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LES CAPITAINERIES DE CHASSE

compris dans la « capitainerie des chasses » de Saint-Gerraain-en-Laye.

On appelait « capitaineries » les vastes territoires mis en réserve, autour des châteaux de Sa Majesté, pour « les plaisirs » du Roi et des princes, qui seuls y chassaient. A la fin du dix-septième siècle, on en comptait soixante-dix : Louis XIA'^ par l'édit du 12 novembre 1G99, diminua beaucoup leur nombre; sous le règne de Louis XVI, il en restait quinze, portant les noms de la Varenne du Louvre, de Saint-Germain-en- Laye, de Compiègne, de Fontainebleau,, de Sénart, etc., et couvrant environ quatre cents lieues carrées.

La capitainerie de Saint-Germain-en-Laye, d'après l'édit de mars 4G79, renfermait la plupart des paroisses avoisinant la rive gauche de la Seine, entre Mantes et Asnières; longue de dix lieues, large de quatre, elle englobait au sud-est les plaines de Vélizy et Favreuse, parties principales du marquisat de Bièvre (1).

Sur les réserves du Roi, il fallait une autorisation pour construire une maison,- élever une clôture ou creuser une carrière, et des règlements sévères y favorisaient la multiplication du gibier : défenses de faucher les prés avant la Saint-Jean- Baptiste, d'enclore les récoltes, de détruire les lapins et les fauves, qu'on repousserait par jets de pierres seulement, et

(1) Les limites de cette curieuse juridiction longeaient la Seine de Mantes à Meulan, remontaient l'Aubette jusqu'à Sagy, s'infléchissaient vers l'est en passant par Lieu-sur-Oise (aujourd'hui Vauréal), Eragny, Franconville et Sannois, francliissaient la Seine à Argenteuil, bordaient la plaine de Gennevilliers jusqu'à Asnières, suivaient la Seine jusqu'aux Moulineaux, accompagnaient le mur du parc de Meudon, atteignaient le Plessis-Picquet, le pont d'Antony, Massy et Palaiseau; de là, elles tournaient vers l'ouest le long de l'Yvette, côtoyaient le ruisseau de Châteaufort, puis, traversant Port-Royal, la Ville Dieu, Elancourl, la Richarderie et Nauphle, elles regagnaient Manies par Saulx-Marchais, Thoiry et Rosay. (Archives départementales de Seine-et-Oise, section B, registre d'audience de la capitainerie de Saint-Germain-en-Laye pour les années ■1676 et suivantes, édit. de mars 1679.) Au cours d'un précédent ouvrage, l'auteur a donc commis une erreur en écrivant (p. 226) que Georges Mareschal jouissait du droit de chasse sur la seigneurie de Bièvre, à titre de haut justicier; ce fief, situé en capitainerie royale, était au contraire grevé d'une servitude de « non-chasse », mais aucun acte ne signalait cette dépréciation du domaine.

« sans les offenser », etc., etc. (1). Des routes de chasse, ouvertes avec l'unique souci de la commodité royale, traversaient champs et bois; enfin, au milieu des plaines trop nues, Sa Majesté faisait planter, sans même en prévenir les propriétaires, des « remises » et des « halliers » , où le gibier trouverait un abri (2). Aussi les lapins peuplaient par milliers les boqueteaux entourés de plaines, et, sur la lisière des forêts, on apercevait « des troupes de vingt-cinq à trente cerfs ou biches, que l'œil prenait pour troupeaux de bestiaux (3) ».

Dans chaque capitainerie, de nombreux officiers recherchaient et punissaient les infractions aux édits réglementant les chasses de Sa Majesté; celle de Saint-Germain-en-Laye comprenait un capitaine, le maréchal duc de Noailles; deux lieutenants, le marquis d'Ecquevilly et le comte d'Angivillcr; plusieurs sous-lieutenants, dont M. Antoine, maréchal-deslogis de la Cour, qui « tenait le siège j à Saint-Germain; un procureur du roi; un assesseur; des greffiers; des inspecteurs; des exempts; enfin cinquante gardes à pied ou achevai. Les jugements du capitaine étaient portés en appel devant le conseil privé de Sa Majesté, à l'exclusion des autres cours de justice telles que le Parlement ou le Grand Conseil. Cette organisation soulevait, au moment de la Révolution, les plus vives attaques, t Les capitaineries sont de véritables détractions de la propriété (4), i> lisait-on dans plusieurs cahiers des Etats généraux, et Boucher de la Richarderie écrivait en 1789 : « On entend par capitaineries des étendues quelconques de pays livrées sans réserves aux ravages des fauves, des sangliers et de toutes espèces d'animaux malfaisants, au

(1) Plaisirs, varennes et capitaineries, par Bocquet de Chanterenne, Paris, 1744, p. 17.

(2) L'ouvrage sur Georges Mareschal, seigneur de Bièvre, contient un plan des seigneuries de Bièvre, Montéciain et Vélizy, extrait de l'atlas des « chasses du roi » (1764-1773); on y remarque, dans la plaine de Vélizy, la « Grande remise », les remises de la Cour-Roland, du Bon-Puits, de Moineau, à Pillard ; dans la plaine de Favreusc, six autres remises dont une seule porte un nom.

(3) Essai sur les capitaineries royales et autres, et sur les maux incroyables qui en résultent depuis Louis XI, par Bouclier de La Richarderie, Paris, 1789, p. 91.

(4) Archives nationales, 0' 1033",

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