ANALYSE DU SÉDUCTEUR
rait à Rosalie, il a consenti à le recevoir; toutefois, n'oubliant pas la déconvenue infligée à sa fille, il craint de ne pouvoir se contraindre, et demande à ses invités d'être tous présents à cette première entrevue.
Demeuré seul, le Marquis reçoit un billet des mains de son laquais; une châtelaine des environs, apprenant sa présence chez Orgon, l'engage » à venir la voir vers quatre heures dans sa solitude ». Il commande aussitôt ses chevaux pour aller à ce rendezvous.
Le moment du dîner approchant, voici Darmance qu'on introduit; l'ex-amoureux de Rosalie revient à contre-cœur chez Orgon et redoute l'accueil qui va lui être fait; dés son entrée, le Marquis le félicite d'avoir rompu avec la jeune fille :
Aussi quelle folie De vouloii' tristement t'enchainer pour la vie Quand les f^immes encor ne te refusent rien! Attends qu'on t'ait quitté, laisse ce i'roid lien Au.\ êlres malheureux proscrits par la nature : De leur diil'ormité qu'il répare l'injure ! Le matin de la vie appartient aux amours : Sur le soir, de l'hymen implorons le secours. Ce dieu consolateur est fait pour la vieillesse, Il nous assure au moins les droits de la jeunesse, Et la main d'une épouse, à son premier piin temps, Fait naître encor des fleurs dans l'iiiver de nos ans. Mais, prévenir ce terme et choisir une belle Pour languir de concert et vieillir avec elle, C'est s'immoler soi-même, et c'est perdre en un jour Les secours de l'hymen et les dons de l'amour!
Si Darmance a délaissé Rosalie pour se livrer au « culte des belles », il y est encore novice et voudrait mettre à profit l'expérience de son ami : mais, pendant que le Marquis lui enseigne les moyens de réussir auprès des femmes, la cloche du dîner appelle au salon les hôtes du château. Orgon i-evient, suivi de Rosalie, Orphise, Damis, Mélise et Zéronès; il salue cérémonieusement Darmance. Rosalie, toute troublée de l'intimité qu'affichent le Marquis et son ex-amoureux, murmure à l'oreille d'Orphise :
Je m'avance en tremblant, mon amie, il me semble Que j'aurais mieux aimé ne pas les voir ensemble.
Décidément, elle n'a pas oublié l'inconstant Darmance... Pour rompre la glace, Orgon annonce aux dames que le Marquis séjournera jusqu'à l'hiver au château, et l'acte se termine par une scène où le Séducteur déploie tous ses talents; chacun se sent conquis; la triste Rosalie elle-même, cédant aux charmes du gentilhomme, ne sait plus ce que lui dit son cœur :
Eh bien I le clier Marquis Veut nous sacrifier les plaisirs de Paris. Nous le posséderons tout l'été, tout l'automne, Ces dames en doutaient.
Quoi! cela vous étonne?
Ail! tout ce que Paris a de plus précieux. Mesdames, je le vois rassembla dans ces lieux. Les grâces de l'esprit, les qualités de l'âme,
(montrant Mélise) Les talents encbanteurs.
MÉLISE (à part, à Damis) Il est charmant !
DAMIS (arec contrainte)
Madame...
LE MARQUIS (montrant Orgon)
Je vois un père tendre, un guerrier plein d'honneur, De nos preux chevaliers retraçant la candeur. Et cette intégrité digne du preinier âge De la France naissante.
OHGON (l'i Zéronès) 11 est loyal.
LE MARQUIS (montrant Zéronés)
Un sage.
Dédaignant les lauriers si chers aux beaux esprits. Instruisant par ses mœurs et non par ses écrits.
zÉRONÉs (à Orgon) Il est profond.
LE MARQUIS (montrant Orphise et Rosalie)
Enfin, je vois à son aurore La beauté, la vertu qui l'ernbellil encore. Et le tableau touchant d'une pure amitié...
(regardant tout le monde) Auprès de vous, Paris est bientôt oublié!
ORGON (regardant Darmance, à Zéronès) Quelle différence!
ZÉRONÈS
Ah!