‹ Le marquis de BièvreChapitre 37 sur 185 · LES ANJORRANT · texte numérisé non relu

LES ANJORRANT

marquis de Bièvre se fût rappelé le mot d'un de ses plus illustres devanciers, François I" : le président Louis Anjorrant assistait à la messe dans l'oratoire de son château de * Gloie en risle de France », quand on lui annonça l'arrivée du souverain; ne voulant pas abandonner le roi des cieux pour un prince de la terre, il demeura courbé sur son prie-Dieu. Cependant François I" paraissait à l'entrée de la chapelle, surpris que le magistrat ne vînt pas à sa rencontre; le voyant abîmé dans ses prières : « Par ma foi, mon conseiller, lui dit-il, vous avez bon droit à ce nom d'Anjorrant que vous portez (1). »

Victoire de Razilly, demi-sœur de Bièvre, vivait auprès de son père, le marquis de Razilly, brigadier des armées de Sa Majesté, devenu en 1769 l'aîné de sa 'maison et remarié la même année avec Mlle de Graveron. Le 26 juin 1774, elle s'unit à Michel Ferrand, seigneur du Vernay (2j. Le beaufrère du calembouriste appartenait à une famille de robe, devenue d'épée sous Louis XIV (3). Racontant le duel qui eut lieu en 1715 entre un oncle de Michel et Girardin de Vauvré, le duc de Saint-Simon écrivait, non sans quelque égard : « L'un était de ces Ferrand, du Parlement (4). »

Le 11 mai 1745, le futur mari de Mlle de Razilly, alors

(1) Cette anecdote fut recueillie en 1782 par Carlier de Corselles dans un travail conservé au château de Janvry, et le souvenir en est perpétué par une peinture appartenant à Mme la marquise du Luart ; Cousin de Courchamp, qui connut le marquis Anjorrant, la rapporte également dans ses Souvenirs de Mme de Créqui, mais il attribue à la vieille famille parlementaire l'inexact nom patronymique de « Vanvres ». Il semble que cette race de magistrats n'ait pas pu survivre à l'abolition de la Cour souveraine, et, comme le fait remarquer avec esprit M. le marquis des Monstiers-Mérinville, on peut dire désormais : « Plus de Parlement, plus d'Anjorrant. «

(2) Minutes de M" Delaleu, notaire à Paris ÇSl" Prudhomme, successeur actuel).

(3) Arriére-neveu du conseiller Ferrand, qui fut parrain de Descartes en 1596, et de la présidente Ferrand, cette célèbre amoureuse du dixseptième siècle, Michel Ferrand, seigneur du Vernay, descendait d'un autre Michel, seigneur de Saulx, major général de l'armée de Vendôme pendant la guerre de la Succession d'Espagne.

(4) Mémoires, édition Sautelet, Paris, 1859, l. XIII, p. 417. « Ces Ferrand » portaient : d'azur, à treis épées d'argent garnies d'or, posées en pal, celle du milieu la pointe en haut, les deux autres la pointe en bas, et une fasce d'or brochant sur le tout.

enseigne aux Gardes françaises^ prenait part à la victoire de Fontenoy, quand un boulet lui emporta la jambe : il avait à peine dix-huit ans. Louis XV le fit chevalier de Saint-Louis sur le champ de bataille, mais il dut quitter le service et devint conseiller au Parlement de Paris le 25 septembre 1755; on l'y nomma « Ferrand-la-jambe-de-bois ». Au dix-septième siècle, une première alliance rapprochait les familles de Razilly et Ferrand : l'intimité qui subsista entre elles explique le mariage du gentilhomme estropie', presque quinquage'naire, avec sa jeune cousine de vingt-trois ans.

Le marquis de Bièvre et son beau-frère Ferrand-la-jambe-de bois nouèrent des relations d'amitié : lancien officier de Fontenoy, nommé conseiller honoraire, habitait le château du Vernay : le calembouriste alla faire de fréquents séjours en Poitou, chez sa demi-sœur (1). En 1780, choisi par Victoire de Razilly comme parrain de son fils Georges (2), il tint cet enfant sur les fonts baptismaux avec Mme ïaboureau des Iléaux, femme du ministre de ce nom.

Le conseiller Mareschal de Bièvre, père du marquis, avait eu trois frères et trois sœurs; l'aîné de ses frères, M. Mareschal de la Châtaigneraie, fut officier dans la marine royale, puis maître d'hôtel de la Dauphine, mère de Louis XVI; il épousa en 17G7 Mlle de Flavigny de Chambry, et mourut sans postérité à Soissons en 1781; le second, M. Mareschal de Montéclain, Mousquetaire du roi, puis capitaine au régiment d'Andlau-Cavalerie, se maria en 1753 avec Mlle Le Leu d'Aubilly, dont il eut deux fils et deux filles; il vivait près de Reims dans la seigneurie d"IIourges, que lui apporta sa femme; le troisième, M. Mareschal de Favreuse, également Mousquetaire, puis capitaine au régiment Commissaire- Général-Cavalerie, devint en 1755 le mari de Mlle de Serrey

(1) Lettre adressée à l'auteur, le 30 octobre 1906, par M. le comte Ferrand, arrière-petit-fils de Michel Ferrand, seigneur du Vernay; le château du Vernay est situé dans le département des Deux-Sèvres.

("2) Garde du corps de Louis XVL ce filleul du marquis de Bièvre quitta 1(3 service au début de la Révolution; en 1815, il fut nommé chef de bataillon dans la garde du roi et reçut le titre de comte; il mourut en 1840 dans son ciiâteau du Vernay.

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