‹ Le marquis de BièvreChapitre 114 sur 185 · M""" DE PRÉBOIS · texte numérisé non relu

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émotion celle qui remplit mon âme de sentiments doux et mon esprit d'illusions charmantes. » Avec la surprise de lire pour la première fois une page sérieuse de leur calembouriste ordinaire, les Parisiens eurent donc la satisfaction d'apprendre que Bièvre se livrait à un nouvel amour. Malgré cette publique indiscrétion (1), la personnalité de l'heureuse élue reste mal connue. Le 4 février précédent^ le marquis louait pour neuf années son château de Bièvre : il se réservait « la maison dite de la Mothe, dont Mme de Prébois possédait le droit de jouir sa vie durant », et les preneurs « ne pourraient murer la porte de communication entre cette maison et le parc de Bièvre qu'en cas de mort de Mme de Prébois (2) » . Sa générosité coutumière avait-elle assuré pareille donation viagère en souvenir « de sentiments doux et d'illusions charmantes i>? Une autre lettre du calembouriste, postérieure de trois années, le donnerait à penser. Vers 4780, il écrivait de Rome à une amie inconnue qui se préparait à le rejoindre, et terminait ainsi : « Je ne crois à vos bontés que lorsque vous m'en assurez; je vous embrasse, je n'ose dire comment, et je vous aime de même. » Or, quelques Hgnes plus haut, il lui recommandait de faire spécifier par le ministre Vergennes, dans ses lettres pour l'Italie, « qu'elle était née fille de condition (3) » .

Bièvre ne renonçait pas au mariage^ qu'il envisageait comme une ultime ressource; dans le Séducteur, il disait en parlant de l'Hymen :

Ce dieu consolateur est fait pour la vieillesse, 11 nous assure au moins les droits de la jeunesse, Et la main d'une épouse, à son premier printemps, Fait naître encore des fleurs dans l'hiver de nos ans.

Au reste, l'âge venant, le calembouriste se livrait à des aspirations d'autre genre. Le 29 avril 1784, le marquis de

(1) La lettre du Journal de littérature ùtait signée : L. M. D. B.; pour la plupart des Parisiens, le marquis de Bièvre transparaissait à travers ces initiales.

(2) Bail passé le 4 février 1777 devant M« Mony, notaire à Paris (M« Champetier de Ribes, successeur actuel).

(3) Brouillon de lettre conservé par l'auteur.

Montesquiou-Fezensac était désigné pour remplacer, à l'Académie française, M. de Coetlosquet, ancien évêque de Limoges. « On critique beaucoup ce choix, écrivait Mouffle d'Angerville, en ce que ce seigneur n'a pour tout mérite littéraire que d'avoir fait des bouts-rimés, ce qui ne lui donnait pas le droit de l'emporter sur les concurrents nombreux qu'il avait, tous gens de mérite et ayant fait leurs preuves. Les académiciens s'excusent et gémissent eux-mêmes d'avoir eu la main forcée par le protecteur auguste de M. de Montesquiou, premier-écuyer de Monsieur (1). »

Gomme le marquis était l'auteur d'un livre contenant l'histoire de sa famille, on répéta cette épigramme :

Montesquiou-Fezensac est de l'Académie; Quel ouvrage a-t-il fait?... sa généalogie.

M. de Montesquiou possédait une haute intelligence; plus tard il rédigea d'excellents ouvrages sur les questions financières (2), mais, en 1784, Emilie et le Minutieux, petites pièces jouées chez Mme de Montesson, ne l'imposaient pas au choix des académiciens, et le marquis deBièvre, auteur d'une comédie de caractère applaudie au Théâtre-Français, conçut le désir de siéger, lui aussi, parmi les quarante. Une petite phrase de sa lettre du 21 novembre 1783 au lieutenant de police montre que cette pensée lui était venue dès le succès du Séducteur (3). Mais la nouvelle élection encourageait encore ses espérances : après son « premier écuyer t> , Monsieur réussirait peut-être à faire asseoir son « écuyer ordinaire » dans le fauteuil convoité. Aussi, apprenant au mois de novembre 1784 la mort de Le Franc de Pompignan, le calembouriste se mit sur les rangs des candidats à sa succession (4) .

ï Voilà M. de Pompignan mort, mon cher ami, mandait le poète Ducis à M. Deleyre le 3 décembre, nous avons une nuée

(1) Mémoires secrets, 2 mai 1784.

(2) Le marquis n'était pas seulement un écrivain; en 1792, nommé général en chef de l'armée du Midi, il conquit la Savoie.

(3) « C'est une petite intrigue sourde des prétendants à l'Académie », écrivait-il (voir ch. xv).

(4) Mémoires secrets, t. XXVII, p. 78, 19 décembre 1784.

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