LE CALEMBOURISTE NOMMÉ « EXEMPT
despotisme dur et insultant des divers officiers des chasses charge's de la conservation ou plutôt de la multiplication excessive du gros et menu gibier, et aux vexations sourdes et continues des gardes qui sont sous leurs ordres (1). »
Les seigneurs hauts justiciers souffraient impatiemment cette servitude de « non-chasse » et cherchaient à distraire leurs terres des réserves royales, mais ils y parvenaient rarement. Le marquis de Bièvre obtint cependant la permission de tirer le lapin dans son parc, dont un mur clôturait les quarante-six hectares; puis, faveur très recherche'e, il re'ussit à recouvrer une partie de son droit perdu en se faisant nommer « exempt » de la capitainerie de Saint-Germain-en-Laye. Le Roi en effet, prétextant que les limites extrêmes de ses « plaisirs ï manquaient de surveillance, confiait à certains seigneurs la mission d'inspecter les gardes résidant à proximité de leurs châteaux. En retour, il leur permettait d'acheter aux capitaines, moyennant une somme de 2 000 à 20 000 livres, le droit viager de chasser après lui sur des étendues déterminées contenant leurs propres terres^ et qu'on appelait « cantons » (2). Pourvus du titre d'exempt, ces privilégiés recevaient un minime traitement et devenaient « commensaux de la maison du roi » .
Bièvre, Agé de vingt ans, servait aux Mousquetaires depuis deux années quand il apprit la mort de M. Dubois, l'exempt dont le canton renfermait la plaine de Vélizy. Demandant sa succession au duc de Noailles, capitaine de Saint-Germain-en Laye, il obtint de Louis XV, le 30 juillet 1768, des lettres patentes de nomination (3). Les limites de la chasse qui lui
(1) Essai sur les capitaineries royales, ouvrage cité, p. 9.
(2) Dialogue sur les capitaineries, par l'auteur de l'Impôt volontaire, Paris, 1789, p. 33.
(3) Archives nationales, 0' 1033'. En voici la teneur :
Provision d'exempt des chasses de la capitainerie de Saint-Germain-en- Laye pour le sieur de Bièvre.
A Compiègne, le 30 juillet 1768.
Louis, par la grâce de Dieu, l'oi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront, salut.
Sur le bon et favorable rapport qui nous a été fait de la personne du sieur Georges-François Mareschal, seigneur de Bièvre-Ie-Ghastel, et de
fut attribuée (elles embrassaient le bois de l'Homme-mort et la plaine de Vélizy), ne sont pas exactement connues. Si Ton ignore également le prix que versa Bièvre pour l'acquisition de ce « canton », les dossiers des Archives nationales indiquent les gages paye's au nouvel officier des chasses royales : les receveurs ge'néraux des domaines et bois lui remettaient annuellement 400 livres (1).
La capitainerie de Saint-Germain comptait six exempts : de 1768 à 4789, le marquis de Bièvre eut pour collègues son voisin du château de Jouy, François d'IIarcourt, marquis de Beuvron ; un petit-fds de J^ouvois,. le marquis de Courtanvaux; le comte de Plélo, frère du héros de Dantzig; le marquis de Mesmes, de l'ancienne famille parlementaire; le duc de Brissac, fils du maréchal de ce nom, etc. (2;.
son zèle et affection à notre service, à ces causes, en agréant et confirmant la nomination et présentation qui nous a été laite par notre cher et Lien-amé cousin le duc de Noaiiles, gouverneur et capitaine des chasses de notre capitainerie royale de Saint-Germain-en-Laye, ci-attachée sous le contre-scel de notre chancellerie, nous avons au dit sieur de Bièvre donné et octroyé, et par ces présentes signées de notre main donnons et octroyons la cliarge d'exempt des chasses de notre dite capitainerie, vacante par le décès du sieur Dubois, dernier possesseur d'icelle, pour par lui l'avoir et exercer, en jouir et user, aux honneurs, autorités, prérogatives, privilèges, franchises, libertés, gages, droits, fruits, profits, revenus et émoluments accoutumés et y appartenant, tels et semblables qu'en a joui ou dû jouir le sieur Dubois, et ce tant qu'il nous plaira.
Si donnons en mandement à notre dit cousin le duc de Noaiiles qu'après qu'il lui sera apparu des bonnes vie, mœurs, religion catholique, apostolique et romaine du dit sieur de Bièvre, et qu'il aura de lui pris et reçu le serment en tel cas requis et accoutumé, il ait à le faire mettre et installer en possession de la dite charge, et du contenu ci-dessus le faire jouir et user pleinement et paisiblement, obéir et entendre de tous ceux et ainsi qu'il appartiendra eschoir concernant la dite charge.
Mandons aussi aux receveurs généraux de nos domaines et bois de Paris que les dits gages et droits ils aient à payer au dit sieur de Bièvre à l'avenir, par chacun an, aux termes accoutumés, suivant nos états, et rapportant les présentes ou copie d'icelles, dûment collationnées, pour une fois seulement.
Car tel est notre plaisir, en témoin de quoi nous avons fait mettre notre sccl à ces dites présentes Donne à Compiègne, le 30'^^ jour du mois de juillet, l'an de grâce J768, et notre règne le b3«.
(1) D'après l'acte du 7 janvier 1783 (compte rendu au marquis de Bièvre I)ar le procureur Lambert, minutes de M^^ Mony, notaire à Paris), les ai)pointenients ^ éritables de la chai'ge se ri'duisaient à 352 livres.
(2) Arcliivcs nationales, Z'" 498, et Almanach royal de 1789, p. 465.