‹ Le marquis de BièvreChapitre 52 sur 185 · LES DROITS D'AUTEUR · texte numérisé non relu

LES DROITS D'AUTEUR

chambre du roi. Or, d'après un règlement du 23 décembre 1757, signé de ces quatre seigneurs et consacrant l'usage, les auteurs de pièces nouvelles en cinq actes recevaient un neuvième (i) de la recette, après retranchement des « frais ordinaires et journaliers » de la Comédie. Quand la recette descendait deux fois de suite à \ 200 livres en hiver ou à 800 livres en été, la pièce, disait-on, « tombait dans les règles «, et les auteurs perdaient tout droit sur elle. S'il plaisait aux Comédiens soit de la jouer encore, soit de la reprendre après quelques mois, le produit total des entrées leur appartenait.

Ainsi, les écrivains dramatiques ne retiraient de leurs œuvres qu'une minime rémunération, et ceux dont les pièces, pour un motif indépendant de leur valeur, « tombaient dans les règles j, assistaient plus tard à des reprises brillantes dont le mérite leur appartenait, mais dont les acteurs gardaient le profit. On accusait même ceux-ci de s'enrichir malhonnêtement aux dépens des gens de lettres par un paiement inexact du neuvième réglementaire : affirmation difficile à prouver, car on n'obtenait des Comédiens français aucun détail sur les gains ou les frais du théâtre. Sébastien Mercier et Lonvay de la Saussaie tentaient vainement d'éclaircir la question quand Beaumarchais prit en mains la cause des écrivains.

Le 15 juin 1777, l'auteur du Barbier de Sétille alla trouver le maréchal de Duras, premier gentilhomme, auquel ses trois collègues abandonnaient la direction de la Comédie, et obtint de lui la promesse d'un nouveau règlement où les droits des écrivains seraient portés du neuvième au cinquième de la recette, avec un mode de perception nettement déterminé. Le premier gentilhomme Tinvitait même à réunir les gens de lettres, pour élaborer avec eux le « projet > de ce règlement. Beaumarchais pria donc tous les auteurs joués au Théâtre- Français « de lui faire l'honneur d'agréer sa soupe « le 3 juillet suivant. Vingt et un d'entre eux se rendirent à son invitation : c'étaient Sedaine (2), Marmontcl, Saurin. Rochon de Cha-

(1) Ceux des pièces en trois acte.'? recevaient un dmzième, et ceux des pièces en un acte nyi dix-huitième.

(2) Cet écrivain fut le second de Beaumarcliai^ dans la lutte contre le^i

iU LE MARQUIS DE BIEVRE

bannes, Lemierre, de la Place, Ghamfort, Bret, Saiivigny, Blin de Sainmore, Giidin de la Brenellerie, du Doyer, Lefèvre, Ducis, Favart, Dorât, Lemonnier, Cailhava d'Estandoux, Leblanc, Bartbe et Rousseau. Selon le mot de Ghamfort, les États généraux de l'art dramatique se réunissaient pour la première fois. Beaumarchais redit à l'assemblée les bienveillantes paroles du maréchal de Duras, et l'on se mit au travail. Dès la quatrième séance, lit-on dans les Tableaux de Mercier, « tout fut discordant, les tragédistes ne voulaient plus communiquer avec les comédistes, tous les rivaux se toisaient de l'œil arrogamment ». A la cinquième réunion, le nombre des assistants se réduisait sensiblement; néanmoins, le 3 juillet, les invités de Beaumarchais avaient conféré à leur hôte, ainsi qu'à Sedaine, Marmontel et Saurin, le titre de « commissaires et représentants perpétuels des auteurs n : ceux-ci purent finir le travail entrepris en commun, et, le 12 août 1777, ils déposaient entre les mains du maréchal de Duras leur Mémoire sur un nouveau projet de règlement pour la Comédie-Françai&.e .

Le marquis de Bièvre aimait à converser d'art théâtral avec le fameux acteur Mole, lui témoignant même, comme nombre de jeunes seigneurs à cette époque, une véritable amitié. Il suivait attentivement les démarches de Beaumarchais, et désapprouvait que le protecteur-né de la Comédie l'eût autorisé à réunir ses confrères « pour prendre avec eux des arrangements contre cette Comédie » . Au milieu du mois d'août, il apprit par Mole que les commissaires des auteurs allaient se réunir chez M. de Duras pour lui fournir des éclaircissements sur leur Projet de règlement. « Par hasard », la veille de cette conférence, le maréchal remit à « quelqu'un » (1) le Mémoire des gens de lettres et, peu d'heures après, Bièvre le parcourait à son tour. Il s'indigna d'y voir que les principales innovations recevaient l'assentiment du premier gentilhomme; si les droits d'auteur mon-

Gomédiens français, et Bièvre donnait ainsi la cause de son intervention : « Comme M. Sedaine avait offert à Lekain le rôle de Caboche, et à Préville celui de Marcel, dans une tragédie, et que tous deux avaient refusé, il 8e joignit à M. de Beaumarchais. >> Le calembouriste voulait parler de Maillard on Paris sauvé, pièce qui ne fut pas représentée. (1) Bièvre ne nomma pas l'ami qui lui fit cette communication.

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