‹ Le marquis de BièvreChapitre 117 sur 185 · UN « DISCOURS DE RECEPTION ^ EN VERS · texte numérisé non relu

UN « DISCOURS DE RECEPTION ^ EN VERS

auditeurs, le marquis entamait l'éloge obligé de Louis XVI et de Marie-Antoinette :

Nous voyons la vertu, la beauté sur le trône, Un roi qui, couronné des lauriers de Bellone, Épris d'une autre gloire, appelle autour de lui L'éiite des Français dont son cœur est l'appui.

Dans ce passage, Bièvre faisait allusion aux Assemblées de Notables tenues en 1787 et en 1788. Retraçant ensuite l'œuvre de son « prédécesseur », il vantait les vers harmonieux de l'abbé Delille » où l'on reconnaissait le langage des dieux » :

Sa lyre facile Retrouve les accords de celle de Virgile. Comme il sait éviter le retour ennuyeux De ces vers fatigants qui tombent deux à deux, Et les prétentions de ce néologisme.

Que Boileau n'appelait qu'un pompeux barbarisme. Mais, que dans les Journaux, on appelle autrement : « La langue du génie et du gouvernement. î

En parcourant les périodiques du temps, on retrouverait sûrement cette périphrase bizarre dans les articles d'un Gharnois ou d'un Aubert : ainsi Bièvre voulait continuer jusque dans l'Académie française sa lutte contre les journalistes littéraires.

Enfin la vie privée de Delille fournissait à son successeur éventuel les derniers éléments du panégyrique; le <• sublime écrivain » avait laissé ses œuvres solliciter pour lui; une fois nommé, il devint « l'ami tendre et fidèle ' de ses collègues; possédant « l'art heureux et d'instruire et de plaire » ,

Quand il parait de fleurs une grande leçon. C'était pour que l'esprit fît aimer la raison (1).

Et, si ce 4 beau génie « endura les attaques des demi-talents, < vos suffrages, messieurs, le vengeaient de la haine ». Au moment de terminer son discours, Bièvre apprit sans

(1) « M. l'abbé Delille, écrivait Mouffle d'Angerville, possède l'ait heureux de parer la raison et de l'habiller des ornements de la poésie » (Mémoires secrets, t. II, p. 245).

2'èt LE MARQUIS DE BIEVRE

doute le i')rochain re'taljlissement de l'abbé^ car il n'acheva pas la péroraison.

Le Séducteur pouvait assure'ment conduire son auteur à l'Acade'mie française, et l'opinion publique se montrait favorable à la candidature du calembouriste. Lors de l'élection de l'abbé Maury, Mouffle d'Angerville prévoyait le succès prochain de RI. de Bicvre^ et Ducis espérait « jouir bientôt du plaisir de l'avoir pour confrère (\") ». S'il n'était pas mort à quarante et un ans, ses comédies lui eussent probablement valu le fauteuil ambitionné.

Depuis son retour d'Italie, le marquis alternait la composition de ses comédies avec de vastes études, et réunissait tous les documents nécessaires à son Histoire de Part italien. En vue de ce travail dont il avait conçu le projet devant les merveilles de Rome, il analysait en de gros cahiers les Antiquités d'Herculannm. les Antiquités étrusques, grecques et romaines, ouvrages publiés en de nombreux volumes par le graveur François David, et l'on trouve dans ses papiers une énorme quantité de notes sur l'histoire grecque et romaine, les costumes des anciens peuples, les monuments de la Rome antique, les palais et les éghses de la Rome moderne, les galeries de Florence, les œuvres des peintres, sculpteurs et graveurs de l'Italie, etc., etc. L'étude de la Grèce lui inspira même le scénario d'une sorte de tragédie : Périclès.

Dans cette œuvre, Bièvre projetait d'évoquer l'illustre Athénien et rincomparable Aspasie : pour abattre la puissance de Périclès, les sophistes cherchent à lui enlever sa muse; ils encouragent donc Alcibiade à se faire aimer d'Aspasie. Mais, au moment où le jeune homme va triompher, Socrate intervient et définit éloquemment le véritable amour : confessant leur folie, Alcibiade et Aspasie renoncent à briser le cœur du grand Périclès.

Déjà, pour écrire cette pièce, le marquis amassait des notes sur les mœurs athéniennes, feuilletant les ouvrages de Bossuet, de Rollin, du père Brumo}', de l'abbé Auger;

(1) Voir p. 80 du prcseat ouvrage.

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