‹ Le marquis de BièvreChapitre 2 sur 185 · PREFACE III · texte numérisé non relu

PREFACE III

mier-chirurg-ien de Louis XIV; en récompense des services rendus à la couronne par sa famille, la seigneurie de Bièvre fut érigée en marquisat pour lui et ses héritiers mâles, suivant lettres patentes signées de Louis XV au mois de juin 1770. Mousquetaire du roi depuis 1766, le marquis de Bièvre reçut en 1771 le grade de capitaine de cavalerie et acquit en 1772 la charge de maréchal-généraldes-logis des Camps et Armées. La même année, le comte de Provence le choisissait pour son « écuyer ordinaire » ; il resta auprès de ce prince, devenu « Monsieur », jusqu'en 1784. Pendant ce temps, il parvenait au rang de « mestre-de-camp », ou de colonel, qu^il obtint en 1780; quatre ans plus tard, il fut nommé chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Tout en jouant sur les mots, M. de Bièvre se consacrait à la poésie dramatique; en 1783, il lit représenter au Théâtre-Français une comédie de caractère intitulée le Séducteur, et les Parisiens accueillirent par leurs applaudissements cette première œuvre sérieuse du calembouriste; imprimé peu après, le Séducteur resta au répertoire du Théâtre-Français.

En 1788, le marquis de Bièvre donnait à la Comédie une nouvelle pièce : les Réputations ; mais ses critiques des salons et des journalistes littéraires s'y multipliaient avec tant d'àpreté que l'ouvrage fut mal accueilli. L'année suivante, à peine âgé de quarante- deux ans, Bièvre décédait en Allemagne après une courte maladie.

Sa seconde pièce n'ayant pas été imprimée (1), le titre

(1) Dans la France littéraire, Quér.^rd commet une erreur en écrivanl que cette pièce « fut imprimée en 1788, à Paris, in-octavo »,

IV LE MARQUIS Di: BIÈVRE

seul en restait connu et l'auteur de ce livre recherchait vainement le manuscrit des Réputations, quand un heureux concours de circonstances le lui fit trouver. En tête d'un volume sur Georges Mareschal, seigneur de Bièvre, il annonçait la prochaine publication d'une étude concernant l'arrière-petit-fils du fondateur de l'Académie royale de chirurgie. Cet avis fut lu par M. le marquis des Monstiers-Mérinville, dont le premier-chirurgien de Louis XIV est un ascendant, et, fort gracieusement, il apprit à l'auteur que certains papiers littéraires du marquis de Bièvre se trouvaient à son château du Fraisse, en Limousin (1). Or, les importantes archives de cette demeure seigneuriale, possédée depuis plus de six cents ans par la famille des Monstiers-Mérinville, contenaient, outre le manuscrit des Réputations, celui du Séducteur et plusieurs autres œuvres du marquis de Bièvre qui dépeignent son caractère et révèlent ses intimes pensées ; le calembouriste s'y montre l'admirateur enthousiaste des chefs-d'œuvre du théâtre, le défenseur fanatique des grands poètes du dix-septième siècle. Pendant que le public riait de ses jeux de mots, il s'efforçait d'influer sur la vie littéraire de

(1) Alors que l'auteur a pour trisaïeul Denis Mareschal Je Jlonléclain, seigneur d'ilourges et marquis de Bièvre, oncle paternel du calemljOiiriste, M. le marquis des Monstiers-Mérinville descend de Mme de Joguet, sœur du même personnage : Mme de Joguet, déccdée avant 1789, laissait deux enfants, André de Joguet et Marie-Louise de Joguet. plus tard Mme Anjorrant; cette dernière fut mère du marquis Anjorrant et de Sidonie Anjorrant, qui s'unit au comte des Monstiers-Mérinville, aïeul du clief actuel de la famille.

Li^ caleinboiirisle étant mort sans alliame en 1789, le trisaïeul de l'auteur hérita de lui conjointement avec André de Joguet, mais ce dernier seul s'intéressa aux manuscrits littéraires du défunt et en sauva quelques-uns. Plus tard, il les remit à son neveu des Monstiers-Mérinville pour être versés aux archives du Fraisse : l'intentioi; de ce soin particulier se trouve remplie par le présent livre.

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