‹ Le marquis de BièvreChapitre 124 sur 185 · MORT DU CALEMBOURISTE · texte numérisé non relu

MORT DU CALEMBOURISTE

25 octobre, le margrave apprenait que son hôte e'tait mort la veille vers minuit (1).

Ému par cette triste fin du gentilhomme français, Alexandre lui de'créta des obsèques solennelles. Le bourg de Weidenbach, duquel dépendait la résidence de Triesdorf, ne possédait pas de cimetière catholique : le prince ordonna que le corps du marquis de Bièvre serait transporté au village d'Ornbau^ situé à une lieue au sud de Triesdorf, et dont les habitants professaient la même religion que le défunt. Le 26 octobre, à six heures du soir^ toutes les cloches sonnaient à Weidenbach; le cortège s'engagea dans l'avenue d'ormes et de marronniers conduisant vers Ornbau. Cette petite cité montre encore, sur la rive droite de l'Altmûhl, affluent du Danube, les vestiges de ses fortifications du moyen âge. Après un service funèbre célébré dans la vieille église^ le marquis de Bièvre fut inhumé au cimetière d'Ornbau. Les registres du chapitre protestant de Weidenbach constatent ainsi le décès et les obsèques du calembouriste :

Le 24 octobre 1789, vers minuit, est mort de la petite vérole à Triesdorf, dans le Nouvel Hôtel, M, le marquis de Bièvi'e, qui était arrivé de Paris peu auparavant, et qui, le 27 du même mois, après signature d'un décret ministériel permettant un enterrement nocturne pendant lequel toutes les cloches seraient sonnées, a été

(1) Le « Nouvel Hôtel », où mourut Bièvre, était une petite construction basse dont le rez-de-chaussce offrait plusieurs chambres confortables et gracieusement décorées. Quelques années plus tard, on l'appela « rhùtel Alexandre », en mémoire du dernier margrave. Puis cette demeure devint l'asile d'un émigré français, le colonel de Gaston, aussi la nomme-t-on encore « Gastons-haus » (maison de Gaston); une brigade de gendarmerie l'occupe aujourd'hui.

Le gouvernement bavarois a établi dans l'ancienne résidence margraviale de Triesdorf une école d'agricultui-e. Un bâtiment moderne contient l'école elle-même; plusieurs professeurs habitent la maison où logea Clairon, et le palais d'Alexandre, appelé le « Château-Blanc » ("Weisses Schloss), sert de grenier pour les récoltes du domaine : dans les salons où le marquis de Bièvre fit une dernière fois briller son esprit, s'étalent maintenant d'énormes tas de blé. Derrière le Château-Blanc, la charrue a nivelé les jardins anglais de lady Craven, et les pièces d'eau se sont muées en fosses desséchées, en étangs mal entretenus. Seules, les avenues ont été conservées intactes, et leurs ombrages font la beauté de Triesdorf.

transporté au cimetière d'Ornbau, et y a été inhumé suivant le rile catholique romain; il était âgé de quarante-deux ans (1).

De son côté, le curé d'Ornbau, à l'issue de la cérémonie, écrivit sur le « livre matricule des morts de la paroisse • la déclaration suivante :

Aux lecteurs, salut en N.-S.

L'an de grâce 1789, le 24 octobre, est décédé à Triesdorf, en sa quarante-deuxième année, Georges Mareschal, marquis de Biévre; le 26 du même mois, vers sept heures et demie du soir, il a été solennellement inhumé au cimetière d'Ornbau, suivant le rite catholique (2).

Le valet Philippe avait immédiatement notifié la mort de son maître à M. Mareschal de Montéclain, oncle du marquis (3), au jeune André de Joguet, son neveu, et à Louis Robineau, son î procureur général et spécial ». Le 3 no-

(1) Cet acte est ainsi conru :

Sterb-Zeugnis.

Am 24 Oktober 1789 Nachts geg-en 12 Uhr strab zu Triesdorf in dem neuen Hôtel daselbst an den Blattern Herr marquis de Bièvre, welcher kurz zuvor aus Paris angekommen war, und wurde hieiaul am '27 ejusd. nach eigelangten hochfursll. Minislerialdekret inittelst eincr Nachtleiche, wobei dahier mit allen Glocken gelaule wurde, nach Ornban auf den dasigen Kirchhof abgefùhrt u. daselbsl nach romisch-kathol. Gebrauche zur Erde beslattet. Alt den Angaben nach 42 Jahre (Registres du chapitre protestant de Weidenbach).

Cet acte contient une erreur de date : les obsèques du marquis eiarent lieu le 26 et non le 27.

(2) Cette déclaration fut rédigée en latin :

Lecturis salutem in domino.

Anne a reparala salute supra millesimum seplingenlesimuni nono et octogesirao, die Oclobris vigesinio cfuarlo in Triesdorf mortuus, et visegimo sexto ejusdem mensis in cœmeterio nostro Ohrnbaviano more catholico et ritu solenmi sub nocte circa mediam octavani sepultus fuit Georgius Mareschal, marquis de Bièvre, dum annum vitae agebat quadragesimum et secundum.

Délivrant une copie de cet acte le 4 décembre 1789, le curé la fit suivre de l'attestation suivante :

Ita e matricula morluorum libri parochialis Ohrnbaviani manu sigilloque propriis testatum facio. Fr. X. Christophones Beck, civit. Ohrnbav. parochus (Document annexé à l'acte de partage de la succession du marquis de Bièvre, du 31 décembre 1790, minutes de M' Liénard, notaire à Paris).

(3) Remarié en 1786 à Marie Darius du Brosset, M. de Montéclain avait abandonné le château d'IIourges à l'un de ses fils, et il habitait à Paris, rue de Bourbon (aujourd'hui rue de Lille); depuis la mort de son frère LaChâtaigneraie, en 1781, il était l'aîné des oncles paternels du marquis de Bièvre.

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