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LES ECUYERS DE MONSIEUR

leureusement appuyés par de hauts protecteurs, les avaient sollicitées; les nominations de M. de Martel, « écuyer du roi, recommandé par M. le duc de Penthièvre », du chevalier de Barville, « porte -étendard des chevau-légers, recommandé par M. le duc d'Aiguillon », du chevalier de Goursac, « page du roi, recommandé par Mme la comtesse de Brionne », et de M. de Marolles, « recommandé très particulièrement par Mme la Dauphine », écartèrent les candidatures de seize autres gentilshommes, parmi lesquels un Beaupoil de Saint- Aulaire.

M. de Bièvre et ses quatre subordonnés, attachés à la personne du futur » Monsieur », ne dirigeaient pas les écuries du prince; c'est à leur chef, le marquis de Montesquiou, premier écuyer, que revenait ce gouvernement. « Monsieur était très curieux en chevaux, écrit le comte d'Hézecques, la beauté des siens surpassait celle des équipages des autres membres de la famille royale (1). » Sous la haute surveillance de M. de Montesquiou, un écuyer commandant, M. de Gain de Montagnac, et un écuyer cavalcadour^ M. d'Haranguier de Quincerot;, prenaient soin des quatre-vingt-huit chevaux de carrosse, des vingt-deux chevaux de chaise, et des cent vingt-neuf chevaux de selle du prince; quarante et un cochers, postillons, valets de pied, palefreniers, maréchaux de forge,... et un « généalogiste de l'écurie » (2), les aidaient en ce service (3).

La plupart des charges de Cour valaient à leurs titulaires plus d'honneur que d'argent. Dans la Maison du comte de Provence^ c'est le premier gentilhomme de la chambre qui touchait le plus fort traitement, G 000 livres ; celui des autres officiers était modeste : le premier aumônier recevait 2000 livres, les gentilshommes ordinaires 1 000; beaucoup d'emplois rapportaient de 400 à 800 livres; cei'tains de 60 à 100 seulement.

(1) Souvenirs d'un page de la Cour de Louis X VI, p. 57.

(2) L'état de proposition pour les charges des écuyers de quartier du comte de Provence se terminait par cette observation : « On convient d'exiger les mêmes preuves (de noblesse) que pour les écuyers du roi. '>

(3) Archives nationales, R^ 33, et Z'» 520. Après la formation de la Maison, le nombre des chevaux fut porté à 300.

Au marquis de Montesquiou^ premier e'cuyer, le prince attribuait 2400 livres, au marquis de Bièvre, écuyer ordinaire, 2000 livres et aux écuyers de quartier 750 livres. Une indemnité' de « nourriture y> augmentait il est vrai ces émoluments, celle de l'écuyer ordinaire s'élevait à 1 825 livres : Bièvre percevait donc une somme totale de 3 825 livres (1) sur les 2 270 000 consacrées par le comte de Provence à l'entretien de sa maison (2).

Le prince, qui n'avait jamais été svelte, devint corpulent avec l'âge; selon Montbarrey, « quelque défectuosité dans les hanches, sans le faire boiter, donnait à sa marche un air contraint » ; enfin, dit le comte d'Hezecques, on devait l'aider à se mettre en selle, et, maladroit à cheval, il suivait rarement le roi à la chasse. Dans ces occasions, le premier écuyer, l'écuyer ordinaire ou récuyer de quartier l'accompagnaient. Quand le marquis de Bièvre remplissait auprès de lui ses fonctions, il suivait « immédiatement » le prince, pour le relever en cas de chute et lui céder sa monture, s'il le fallait. Dans les marches solennelles, il c partageait la croupe » du futur Louis XVIII avec l'officier des Gardes du corps en service, se tenant du côté du montoir, et, si le chemin devenait trop étroit pour deux cavaliers de front, l'écuyer ordinaire « prenait le pas « . Le cortège franchissant un passage difficile, un pont branlant par exemple, Bièvre mettait pied à terre et venait tenir l'étiier du prince, « crainte que le cheval ne bronche ».

Le comte de Provence sortait plus fréquemment en carrosse : il aimait à faire admirer ses équipages. Son écuyer lui « prêtait la main » pour monter ou descendre, et le suivait à cheval. Le prince usant de sa chaise à porteurs, Bièvre lui rendait les mêmes services et l'accompagnait à pied.

(1) Les écuyers du comte de Provence faisaient d'ailleurs partie des commensaux de deuxième ordre de la Maison du roi. (Pour les « commensaux », voir Georges Marcachnl , seigneur de Bièvre, ouvrage cité, p. loi).

(2) Les premières charges bénéficiaient d'avantages pécuniaires de toute nature qui alourdissaient singulièrement le budget du prince; ainsi le marquis de Montesquiou, premier écuyer, recevait un total de 22 370 livres.

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