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CHAPITRE XVIII

CHEZ LE MARGRAVE d'aNSPACH

Le marquis de Biévre quitte Paris en juillet 1789. — Londres et Spa. — Le calembouriste à la Cour du margrave d'Anspach. — Le prince Alexandre, Clairon et ladj Craven, — L'étiquette au château de Triesdorf; l'aéronaute Blanchard. — Biévre est atteint de la petite vérole à Triesdorf ; sa mort; ses obsèques à Ornbau. — Partage de la succession du défunt. — Le marquisat de Biévre.

Le monument funéraire du calembouriste au cimetière d'Ornbau.

Il est curieux de voir comment un Parisien élégant de ce temps-là, se disposant à parcourir l'Europe, composait sa garde-robe; le marquis de Biévre emportait dans ses malles un nomljreux linge de corps : 40 chemises, 25 calerons, 63 mouchoirs de batiste et de toile, 30 cols, 7 cravates, 4 paires de manchettes de dentelle, 4 paires de manchettes de « filet t, 13 paires de bas de coton et fd, 24 paires de bas de soie blanche, 4 paires de bas de soie noire, 3 peignoirs, 3 gilets blancs » pour mettre sur la peau » , 3 pantalons de soie, 25 « frottoirs futaine et mousseline », 11 « bandeaux ■> et 9 bonnets. Par le choix de ses vêtements, il montrait son intention de maintenir à l'étranger le bon renom des tailleurs français : fi vestes brodées, o vestes de velours, 5 vestes blanches, 2 fracs de soie rayée, 8 fracs de drap rayé, un frac bleu, 8 gilets d'hiver ou d'été, un gilet de soie piquée, 6 paires de culottes blanches, 2 culottes de soie noire, 6 paires de souliers, un chapeau rond et une canne de bambou lui fourniraient divers costumes appropriés aux circonstances; en chaise de poste, un manteau de drap gris et un pantalon de laine le garantiraient du froid; aux couchées, il retrouverait avec plaisir

ses 3 robes de chambre, ses 2 paires de pantoufles, son couvert et son écritoire d'argent, ses ciseaux, ses rasoirs, son « couteau platté pour oter la poudre », et son bidet. Enfin, pour le cas d'une mauvaise rencontre, il s'arma d'une paire de pistolets de poche et d'une canne à épéc (1).

Laissant rue Royale le fidèle Lallemand, depuis vingt ans à son service, Bièvre emmenait son laquais italien Philippo del Fabbro : celui-ci lui serait plus utile de l'autre côté des Alpes.

Le voyageur débarqua en Angleterre vers la fin de juillet 1789; le 25 août, il séjournait dans un village situé aux portes de Londres, car un acte rédigé à cette date par « Pierre Guédon, notaire royal et public à Londres, dûment admis et juré en chancellerie, résidant à Croydon, comté de Surrey », se terminait ainsi : « Passé en la demeure dudit seigneur marquis de Bièvre, à Ghelsca, près de Londres (2j. » Un mois plus tard, le calembouriste retraversa le détroit; le 27 septembre, il se trouvait à Ostende (3), et, peu de jours après, se dirigeant vers l'Allemagne qu'il projetait de parcourir avant d'atteindre Rome, il s'arrêtait à Spa.

tt Spa est, sans exception, le rendez-vous le plus agréable de la meilleure compagnie en Europe, écrivait Dutens vers cette époque; on y va autant pour son amusement que pour

(1) Inventaire dressé à Anspacli le 25 octobre 1789 (lendemain de la mort du marquis), par le baron Euhler d'Auritz, grand marécbal de la Cour d'Anspach, le baron de Gemniingen, ministre de S. A. S. Monseigneur le margrave, et Jean Erhard Richler, conseiller de la Cour (Minutes de M" Liénard, notaire à Paris; acte annexé au partage du 31 décembre 1790). On trouva en plus dans les caisses du marquis de Bièvre une croix de Saint-Louis avec son agrafe; une boîte d'or dont le couvercle enchâssait un portrait; un bouton de col de diamant; deux montres en or, l'une émaillée, l'autre en or uni; un cachet d'argent et un autre en cornaline, monté en or.

(2) Cet acte fut déposé le 7 septembre 1789 aux minutes de M« de la Cour, notaire à Paris. Beaucoup de grands seigneurs habitant Londres possédaient une maison de campagne à Chelsea ou à Kensington; ces deux villages, qui se touchaient, sont maintenant englobés dans la capitale anglaise.

(3) A cette date, Bièvre signait à Oslende une reconnaissance de 95 livres sterling en faveur de Mme Vassal, femme du receveur général André Vassal (le 31 décembre 1790, M» Liénard enregistra la remise d'une somme de 2 470 livres 8' i^ effectuée par les héritiers du marquis de Bièvre entre les mains de Mme Vassal, pour éteindre cette créance).

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