‹ Le marquis de BièvreChapitre 103 sur 185 · LES * DERNIÈRES » DU SEDUCTEUR · texte numérisé non relu

LES * DERNIÈRES » DU SEDUCTEUR

En résumé, dans une pièce intéressante, plutôt drame que comédie, où il proclamait son enthousiasme pour l'auteur du Misanthrope et son aversion pour la philosophie moderne, le marquis de Bièvre avait mis à la scène un caractère nouveau; si des longueurs alourdissaient l'action, si le style généralement élégant semblait parfois obscur, l'ouvrage, «plein de jolis vers, constate le prince de Ligne, faisait honneur à un homme du monde (ï) •», et l'abbé Royou concluait : « Un écrivain qui réunit autant de qualités estimables que M. le marquis de Bièvre a tout ce qu'il faut pour recueillir des fleurs dans une carrière où tant d'autres ne trouvent que des épines... C'est déjà beaucoup d'avoir obtenu un succès dans un temps où la Muse comique se montre si avare de ses faveurs (2). »

Le Séducteur resta au répertoire de la Comédie; de 1784 à 1793, on le joua encore vingt fois (3), puis le Théâtre-Français demeura fermé pendant six années; en 1799, il renaissait sous le nom de « Théâtre de la République », et, le 28 janvier 1800, la pièce du marquis de Bièvre revoyait la rampe, avec Fleury dans le principal rôle. Jusqu'en 180G, elle tint neuf fois l'affiche. Enfin, en 1817 et 1818, eurent lieu cinq autres représentations; depuis, la comédie du calembouriste n'a pas reparu sur la scène des Français.

Si elle y revenait, après ce sommeil d'un siècle, qu'en penseraient les spectateurs d'aujourd'hui? Les goûts se sont modifiés au théâtre comme à la ville, et, pour contenter le public actuel, on doit faire un choix dans les pièces classiques, même parmi celles de Molière : le Séducteur n'attirerait que des lettrés et des curieux. Cependant, il se trouve que son sujet a moins vieilli que celui de beaucoup d'autres ouvrages de théâtre. On ne rirait plus des balourdises philosophiques

el de Laclos, Sainte-Foi et Beaumarchais, Duclos et Marmontel, Destouches et de Bièvre, Gresset et CoUq, Mably et Mirabeau, Voltaire et La Harpe, Jean-Jacques et Bernardin de Saint-Pierre, etc. »

(1) Mélanges militaires, 1804, t. XXVII, p. 112.

(2) Journal de Monsieur, 1783, t. VI, p. 145.

(3) Les 1" février, 5 et 25 juillet 1784, 27 avril et 11 décembre 1786, 10 janvier 1787, etc. (Archives de la Comédie-Française et Journaux de l'époque.)

de ZéronèS; les tirades où « flamme » rime avec « âme » et t bocage » avec « ombrage » sembleraient ennuyeuses, mais l'aventure sentimentale de Rosalie resterait intéressante. Une œuvre où l'on discute sur l'amour,, sur la psychologie féminine, traite des questions toujours jeunes : malgré ses grâces fanées, le Séducteur risquerait de plaire encore au public des Français, alors que le Méchant n'y parviendrait plus, et La Harpe, ressuscitant à l'orchestre, s'indignerait de voir la comédie du calembouriste retenir plus de spectateurs que le chef-d'œuvre de Gresset.

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