‹ Le marquis de BièvreChapitre 125 sur 185 · MORT DU CALEMBOURISTE · texte numérisé non relu

MORT DU CALEMBOURISTE

vembre, Robineau fit apposer les scellés à l'hôtel de la rue Royale, et, le lendemain, André de Joguet, au nom de tous les héritiers du calembouriste, requérait cette même mesure pour le château de Bièvre (1).

Cependant l'annonce de la mort du marquis rencontrait des incrédules. Plusieurs de ses amis constataient son passage à Spa, quelques jours auparavant, et l'on citait son dernier jeu de mots. Les communications entre l'Allemagne et la France étaient si difficiles que, le 19 novembre, c'est-à-dire vingtquatre jours après les obsèques du marquis de Bièvre. Victoire de Razilly objectait encore que la lettre du laquais Philippe ne suffisait pas à motiver l'ouverture de la succession de son demi-frère; elle avait écrit à Anspach pour obtenir confirmation de la pénible nouvelle. Le surlendemain 21 novembre, le conseiller Ferrand, son mari, obtenait du Parlement de Paris un arrêt interdisant la levée des scellés. Mais le 4 décembre, le comte de Chousy, ministre plénipotentiaire du roi près le cercle de Franconie, recevant l'avis officiel du décès, M. et Mme Ferrand se désistèrent de leur opposition. Peu après, le baron d'Auritz adressait à M. de Chousy le certificat suivant :

Le 24 du mois d'octobre 1789, est mort à Triesdorf Georgius Mareschal, marquis de Bièvre, de Paris, faisant séjour à son passage à la Cour de S, A. S. Monseigneur le margrave de Brandebourg, Ansbac et Bajreuth, qui fut enterré par une procession funèbre le 26 dudit mois d'octobre à la (sic) cimetière catholique sacré d'Ornbau prés de Triesdorf, avec les rites solennels, ce qu'on atteste par le présent, sous le sceau et la suscription de main propre du grand raaréchalat de la Cour.

Fait à Ansbac, ce 5 de décembre 1789.

Signé : le baron Euhler d'Auritz, seigneur de Falberthal et d'Adliz, conseiller privé actuel et grand maréchal de la Cour d'Ansbac et Bayreuth. vice-chancelier de l'ordre de l'Aigle rouge, chevalier du même ordre et de celui du Lion Palatin (2).

(1) Archives nationales, Z' 2454, scellé du 3 novembre 1789 (hôtel de a rue Royale); archives départementales de Seine-et-Oise, scellé du t novembre 1789 (château de Bièvre).

(2) Document annexé à l'acte de partage de la succession du marquis le Bièvre.

A cette pièce il joignait l'attestation du curé d'Ornbau et l'inventaire des vêtements et bijoux trouvés dans les malles du marquis de Bièvre.

Croyant vivre de longues années, le calembouriste n'avait pas rédigé de testament : sa succession fut partagée suivant la <t coutume de la prévôté et vicomte de Paris réformée en 1580 », la plus importante de celles qui régissaient la France avant la Révolution. Parmi certaines dispositions abolies peu après — régime des fiefs, droit d'aînesse, droit de masculinité, etc.. — l'une concernait les successions.

Cet adage latin, fort connu autrefois, la résumait : paterna paternis, materna maternis. Lorsqu'un intestat ne laissait pas d'héritiers directs, les biens provenant du côté de son père revenaient à ses parents paternels, ceux provenant du côté desa mère à ses parents maternels. Le « code civil » rejeta cet usage, disant : « La loi ne considère ni la nature ni l'origine des biens pour en régler la succession. »

D'après l'article 339 de la coutume de Paris, un » de cujus » auquel ne survivait ni ascendant, ni descendant, ni frère, nf soeur, avait comme héritiers ses oncles et ses neveux. Mme de Joguet, unique sœur germaine du marquis de Bièvre, étant décédée, les biens paternels du défunt allaient donc être partagés entre ses oncles Denis Mareschal de Montéclain et Charles Mareschal de Favreuse. et ses neveux André et Marie- Louise de Joguet. Les biens venant de la famille Eynaud iraient à Mme Ferrand, née Victoire de Razilly, demi-sœur du calembouriste, et aux jeunes de Joguet, suivant le cas particulier de l'utérinité.

Mais Bièvre menait luxueuse existence et, depuis vingt ans, on le voyait emprunter de grosses sommes, vendre ses terres ^ acquérir des rentes viagères ; ses proches craignirent que la succession ne leur fût « plus onéreuse que profitable ». Le 31 décembre 1789, M. Mareschal de Montéclain obtint des lettres patentes le déclarant héritier de son neveu « sous bénéfice d'inventaire (1) », et son exemple fut suivi par les autres

(1) Archives nationales, X'"' 833.

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