‹ Le marquis de BièvreChapitre 134 sur 185 · GRASSET DE SAINT-SAUVEUR · texte numérisé non relu

GRASSET DE SAINT-SAUVEUR

habituelle de leur titre — que le diplomate-écrivain Grasset de Saint-Sauveur eut l'idée d'analyser tous les ouvrages de ce genre imprimés depuis deux siècles, et, Tannée suivante, il mettait au jour : VEsprit des ana {l). En tête de cette anthologie, on trouvait une estampe représentant, d'après Saint-Sauveur, les six plus spirituels joueurs de mots que la France ait vus naître (2); à la première page, l'auteur imprimait ces vers :

Voltaire, Santeuil, Piron, Fonlenelle, Bièvre, Scarron, A ces noms qui ne s'intéresse?

Nous avons voulu récolter Des traits heureux, des mots

Pleins de finesse, Lorsque l'on veut emprunter, C est aux. riches qu'on s'adresse.

Le portrait du marquis de Bièvre n'était qu'une mauvaise copie de la gravure insérée dans le Biérriana, mais la compagnie des cinq autres personnages honorait singulièrement sa mémoire. Au cours de l'ouvrage, Grasset de Saint-Sauveur reproduisait de nombreux bons mots attribués à l'ancien Mousquetaire.

Les Parisiens prenaient aux calembours un plaisir qu'on exploitait de toutes façons : le peintre Constantin imagina d'éditer de petites estampes représentant des équivoques à deviner. Comme jeu de société, on distribuait ces énigmes, et les invités devaient en trouver la signification. La collection de Constantin comprenait quatre séries de trente-deux devinettes, renfermées dans des étuis vert, marron, orange et rose, de la grandeur d'une carte à jouer; une boîte ayant apparence de livre et portant au dos l'inscription Galerie de Bièvre contenait le tout. Des feuilles séparées fournissaient, pour chaque série, l'explication des trente-deux sujets. Dans la première « livraison », dite Galerie de M. de Bièvre, la première planche représentait une porte sur le panneau supé-

(1) Paris, 1801.

(2) On trouve ci-contre la reproduction de ce curieux assemblage de portraits.

rieur de laquelle on lisait : de M. de Bièvre, ou galerie des

calembours dessinés d'après nature; au pied de la porte, une énorme feuille de chêne complétait, en calembour, le mot laisse' en blanc dans le titre de l'ouvrage : porte-feuille. Parmi les autres devinettes, la quatrième, par exemple, montrait une S obèse et un A dans un lit : la grossesse (grosse S) et l'accouchée (A couché); la quinzième, une scène de théâtre construite en ossements : le théâtre Feydeau (fait d'os); la vingtsixième, une religieuse tombée d'un carrosse : la sœur converse {qu'on verse), etc., etc.

Dans la deuxième livraison, la Galerie de M. de Bièvre se continuait. La troisième donnait V Almanach de M. de Bièvre. et l'on y voyait les anges (ange Lure, ange Eu, etc.), les saints (Saint Gerie, Saint Bonaventure, etc.), et les saintes (Sainte Axe, Sainte Hure, etc.), fêtés par le calembouriste. Enfin, du quatrième étui,, défilaient tous les Ex-religieux fournisseurs et employés de M. de Bièvre (le père Siffleur, la mère Veille, l'abbé Quille, etc.) . La collection de Constantin est devenue très rare (1).

Au cours du dix-neuvième siècle, les almanachs populaires célébrèrent presque annuellement l'esprit du marquis de Bièvre. Plusieurs littérateurs firent même revivre la figure du calembouriste. En 1832, un auteur de fantaisies historiques, le baron de Lamothe-Langon lui consacrait en ses Mémoires de Louis XVIII quelques lignes inexactes (2); deux ans plus tard, un mystificateur littéraire l'attaquait avec une bizarre ténacité. L'apparition des Souvenirs de la marquise de Créqui fit grand bruit en 1834. Spirituels et intéressants, ils contenaient de piquantes anecdotes; mais, de nombreux anachronismes montrant leur défaut d'authenticité (3), leur auteur, Cousin de Gourchamp, fut bientôt démasqué,

(1) On n'en connaît qu'un seul exemplaire à peu près complet (une planche manque); il appartient à Mme Charles Dècle, qui a bien voulu permettre à l'auteur de le décrire. Ci-contre, réduits presque de moitié, sont reproduits le titre de la collection, la planche 30 de la deuxième livraison, figurant V Amour sans fin (sans faim), et les planches 8 et 22 de la troisième (VEnjeu et Sainl-Bonaventiire).

(2) Paris, 1832, t. 1", p. 54.

(3) Ces anachronismes ont été relevés dans une plaquette intitulée : L'Ombre de In marquise de Créqui aux lecteurs des souvenirs publiés saut

LE PORTEFEUILLE DE M. DE BIÈVIîE

L AMOUn SANS FIN (L'Amour sans faim.)

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