ANALYSE DES RÉPUTATIONS
Gluck, Piccini comptait encore dans les salons de forcenés partisans.
Ce ridicule excès rend les haines si fortes
Qu'on devrait par prudence afficher sur les portes
Quel est le goût régnant des maîtres du logis.
Chez Cléon, l'autre jour, encore j'y fus pris :
Le nouvel opéra, la semaine dernière.
Avait, vous le savez, trouble la ville entière;
Cléon de mon avis voulait être appuyé :
Moi, je dis franchement qu'il m'avait ennuyé;
Une troupe à l'instant m'environne, s'irrite.
Est prête à m'étrangler : je me sauvai bien vite,
Et, mettant à profit cette bonne leçon,
J'allai porter mes pas dans une autre maison;
Là, pour ne rien risquer avec des têtes folles.
Je me mis à louer et musique et paroles,
Et les décorateurs, et les habillements;
Je ne composais rien de tous les compliments.
Je débitais par cœur les extraits des Mercures :
Mais le cercle était contre, on me dit des injures.
Et, pour un opéra, j'ai perdu deux maisons.
Talleyrand avoue qu'il n'exprimait pas son opinion sur Gluck et Piccini « pour n'avoir dans cette affaire de querelle avec personne » : Cléante n'exagérait donc pas.
Au deuxième acte, Bièvre, qui était picciniste, faisait parler ainsi les « charlatans » et leurs niais admirateurs :
La musique Ecrasera dans peu l'art tragique et comique. Dans son Laocoon, Stéphano s'est promis De faire frissonner et d'arracher des cris : Le trio de la lin est d'un effet unique 1
Ce sont les vrais accents de la douleur antique.