où le sable humide et coagulé permet de circuler sans fatigue. La mer est toujours calme, le soleil qui se couche derrière Tanger laisse la grève à l'ombre, l'air frais de l'Océan caresse doucement les visages^ et, à vingt milles en face, les côtes escarpées d'Espagne se dessinent nettement, surmontées des crêtes abruptes des montagnes de TAndalousie.

Le spectacle est vraiment captivant et, pour ne pas en perdre une miette, on y revient involontairement tous les soirs à la même heure. La jeunesse dorée de l'endroit loue pour la circonstance des chevaux aux apparences fougueuses qu'elle vient faire caracoler sur l'arène ou qu'elle lance dans un galop échevelé sur la bordure des fiots, éclaboussant copieusement les paisibles piétons. Des jeunes femmes de la colonie diplo-

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matique passent à douce allure, montées en amazone sur de superbes chevaux barbes, suivies parfois de babys roses grimpés sur des ânes et soutenus par des valets marocains. De mcme qu'en Algérie et en Tunisie, on arrive à faire des domestiques mâles d'excellentes bonnes d'enfants. J'ai vu l'un d'eux qui, assis sur le bat d'un âne vigoureux, tenait sur ses genoux un oreiller garni de dentelles où reposait un nôurrison de quelques semaines qu'il abritait maternellement des rayons du soleil avec une ombrelle blanche. Un autre, accompagnant deux élégantes fillettes, avait les mains embarrassées de cerceaux, de cordes à sauter et de poupées. Ce qui contraste avec cette besogne de nursery, c'est la ph37sionomie barbare et hirsute des Marocains auxquels on confie des soins aussi délicats. . .

. . . Aussitôt après les dernières maisons, la plage envahit la terre ferme et la recouvre sur un large espace d'un sable rougeàtre où on enfonce jusqu'aux genoux : c'est la dune, étendue désertique d'une centaine d'hectares qui clôt brutalement le faubourg habité. A quelques centaines de mètres cependant, une habitation isolée émerge de la dune comme un îlot battu par des flots de sable : c'est la maison Gautsch. A deux kilomètres plus loin, toujours au milieu des couches sablonneuses, s'ouvre le large estuaire de Voued El Hakk qu'on ne peut traverser, même avec un cheval, à marée haute. A marée basse, les montures le franchissent à gué ; mais en hiver, alors que les eaux grossissent, il est prudent de ne pas s'y aventurer sans guide.

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Une fois la rivière passée, on tombe sur une série d'étroites lagunes salées qui, par des canaux, pénètrent assez avant dans les terres et où les indigènes recueillent un sel excellent. Disposé en nombreux tas d'une blancheur étincelante, ce sel attend les mulets qui doivent le transporter sur le marché. Sur la droite, non loin du bord de la mer, un fort en ruines de vastes dimensions s'écroule lentement et se recouvre de végétation. Les murailles, épaisses de deux mètres, révèlent un ouvrage soigné et furent sans doute construites parles Portugais : quelques vieux canons abandonnés pointent ça et là au milieu des créneaux démolis, squelettes de bronze que le temps respecte indiiférent.

Quelques minutes encore et on atteint la villa Harris. Non loin de là, aboutissent les cables sous-marins qui sont reliés à Tanger par des fils terrestres accrochés, le long de la plage, à des poteaux vermoulus. Au milieu d'un vaste jardm anglais, semé de plantes rares, ombragé d'arbres d'essences variées, irrigué par des canaux sinueux que traversent des ponceaux rustiques, s'élève la villa Harris, vaste bâtiment quadrangulaire, blanchi à la chaux, solidement établi et affectant à l'extérieur le style des maisons maures du pays. Des dépendances nombreuses, des écuries bien aménagées en font une riche métairie qui révèle la grosse fortune du propriétaire. Mais l'intérieur à lui seul vaut le voyage de Tanger. Le premier étage ne présente, il est vrai, rien de particulier sauf qu'il est aménagé à l'anglaise avec ce confortable dont

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seule la civilisation britannique a le secret. Quant au rez-de-chaussée, il a été abandonné pendant trois ans aux mains habiles d'artistes arabes de Fez qui en ont lait un véritable chefd'œuvre de l'art mauresque, chef-d'œuvre qui peut rivaliser avec les plus belles salles de l'Alhambra. J'ai eu la bonne fortune de visiter cette merveille en compagnie du sympathique M. Saurel, l'Algérois dont on connaît la compétence en matière d'art arabe. J'ai donc pu apprécier d'autant mieux toutes les délicatesses et toutes les subtilités de la décoration qu'il nous a été permis d'examiner de près.

Deux salles spacieuses tiennent presque à elles seules le rez-de-chaussée et réunissent à peu près toutes les combinaisons de l'art maghrébin.

Elles ont ce mérite exceptionnel de synthétiser particulièrement le style M75/ puisqu'elles ont été ornées par des ouvriers d'art nés et élevés à Fez qui ne se sont inspirés que des procédés et des traditions de leur ville natale. Et on est même surpris de constater que, sous ce rapport, l'ornementation architecturale marocaine laisse bien loin derrière elle comme richesse et comme fini tous les travaux de ce genre qui s'exécutent en Algérie et même en Tunisie.

L'œuvre artistique se répartit en trois catégories : les bas - cotés, la partie supérieure des murs et les plafonds. Chacune de ces zones se divise elle-même en panneaux qui, pour être du même genre d'exécution, ont tous des dessins variés qui leur donnent à chacun un cachet particulier. Les bas-côtés sont en mosaïques très

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fines, petits carrés et losanges émaillés, étroitement cimentés et formant une surface lisse -comme un marbre. Ces minuscules morceaux de porcelaine polie qui, par milliers, s'entrecroisent coagulés les uns aux autres, sont de couleur blanche, verte ou brune et se répandent entremêlés en florescences compliquées du plus heureux effet.

A une hauteur de deux mètres environ et jusqu'au plafond la muraille est recouverte de ces' sculptures sur plâtre nommées nokch hedidat^ bien supérieures à celles que Ton trouve dans le reste du Maghreb. Les panneaux sont fouillés avec un soin du dernier fini et ont des apparences de dentelles appliquées sur le blanc laiteux des cloisons. Les arabesques inextri- .cable5 qui s'y enchevêtrent révèlent une suprême habileté à reproduire les combinaisons géométrales conçues par l'imagination des artistes. Enfin les plafonds en bois sculpté et ouvragé se découpent en dômes aux parois polygonales, en stalactiques capricieux, en voussoirs à délicates alvéoles. De fines enluminures aux tons fondus recouvrent cette débauche de découpures dentelées ; des teintes appropriées à l'éclairage s'opposent mollement les unes aux autres et font ressortir sans heurt le fouillis de ciselures sur bois qui tapisse ces plafonds. Il est peu de palais .arabes parmi les plus renommés, qui offrent à l'œil une telle variété de lignes aussi artistement «entrecroisées. Le regard s'attarde à contempler tous ces détails qui, insensiblement et comme gardes procédés magiques, prennent des aspects

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différents à mesure qu'ils s'éparpillent le long: des murailles. . .

... Le propriétaire de ces splendeurs, M.

Harris, est une physionomie de Tanger ; une conversation avec lui n'est pas moins intéressante que la visite de sa demeure où tout est conçu avec le meilleur goût. M. Harris est encore un homme jeune. C'est un Anglais, fils d'un riche gentleman, qui a fait plusieurs fois le tour du monde pour trouver le pays dont le climat conviendrait le mieux à son tempérament. Il avait rencontré, paraît-il, au sud du Japon, des régions infiniment agréables, tant au point de vue du site qu'à celui de la température.

Mais c'était vraiment un peu loin de l'Angleterre, et M. Harris finit par donner la préférence au Maroc. Il s'installa d'abord à Tanger où il devint le correspondant du Times. Après s'être familiarisé avec la langue arabe, il se rendit à Fez, sollicité par le caïd Mac-Léan, et devint rapidement le familier du sultan Abd-el-Aziz. Cette intimité dura une année. Mais la probité de M. Harris qu'on se plaît à citer ayant entravé les exactions del'entouragedu Sultan, onl'éconduisit avec la même facilité qu'on avait mis à le faire admettre /?er5o«a grata auprès du Makhzen.

L'honorable correspondant du Times revint à Tanger, et c'est sur ces entrefaites qu'il fut capturé et rançonné par Er Raïsouli et sa bande. Depuis, il vit paisiblement dans sa retraite, à sept kilomètres de la ville, distrait seulement par le bruit des flots qui viennent mourir sur la grève, à quelques pas de sa demeure. Cepen^

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dant M. Harris est un de ceux qui semblent persuadés de l'insécurité du Maroc, voire de Tanger et de ses environs, et qui tiennent à faire partager de telles appréhensions aux autres. 11 a une conversation très intéressante et ses réceptions sont toujours empreintes d'une grande cordialité. Mais certaines de ses paroles sont énigmatiques et je croirais volontiers M. Harris quelque peu pince-sans rire. Il a dans ses jardins une centaine de soldats du Sultan commis à sa garde, et quels soldats !... Aux limites mêmes de sa propriété commencent les collines des Andjera, cette tribu dissidente défi jrbères arabisés qui n'a jamais voulu reconnaître l'autorité du Makhzen. Les Andjera sont, paraît-il, assez hostiles en ce moment-ci à leur voisin anglais qu'ils accusent de les espionner, et ils lui écrivent tous les jours des lettres de menaces. Ce qui n'empêche pas nombre d'entre eux d'être admis dans l'intimité de M. Harris, de circuler dans sa métairie le fusil sur Tépaule, de se mêler aux soldats du Sultan dont ils ne se distinguent d'ailleurs ni par le vêtement ni par la mine rébarbative. Et finalement, lorsque la nuit tombe, tout ce monde là boit le thé de la fraternité sous l'œil bienveillant du maître des. lieux. Qui est-ce donc qui joue la comédie ?

J'aime à croire, à l'honneur de M. Harris, que ce n'est pas lui . .

... Et les anecdotes ont succédé aux anecdotes dans la bouche de ce journaliste rentier doublé d'un Britanniaue plein de flegme. 11 avait voulu, entre autres cnoses, faire construire à l'embou-

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chure de la rivière gui le sépare de Tanger, un pont métallique qu'il estimait à une trentaine •de mille francs ; pour ce, il avait sollicité Tautorisation du Sultan, promettant de céder gratuitement cet ouvrage au domaine public^ à condition qu'il n'y serait point prélevé de .péage : « Non, répondit le Makhzen, nous te .prévenons au contraire que nous ferons payer sur ce pont un droit de passage. — Même à moi ? demanda ironiquement M. Harris. — Même à toi. » Et le pont ne fut jamais construit. Tel est le Makhzen dans toute sa beauté. Il y a mieux. Des jeunes gens européens •envoyèrent il y a quelques jours des terrassiers espagnols creuser sur la plage, à proximité de la villa Harris, un fossé large de deux mètres et Jong de six pour venir y faire sauter leurs chevaux. Très émus, ou faisant semblant de l'être, •les soldats du Sultan murmurèrent : « C'étaient, disait -ils, des travaux de siège exécutés en sous - main au compte de la marine française décidée à débarquer sur ce point pour s'emparer de Tanger. »

Par un émissaire, ils prévinrent le pacha qui .arriva à bride abattue et, du haut de leurs mame- Jons, cinquante Andjera, qui avaient assisté au manège, accoururent sans oublier leurs armes pour protester également contre ces ouvrages militaires. M. Harris, accusé de connivence, se répandit en de nombreux efforts oratoires pour démontrer l'inanité de pareils soupçons. 11 lui coûta encore beaucoup de sucre et de thé à -persuader à tous ces énergumènes que le mieux

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■était de rentrer chez soi. Toujours les aventures théâtrales ! Et le pacha fut cette fois le maître <le ballet.

. . .C'est de la villa Harris, située à Test de la baie, que Tanger, par sa situation, a réellement l'aspect général d'Alger. La ville qui descend le long de la colline jusqu'à la mer, les navires qui, de loin, paraissent mouillés dans un port abrité, le quartier européen de la plage qui a quelque point de ressemblance avec Mustapha, la baie <jui s'ouvre en arc de cercle, et enfin la même mer bleue, les mêmes tons clairs et éclatants, le même soleil qui éclaire la blancheur des maisons, tout cela évoque l'image d'Alger, mais •d'un Alger réduit et encore barbare, un Alger de i83o. Le matin, le soleil qui se lève en face •de la ville l'embrase de ses rayons ardents que les alizés de l'Océan tempèrent mollement. Le soir, c'est derrière la Kasba que l'astre du jour se couche, globe de feu d'un rouge sombre qui laisse longtemps derrière lui un crépuscule de

Eourpre sur le fond duquel les arêtes de la ville aute se découpent avec une netteté d'ombres chinoises. Tanger, suspendue aux flancs abrupts du promontoire, est déjà plongée dans l'obscurité où pointent les premières lumières, que longtemps encore le ciel embrasé conserve ses teintes orangées qui, lentement, brunissent avec la nuit qui tombe.

LA KASRAH — LES iNDIGfcINKS

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