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LES « PETITS SPECTACLES

Voûte et Hardoin de la Reynerie. Ces avocats déclaraient « n'avoir rien à ajouter » aux arguments développés; plus bas, deux autres fameux légistes, Alix et de la Malle^ certifiaient que la réclamation des Comédiens contre les entrepreneurs des « Petits spectacles » leur paraissait bien fondée en droit.

Louis XIV, commençait Bièvre, réunit en une seule les troupes de Molière et de l'Hôtel de Bourgogne, car « la concurrence qui entretient l'émulation n'est applicable qu'aux arts mécaniques^, soumis à des calculs uniformes et dont tout le monde peut se saisir; pour les talents que la nature seule peut donner, et qu'elle accorde si rarement, la concurrence, qui ne peut les multiplier, affaiblit leur force en les divisant ». Longtemps, la Comédie-Française, l'Opéra et la scène italienne brillèrent d'un incomparable éclat, car ces théâtres conservaient chacun le monopole d'un genre spécial. « Aucun sujet n'était perdu pour la Comédie, il suffisait qu'il existât pour qu'elle dût le posséder un jour. »

Mais la multiplicité des « Petits spectacles » a entraîné « la prostitution du goût et des talents ». En 1779, on osa comparer Janot; bouffon des Variétés, « à l'un des plus grands comiques de la scène française ». Dans un temps « où Jérôme Pointu (i) et d'autres productions qui lui ressemblent ont eu des succès si prodigieux », il est naturel que les ouvrages « destinés à corriger les hommes, â les rendre meilleurs ou à émouvoir leurs âmes, n'aient plus les mêmes droits à leurs suffrages ». Le goût est « étourdi », et l'on perd de vue les proportions sévères dans lesquelles il devait naguère se renfermer. Les conséquences des « Petits spectacles » méritent « de fixer l'attention de la Cour », et « les belles années du théâtre ne pourront renaître que parle retour des mêmes circonstances », c'est-à-dire le rétablissement du monopole pour les trois grandes scènes de Paris.

On objecte que les pauvres bénéficient des spectacles forains, car l'impôt prélevé sur les recettes augmente les res-

(1) Comédie en prose de Beaunoir, jouée aux Variétés en 1781.

ISO LE MARQUIS DE BIEVRE

sources des hôpitaux : mais ces spectacles même multiplient le nombre des pauvres ! « Les places n'y sont plus à la portée du bas peuple, qui cependant n'a pu y renoncer et se voit expose' à cette tentation pendant le cours de l'année entière. » Cet abus « fait à tout moment retomber les ouvriers dans la misère, le commerce même en éprouve quelque langueur, les chefs ne re'pondent plus du travail de leurs journaliers, et jamais le public n'a été servi avec tant de lenteur par les artisans ï. D'ailleurs que gagnent les pauvres si les « Petits spectacles » ruinent les grandes scènes?

En conse'quence, terminait Bièvre, il fallait interdire aux bateleurs forains « de jouer autre chose que jeux et danses de corde^ et simples parades et pantomimes » . Le nombre de six violons et de dix danseurs ne serait pas dépasse' dans leurs établissements; enfin, pour les premières places, ils ne pourraient percevoir plus de 12 sous, « le tout à peine de 3 000 livres d'amende et de démolition du théâtre » .

Les considérations philosophiques du gentilhomme-avocat ne réussirent point à persuader « les magistrats gardiens des mœurs publiques » : Nicolet, Audinot et leurs émules continuèrent d'amuser les Parisiens. Mais, comme le Mémoire particulier pmr M. de Voltaire, cet autre plaidoyer du marquis de Bièvre montre quelle influence le calembouriste s'efforçait d'exercer en secret sur la vie littéraire de son temps.

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