LES JEUX DE MOTS ET LA GAIETE
port, continuait l'officier, nous jetâmes l'ancre, pour donner ensuite de nos nouvelles. » — « Comment! voulant donner de vos nouvelles, vous avez commencé par jeter l'encre f interrompit Bièvre au milieu des rires, il fallait que vous eussiez perdu la tête ! » Une troisième fois, on discutait avec aigreur sur les réformes de l'armée : suppression des Mousquetaires de la garde royale, augmentation des régiments; les uns blâmaient, les autres approuvaient, et la conversation dégénéra en querelle. « Comprenez donc, messieurs, dit alors le marquis de Bièvre, que M. de Saint-Germain a donné au Roi une plus forte épée ; il a raccourci la garde pour allonger la lame. » Les adversaires en furent désarmés. Enfin le calembouriste assistait à une mortelle dissertation sur le moyen de concilier les folies de Charles XII avec le sang-froid dont ce prince était doué. Bientôt, il n'y tint plus : « En tout cas, dit-il sentencieusement, il est bien certain que Charles XII a fait plus de folies avec son sang-froid que Don Quichotte avec son Sancho. » Et ce projDOs mit fin à la dissection du cerveau royal.
« La conclusion de ma trop longue épître, terminait le marquis de Bièvre, est que le goût des calembours n'est point une maladie chez moi, mais une ressource innocente pour repousser l'ennui ou pour rappeler la gaieté. »
CHAPITIIE VIII
LE CHÂTEAU ET l'hÔTEL DU MARQUIS
Le château de Bièvre. — Victor-llugo et la vallée de la Bièvre. — Les calembours du marquis dans son parc. — Le droit du seigneur.
— Hommage féodal au comte de Jouy.
Les chasses royales. — La capitainerie de Saint-Germain-en-Laye; Bièvre nommé exempt ; avantages de celte charge. — Réunion de la seigneurie de Vélizy au domaine royal.
Le marquis à Paris; son hôtel de la rue Koyale-sous-Montmartre; disposition et ameublement; la bibliothèque, les salons, la cave.
— Élégance du calembourisle; ses costumes; ses épées; ses tabatières. — L'entourage familial du maniuis de Bièvre.
Le domaine constitué de 1712 à 1725 par Georges Mareschal, seigneur de Bièvre, se trouvait tout entier, grâce à deux « substitutions », entre les mains de son arrière-petit-fds. Dès que le jeune homme eut la jouissance de sa fortune, il se prit d'affection pour le château et le parc de Bièvre, dont la proximité de Versailles et de Paris augmentait à ses yeux Tagrément. D'ailleurs son marquisat (Ij, embrassant plusieurs fermes et 800 hectares de terres et boiS;, lui procurait ses principaux revenus et nécessitait une active surveillance.
Le « manoir », de proportions moyennes mais harmonieuses, se composait « d'un grand corps de logis, d'un bâtiment en aile, de deux tours, l'une ronde, l'autre carrée, d'une chapelle et d'autres édifices appliqués à salles, offices et cuisines ». Tout autour couraient des fossés d'eau vive, franchis en avant et en arrière du château par deuxponts-levis. Le parc, clos de
(1) On trouve clans un précédent volume la description des seigneuries de Bièvre, Montéclain, Vélizy, etc., dont la réunion formait le marquisat de Bièvre.