‹ Le marquis de BièvreChapitre 62 sur 185 · LES FARCES DE « MOUSSEAUX · texte numérisé non relu

LES FARCES DE « MOUSSEAUX

petit pamphlet, le duc, s'adressant au public, monologuait

ainsi :

Divertissement à la mode.

Moi, je suis gai! Je suis gai comme un pinson! Vous n'avez pas idée comme je suis gai. J'aime à rire, à jouer des tours, à faire des farces, et c'est vous dire assez que je suis le meilleur homme de la terre.

J'ai fait bâtir un pavillon superbe à Mousseaux, j'y donne des fêtes. Ah! Quelles fêtes! C'est pour en mourir de rire. Ah! .\h! Ah! Ah!

Imaginez que j'avais fait prier à dîner un jeune vicaire de Saint- Philippe du Roule et nous étions servis à table... Ah ! Ah! Ah! Ah!., servis à table par des négresses... Ah! Ah! Ah! Ah!... par des négresses toutes nues... Ah! la rate! Ah! C'est pour en mourir de rire... Ce garçon-là n'osait pas lever les yeux, il ne voulait pas manger, mais nous l'avons fait boire. « Ah! Sacristie! Sacristie! » disait-il en pleurant. C'était à se tenir les cotes! Vous pensez bien qu'il est allé s'en plaindre, et ([ue nous avons soutenu ([u'il était un menteur, un imposteur! Et ce qu'il y a déplus charmant, c'est qu'on l'a mis en pénitence dans un séminaire pour lui apprendre à calomnier un prince! Un prince qui donne sa parole d'honneur! Un prince enfin qui avait eu la bonté de lui donner à dîner dans son pavillon de Mousseaux!!! Il en a eu pour six mois de prison et j'en rirai jusqu'à la fin de mes jours!

Ensuite, il faut vous dire que je donne des billets pour se promener dans mon parc, à des gens que je ne veux pas prier à dîner, car vous vous doutez bien qu'on ne peut pas donner à dîner à tout le monde. Mais vous allez voir que ceci n'est pas le moins divertissant. Il y a d'abord des pièges (on dit que c'est pour prendre des loups, jugez un peu, des loups à Mousseaux, faut-il que les Parisiens soient bêtes pour avaler des pilules comme celle-là sans les mâcher). 11 y a donc des pièges tendus contre les loups et les voleurs... Ah! oui, des voleurs je t'en souhaite! Allez vous promener de ce côlé-là pour voir les sottes bourgeoises et ces benêts de maris que nous y faisons conduire comme si de rien n'était, et qui s'y prennent les jambes ! Et qui font des cris ! Et qui saignent! Mais c'est qu'ils saignent d'une manière inconcevable! Et jugez comme c'est amusant de les entendre crier en les voyant saigner!

Ensuite, nous avons notre grotte où l'on est saisi par les bras et parles jambes en s'asseyant... Et quand c'est des femmes!... et que nous sommes cachés dans la grotte où nous fermons la porte! Ah! Mais c'est qu'il faut voir les méchancetés infernales et les indignités que nous leur faisons!...

Enfin, je vais vous dire encore autre chose, et voilà ce qui m'amuse le plus. Nous avons un pont... Ah! Ah! Ah! Ah! il y passait hier un marchand de la rue Grenier-Saint-Lazave .. avec sa femme... Ah! Ah! Ahl... avec sa fille, et puis un enfant de quatre ou cinq ans... Ah! Ah! Ah! Ah! (Voilà le point de côté qui me reprend... je ne sais pas si je pourrai vous dire... ) Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!... Ah! Ahl!... Si vous aviez vu tout cela se débattant dans la rivière!...

Je les ai fait repêcher pourtant. Le père avait la jambe cassée... Et la jeune fille donc!... Ahl La jeune fille, quand nous l'avons retirée par les jambes, avec ses jupons par-dessus la tète!... Et qu'elle criait comme une orfraie, et qu'elle s'est mise à dire que son pierrot de taffetas rose était abîmé!... Non, jamais, jamais je n'ai tant ri de ma vie !

La mère était comme une momie, toute couverte de vase, et l'enfant, ma foi, j'en suis bien fâché, mais l'enfant était tombé sous les autres, à ce qu'il paraît; il n'avait pas eu la force de se débattre, et on n'y pensait plus du tout quand le père et la mère, que j'avais fait mettre sur une charrette pour les renvoyer chez eux, se sont mis à crier : « Le petit! et le petit! » — c Ah! Oui, où donc est le petit? » a dit la jolie fille, qui s'est mise ensuite à nous dire des sottises en nous reprochant les rires que nous faisions... Voyez un peu cette petite salope, à qui nous avons dit : « Mademoiselle, nous ne pouvons pas nous empêcher de rire, parce que vous avez... Ah! Ah! Ah! Ah!... parce que vous avez quelque chose... parce que vous avez quelque chose d'extraordinaire... parce que vous avez quelque chose d'extraordinaire entre les hanches...

Ensuite, il fallut prendre son sérieux. On leur a dit qu'on était bien désespéi'é de leur accident, mais que c'était de leur faute. La vérité, que je vous dirai, c'est que c'est un pont à bascule, et, tout aussitôt qu'on y met les pieds, patatras! Ensuite on leur a péché ce crapaud d'enfant qui avait la tête en bringues et l'estomac défoncé. Il paraît que son père et sa mère avaient marché dessus. Nous avons fait semblant d'en pleurer, mais, quand ils ont été partis dans la charrette, ah ! tonnerre de Dieu! peut-on rire comme ça! C'est pour en mourir! On en crève!

Ce mordant écrit fut-il l'œuvre du marquis de Bièvre? Courchamp en est le seul garant, et ses affirmations n'entraînent pas certitude. On sait toutefois que de semblables pamphlets coururent Paris pendant la jeunesse du duc de Chartres; le 8 janvier 4773, Mme du Deffand citait un couplet

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