‹ Le marquis de BièvreChapitre 57 sur 185 · LE MARQUIS A LA COUR · texte numérisé non relu

LE MARQUIS A LA COUR

Biévre succède au comte de Neuilly comme écuyer ordinaire du comte de Provence. — La Maison de Monsieur; fonctions desécuvers. — Monsieur et les gens de lettres. — Caractère et goûts du prince.

Calembours du marquis de Bièvre avec Louis XV. Louis XVI et Marie-Antoinette. — Le duc de Chartres à Monceaux; satire attribuée au marquis : « Le pont tournant, l'abbé fripon. » — Bièvre à Chantilly et à l'hôtel Mazarin.

Projet d'un itinéraire pour Monsieur en Savoie. — Ilazon de Saint- Firmin.

Depuis son entrée aux Mousquetaires, le marquis de Bièvre appartenait à la Cour. La troupe rouge de la maison du roi montait la garde au château de Versailles et précédait à cheval le carrosse de Louis XV; puis, leur service terminé, les jeunes gentilshommes se mêlaient aux courtisans. Au commencement de l'année 1772, quittant les Mousquetaires et s'attachant à la personne d'un petit-fds de France, le marquis pénétra plus directement dans l'entourage royal.

Le 14 mai 1771, Louis XV mariait son petit-fds le comte de Provence à la princesse Louise de Savoie, fdle de Victor- Amédée III de Sardaigne; il avait chargé le duc de la >'auguyon, gouverneur du prince, d'organiser une « Maison » aux jeune.s époux. Le comte de Provence eut^ comme le roi, des aumôniers, des premiers gentilshommes, des chamhellans, des gentilshommes de la chamhre, des maîtres d'hôtel, des écuyers, des maréchaux des logis, des veneurs, etc., etc. Parmi ces emplois, quelques-uns furent donnés en récompense de services antérieurs; le duc de la Vauguyon vendit les autres à son bénéfice.

Les titulaires entrèrent en service dès le 1" avril 1771; le frère du dauphin s'était choisi pour « premier écuyer )' le marquis de Montesquiou-Fezensac, d'abord « gentilhomme de la manche des petits-fils de France » , et pour « e'cuyer ordinaire i> le comte de Neuilly, e'cuyer de la grande écurie du roi; quatre écuyers « de quartier », c'est-à-dire servant par trimestre^ suppléaient ces deux officiers.

André de Brunet, comte de Neuilly, ne resta pas longtemps en fonctions. Son fils a laissé d'intéressants Soiiveiws où l'on voit que, vers 1750, l'écuyer ordinaire du comte de Provence occupait un poste semblable auprès du comte de Charolais. frère du duc de Bour]>on : « Mon père, continue-t-il, avait acquis la réputation d'être un des meilleurs écuyers de France, et Louis XV le demanda au comte de Charolais pour commander le manège de la grande écurie. Il quitta son prince avec regret, mais il fallut obéir au roi, et il y avait de grands avantages (1). » M. de Neuilly « mit à cheval » les trois petitsfils de Louis XV, « les trois derniers rois », dit l'auteur des Souvenirs. Ces initiations lui valurent une pension de 12 000 livres, et, quand les frères du dauphin se formèrent une Maison, ils n'oublièrent pas Neuilly dans la distrilmtion des charges; le comte de Provence le nommait son écuyer ordinaire; en 1773, le comte d'Artois devait le prendre pour premier maréchal-des-logis.

Après neuf mois d'exercice, le comte de Neuilly quitta le service du comte de Provence, et ce fut le marquis de Bièvre que ce prince lui désigna comme remplaçant : à partir du 5 février 1772, le calembouriste figura sur les états du personnel de la Cour (2j. Le registre taxant les charges créées en 1771 donne à celle d'écuyer ordinaire une valeur de 45 000 livres, mais Neuilly la vendit sans doute pour une somme supérieure, car on recherchait fort de tels emplois. Les quatre charges d'écuyers par quartier valaient seulement 15 000 livres, or de nombreux postulants, tous cha-

(1) Correspondance et souvenirs du comte de Nenillij, publiés par M. de Barberey, son neveu, 1865, p. 2.

(2) Archives nationales, R= 54 et R-' 202.

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