STANCES
Douce crédulité, flatteuse confiance,
Seul bonheur des amants, je vous perds pour toujours;
De l'ingrate Zélis j'ai connu l'inconstance :
Non, je ne croirai plus aux constantes amours.
Peut-être j'oublierai l'objet qui m'a su plaire : Mais que je vous regrette, illusion trop chère! Par vous, tout s'embellit, vous charmiez mon erreur, Et par vous le prestige allait jusqu'à mon cœur.
Ah! remplissez encore un cœur aussi fidèle;
Et s'il faut qu'à l'amour il ne puisse échapper,
Ecartez loin de lui la vérité craelie :
Mais que ce soit Zirphé qui daigne me tromper (2)!
Dès qu'elle eut rompu avec le calembouriste, Mlle Raucourt se livra publiquement aux mœurs les plus dépravées, aux plus luxueuses extravagances. Elle prit d'abord comme amant le marquis de Villette; les Mémoires secrets expliquent tout au long les honteux motifs de cette préférence (3). A ce moment,
(1) Manuel, ouvrage cité. Peut-être, en l'aisant ce jeu de mots, le calembouriste se rappelait-il l'épigramme de Trissotin dans les Femmes savantes :
Et quand tu vois ce beau carrosse...
Ne dis pas qu'il est amarante.
Dis plutôt qu'il est de ma rente.
(2) Almanach des Muses de 1775, p. 104.
(3) T. VII, p. 188 (H juillet 1774), t. XXVII, p. 304 (H octobre 1774). Voir aussi le Journal de médecine de Paris du 7 septembre 1902 (les Infâmes sotis l'ancien régime, par M. Paul d'Estrée).