‹ Le marquis de BièvreChapitre 133 sur 185 · FINOT OU L'ANCIEN PORTIER DE M. DE RIEVRE · texte numérisé non relu

FINOT OU L'ANCIEN PORTIER DE M. DE RIEVRE

et Deville terminait son opuscule en citant des calembours attribués à toutes sortes d'auteurs.

En tête du Biévriana figure un portrait du marquis de Bièvre (1), avec cette épigraphe rappelant le héros principal d'un drame populaire de Saurin, où se déroulaient, pendant cinq actes, les tragiques aventures d'un joueur :

Beverley n'aurait pas éprouvé tant de maux S'il eût passé sa vie à jouer sur les mots.

Le petit ouvrage de Deville eut trois éditions en l'an VIII et en l'an IX, et fut réimprimé en 1814 (2).

Le marquis de Bièvre redevenait à la mode; quelques mois après la publication du Biévriana, deux des onze collaborateurs de VAhiis de resprit, Alissan de Ghazet et Cadet de Gassicourt, firent représenter au théâtre de la Montansier (3) une comédie en un acte intitulée : Finot, ou l'ancien portier de M. de Bièvre. La première de ce « proverbe archibête » — ainsi le qualifiaient ses modestes auteurs — eut lieu le 28 ventôse an VIII. Cette fois, le marquis ne paraissait pas en scène; le fameux acteur Brunet, qui jouait le rùle de Finot, « valet niais », commençait ainsi la pièce :

«t Ce que c'est que de nous ! Moi, ancien portier de M. de Bièvre, valet chez Mme Cocasse! C'est pourtant mon talent pour les calembours qui m'a valu ça. Feu M. Cocasse les aimait comme une bète; moi, je les ai fait aimer encore davantage, de façon que toute la maison en fait à présent, et les plus mauvais sont les plus bons (4). »

La popularité de Brunet rendait plus piquants les jeux de mots dont il assaisonnait le « proverbe »; un autre comédien, VolangC;, l'ex-triompliateur des rôles de Janot, donnait un

(1) On trouve une reproduction de cette estampe, p. 78.

(2) Il a été publié à Bruxelles, chez Kistemaecker, un petit livre intitulé : Les bons mots de M. de Riècre; c'est une compilation de différents ana : dans la notice préliminaire, l'éditeur affirme inexactement que « Bièvre fut l'auteur de ce petit recueil de calembours ».

(3) Le théâtre de la Montansier est devenu le théâtre du Palais-Royal.

(4) Finot, ou l'ancien portier de .¥. de Bièvre, Paris, an XI. p. 3. Finot eut plusieurs éditions.

amusant relief au rôle épisodique d'un notaire; aussi tous les Parisiens vinrent entendre les aventures de Mlle Barbe Cocasse et du contrôleur Taxe. M. Cocasse, désirant assurer à sa fille un mari « qui fut la pure farine des plaisants », a posé dans son testament trois questions auxquelles il a répondu luimême par des calembours. Tout prétendant à la main de Mlle Barbe devra trouver ces trois solutions avant de voir agréer sa demande. La jeune fille est recherchée par deux amoureux, le maçon Double-sens et le contrôleur Taxe, qu'elle préfère à l'autre. Avec l'aide de l'ancien portier de M. de Bièvre, Taxe devine les énigmes et gagne sa belle. Finot termine la pièce en réclamant les applaudissements pour l'auteur qui, dit-il, est dans le « martyre aux loges ». S'il vivait encore, le fidèle Charpentier, qui garda longtemps la porte du marquis en son hôtel de la rue Royale-sous-Montmartre, dut bien rire en se voyant à la scène sous les traits de l'acteur Brunet. La vogue de ce spirituel comique arrivait à son apogée; un groupe d'amis, Fabien Pillet, naguère chansonnier royaliste, Charles Henrion, littérateur aussi médiocre que fécond, les vaudevillistes Ragueneau de la Chainaye et André Jacquelin, le futur général Claparède, le nègre Valentin Vastej', plus tard ministre ha'i'tien, firent paraître à leur tour un recueil de jeux de mots intitulé : Des calembours comme s'il en pleuvait, contenant un déluge de traits d'esprit, et c'est à Brunet qu'ils le dédièrent, en lui décernant le titre de « Restaurateur du calembour ». L'ouvrage commençait par une Lettre de Mme de KKO, dédiée aux mânes de Bièvre; en tête de cette facétie, imitée de la Lettre à Mme la comtesse Tation, on lisait ces deux vers :

Le Français goguenard créa le calembour, Et Bièvre avec les siens amusera toujours.

Suivaient, sans ordre, des jeux de mots en prose et en vers dus au marquis de Bièvre, aux auteurs de ïAbus de l'esprit et de Finot, à l'acteur Brunet, enfin aux rédacteurs mêmes de l'ouvrage.

L'an VIII vit éclore tant de recueils de calembours — on nommait € ana » ces petits livres, à cause de la terminaison

f'^/f/riri:, Sanéetul, Piro/i , Fcnii/ulle , Jîic'PrL', Scarron

Neuf avun/ vu/ci riw/fer

(Estampe de l'Esprit des ana. par Grasset de Saint-Sauveur.)

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