‹ Le marquis de BièvreChapitre 107 sur 185 · LES ACTEURS DES REPUTATIONS · texte numérisé non relu

LES ACTEURS DES REPUTATIONS

mot « d'idées » touche de si près; d'ailleurs c'est un mot très connu et qui a beaucoup couru. » En ce qui concernait l'imitation involontaire de son illustre maître, le marquis fut plus docile : i Pour les derniers vers du deuxième acte^ qui paraissent ressembler à ceux d'Elmire dans Tartufe, il n'y a qu'à retrancher le mot « crédit » et mettre : «; Si j'avais plus de pouvoir sur vous. »

Au château de la Fortelle, un auteur travaillait difficilement : i Voilà, mon cher Mole, tout ce que j'ai pu faire, terminait Bièvre; ayant passé la nuit du mercredi, je n'ai rien pu revoir le jeudi matin; une partie dans le voisinage m'a enlevé encore une matinée, et je suis obligé de vous écrire aujourd'hui, sinon vous ne recevriez ma lettre qu'après mercredi, qui sera peut-être le jour de la lecture. C'est un assez insipide ouvrage que de redire avec d'autres mots ce qu'on croit avoir dit. Je vous enverrai le reste une autre fois. Je suis fâché que Mlle Contât se plaigne du silence de son rôle au second acte; dramatiquement elle n'y doit rien dire; les gens raisonnables de la pièce sont ceux auxquels on ne fait point d'attention... Je voudrais bien qu'elle vît la chose comme je la vois, et qu'elle fît avec indulgence la part de l'auteur et la sienne.

« Je vous embrasse et attends les nouvelles de la lecture à la Comédie, an château de la Fortelle, près Rozai-en-Brie^ à Rozai (1). »

Le 29 juin, les Comédiens ordinaires du roi, accueillant favorablement la lecture que Mole leur fit des Réputations, reçurent cette pièce sans imposer à l'auteur de la retoucher, mais ils ne la mirent en répétition que dix-huit mois plus tard.

Plusieurs interprètes du Séducteur assumaient des rôles dans la deuxième comédie de M. de Bièvre (2). Outre Mlle Contât et Mole, déjà choisis pour jouer la Marquise et le Marquis, c'étaient Fleury (le Chevalier), Desessarts (Cléante), Florence (Valère) et Dugazon (le Duc). Si les noms de Mlle Petit

(1) Dossiers de l'auteur.

(2) La liste des acteurs est conservée dans les registres de la Comédie- Française.

(Liicile), Dunant (l'Abbé), Gourville (le deuxième Journaliste) et Marchand (le premier Laquais) furent peu connus, le Théâtre- Français s'honore d'avoir possédé les autres acteurs des Réputations : la fameuse Mlle Raucourt, jouant la Comtesse; Mlle de Vienne (la Vicomtesse), qui devint une inimitable soubrette; Dorival (Damon), dont le talent, fort prisé du public, faisait oublier le physique ingrat; Naudet (le Médecin), qui excella dans les emplois de rois et de pères nobles; la Rochelle (Dramineau), valet plein de verve et d'esprit; Ghampville (le deuxième Laquais), frère de Préville, qu'on applaudissait surtout dans les parodies; enfin Dazincourt (le premier Journahste), qui avait créé le rôle de Figaro dans la Folle journée; sa diction parfaite le fit choisir par la reine Marie-Antoinette comme professeur d'art théâtral; sous l'Empire, il dirigeait les spectacles de la Cour, et, en 1808, ce fut lui qui organisa, pour un * parterre de rois », les représentations d'Erfurt.

. Sur les Réputations, Bièvre ne gardait pas l'incognito, comme autrefois sur le Séducteur, et tout Paris sut que la nouvelle comédie était son œuvre. Le marquis assistait donc aux répétitions, décidant les petits changements nécessaires. Une lettre de Mole, probablement écrite en décembre 1787, montre en quelle communion le célèbre acteur voulait vivre avec les auteurs des pièces où il jouait; c'est un modèle de style indirect :

A Monsieur le marquis de Bièvre.

MoIé a l'honneur de présenter ses devoirs à monsieur le marquis de Bièvre, il le prie de lui donner la satisfaction de savoir s'il est content, quel compte Mme Vestris lui aura rendu de tout cela, s'il s'apprête à rendre l'ouvrage plus rapide, s'il veut en causer avec Mole. Enfin, Mole aurait besoin que monsieur le marquis de Bièvre le le tînt pas trop loin de lui dans une affaire où Mole ne mettrait que du plaisir à être utile pour tout autre, et où il mêle un zèle de cœur pour monsieur le marquis de Bièvre (1).

(1) Cet autograplie fait partie de la collection de M. le comte Allard du Ctiollet, qui a bien voulu autoriser l'auteur à le publier; il paraît dater de décembre 1787, mais il put aussi être écrit en novembre 1783, lors des répétitions du Séductetir.

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