CONSEILS A M'" OLIVIER
on n'applaudit guère qu'aux fins d'acte; si parfois un mot trop hardi amène des protestations, il est rare que des murmures soulignent l'invraisemblance d'une réplique. Les recommandations du marquis de Biévre à Mlle Olivier montrent que l'ancien parterre de la Comédie-Française témoignait plus de fougue littéraire. En apprenant du Séducteur la prétendue trahison d'Orphise, Rosalie s'écrie :
0 lumière funeste I Pourquoi m'arrachez-vous le seul bien qui me reste 1
« Le public qui se presse quelquefois de juger, observait Biévre, pourrait trouver ici que Rosalie est bien facile à tromper, et que l'auteur tranche lestement les difficultés; il serait possible qu'il y eût un murmure à ces vers, c'est un motif de plus pour reprendre avec force et impétuosité :
Mais moi, je pourrais croire une pareille horreur!
« Cette expression d'ailleurs est nécessaire, et c'est le dernier effort de résolution de Rosalie, puisqu'elle va être convaincue. » L'auteur ajoutait, — et Ton ne s'étonne pas de trouver cette métaphore sous la plume d'un maréchal-général-des-logis à l'état-major de l'armée : — » Rosalie ne se bat plus qu'en retraite. »
Plus loin, Biévre craignait encore un murmure, « et plus nourri que le premier, puisque le pas est plus fort », mais, d'après lui, les vers suivants amèneraient « une prompte réparation du parterre ».
Jusqu'aux soirées du Séducteur, Mlle Olivier passait pour médiocre ; le calemhouriste, connaissant l'injustice de cette réputation, terminait par une prophétie ses notes à son ingénue : « Si l'actrice aimable à qui ce rôle est destiné remplit toutes ces instructions, elle rendra un grand service à l'auteur, et je ne doute pas que ce ne soit une occasion pour elle d'achever d'obtenir du public, au commencement de sa carrière, la justice qui lui est due (1). »