ORGON
Je l'aime à la folie, Mais c'est qu'il est charmant, solide...
ANALYSE DU SEDUCTEUR 339
ROSALIE (à Ophise)
Ali ! mon amie!...
Au début du second acte, Rosalie avoue à son amie Orphise les troubles qui l'agitent. Dès son enfance, elle s'habituait à l'idée d'épouser Darmance, mais l'inconstant a fui, et le Marquis est venu. On vante au château son esprit, ses grâces, sa noblesse; moi, termine Rosalie en rougissant : « J'entends avec plaisir le bien qu'on dit de lui. »
Orphise lui conseille de ne pas donner son cœur à la légère, car : « le vice disparaît sous des dehors aimables », et la conduite du Marquis lui semble suspecte. Au reste, « il est des sentiments que l'on prend pour l'amour » : elle veut savoir ce qu'éprouve la jeune fille en revoyant Darmance.
fiosalie, incapable de lire en elle-même, supplie Orphise « de la sauver de l'erreur », et la jeune veuve consent à lui venir en aide : elle étudiera d'abord le Marquis, sans rien craindre pour son propre repos; son mari, par ses infidélités, l'a rendue malheureuse, et elle n'a aucune envie de repasser par de semblables tourments. Feignant d'être conquise par le gentilhomme, elle saura bien s'il est véritablement épris de Rosalie.
Car le monde est un jeu, dans le siècle où nous sommes Par les vices adroits les mœurs ont tout perdu, Et ce n'est que l'esprit qui sauve la vertu.
Apercevant le Marquis. Rosalie s'esquive. Alors s'engage une amusanle escarmouche entre Orphise et le Séducteur. Celui-ci prie la jeune veuve d'agir sur l'esprit d'Orgon, pour qu'il abrège son délai d'épreuve : « On veut laisser à votre cœur le temps de faire son choix, répond Orphise avec coquetterie. D'ailleurs nous avons peur de vous :
Pour faire un bon mari, vous aimez trop les femmes!
Et l'autre de riposter avec logique :
J'aime les femmes!... Mais, accordez-vous, Mesdames : Pour que l'on vous épouse, il faut bien vous aimer!
S'engageant, avec prudence, dans le piège tendu par Orphise, il lui demande son amitié, en termes si chaleureux qu'elle peut y trouver l'expression d'un sentiment plus vif. Or[)hise triomphe : « J'attendais la déclaration! » s'écric-t-elle. Mais le Marquis ne se laisse pas surprendre :
Oh non, n'y comptez pas. Vous vous trompez. Madame! Vous n'êtes à mes yeux que la seconde femme De l'univers !
Décidément, il lui faut jouer serré avec cette jolie personne : il reprend l'éloge de Rosalie. On ne peut douter de son amour pour elle, puisqu'il lui sacrifie tout : <■ La Cour, ses plaisirs, ses amis. » — « Depuis deux heures, oui, riposte Orphise, cependant vos chevaux sont commandés pour quatre heures. » — « Une importante affaire me réclame, explique le Marquis, dès qu'elle sera traitée, je ne m'absenterai plus. »
Bientôt, on entend des pas dans le jardin : c'est Mélise. « Quand nous sommes ensemble elle arrive toujours! » remarque Orphise avec un peu d'humeur : car, malgré elle, la jeune femme subit l'empire de son antagoniste.
Le Séducteur trouve Mélise aussi charmante qu'Orphise; il courtise l'une et l'autre avec un égal plaisir, mais, pour un tel jeu, le tête-à-tête est nécessaire. Montrant Mélise, il murmure à l'oreille de la jeune veuve : « Demeurez; dans l'instant je vous en débarrasse. ') Puis, à part : « Il faut que l'une ou l'autre abandonne la place. »
Mélise vient plaider auprès d'Orphise la cause de son frère Darmance; depuis qu'il a revu Rosalie, il est au désespoir de l'avoir délaissée; son remords fait peine. Sans permettre à Orphise de répondre, l'ingénieux Marquis prend la parole, et, dans cette fin de scène, chacune des deux femmes s'indigne de recevoir devant l'autre un aveu d'amour :
Je connais un état bien plus insupportable; C'est lorsque, transporté par un objet aimable, On ne peut se livrer, s'épancher à loisir, Et qu'un tiers importun nous ôte ce plaisir!
OHPHISE (bas au Marquis) Mais songez donc...
LE MARQUIS (bos à Oiphtse)
Je veux la rendre plus discrète.
MÉLISE (bas au Marquis) Comment! Monsieur!
LE MARQUIS (bos à MéHse)
Je veux qu'elle fasse retraite.
(Iiaut) Oui, c'est un sort cruel, et rien n'est plus aCfreux Que de se voir ravir un seul moment heureux : Le bonheur est si rare !
ORPHISE (bas au Marquis)
Encore! je vous laisse !
Et, confuse, elle s'échappe. Restée seule avec le Séducteur, la