‹ Le marquis de BièvreChapitre 63 sur 185 · CALEMBOURS SUR LE PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

CALEMBOURS SUR LE PALAIS-ROYAL

de chanson où l'on trouve une allusion au divertissement reproduit par Courchamp :

De d'Orléans et de son fils Que dites-vous, compère?

Ne leur trouvez-vous pas l'esprit De monsieur leur grand-père?

Le pont tournant, l'abbé fripon, La faridondaine, la faridondon, Les font honorer dans Paris,

Biribi, A la façon de Barbari,

Mon ami (1).

Et, vers 1779, l'abbé Morellet envoyait au Mercure de France une autre satire contre le prince. « Dans ce petit papier e'crit avec soin, explique-t-il, j'attaquais, sous le voile d'une ironie assez piquante et bien suivie, un usage sot et cruel établi dans le parc de Monceaux appartenant au duc d'Orléans, où se trouvait un pont à bascule qui faisait tomber dans l'eau ceux qui voulaient le passer. Des femmes de ma connaissance y avaient été prises^ et l'une d'elles, Mlle P., ramenée chez elle toute trempée, ses vêtements perdus, frappée d'une grande frayeur, enrhumée, malade, en était demeurée quinze jours sur sa chaise longue et avait même couru quelque danger. Mais cet écrit ne put être imprimé, les rédacteurs du Mercure craignant de se faire des affaires avec le duc d'Orléans. Il est assez étrange que ce grand partisan de l'égalité, ce coryphée de la Révolution, ce zélé patriote, exerçât alors sur ses concitoyens une petite t\Tannie digne de ce qu'on raconte des anciens seigneurs châtelains, dans le temps où chacun d'eux était despote chez lui et tyran de ses vassaux (2). »

Le Divertissement à la mode composé par le marquis de Bièvre, ajoute Cousin de Courchamp, « ne fit aucun plaisir au duc de Chartres » ; si le calembouriste en fut réellement l'auteur, on ne s'étonne pas de sa disgrâce auprès du prince.

Le jardin du Palais-Royal servait de parc aux Parisiens:

(1) Correspondance de Mme duDeffand, édition Saint-Aulaire, 1866, t. II, p. 325.

(2) Mémoires de l'abbé Morellet, Paris, 1822, t. l«\ p. 272.

Tété, on y organisait des concerts très suivis. Mais, en 1781, le duc de Chartres l'entoura de galeries qui en diminuèrent sensiblement l'étendue; à la place des alle'es de marronniers formant berceau, on vit bientôt des immeubles de rapport, où s'installèrent des industriels de toutes sortes, et le public, mécontent, imputa cette transformation à la « cupidité sordide » du prince. « Pourquoi blâmer M. le duc de Chartres, dit Bièvre, il fait maintenant des choses bien louables (1). » Le duc d'Orléans, qui désapprouvait les nouvelles constructions, observait de son côté : « Je ne sais pas d'où vient l'acharnement du public contre mon fds, j'y vois de plus près que les autres, et je puis assurer que tout est à louer chez lui (2). »

Le futur Philippe-Égalité ne manquait pas de courage; en 1787, près de La Ferté-Milon, son petit « jockey » s'embourba au passage d'un gué; il n'hésita pas à se jeter à la nage et parvint à tirer l'enfant de la rivière : « Une autre fois, lui dit-il plaisamment, tu ne te feras pas couper les cheveux si courts; tu as vu la peine que j'ai eue à les prendre et à les tenir. » Quand Bièvre apprit cet acte de dévouement : « Je l'avais toujours prédit, s'écria-t-il, que ce prince reviendrait sur l'eau! » Et Mouflle d'Angerville, commentant cette exclamation, ajoutait : « Mot assez heureux en ce qu'il a rapport aussi à la réhabilitation de ce prince dans l'opinion publique (3). »

L'excellent duc d'Orléans ne partageait pas l'aversion de son fds pour l'écuj^er ordinaire de Monsieur. En 1773, il se remaria secrètement avec une femme d'esprit, Mme de Montesson, et ses dernières années se passèrent au château de Bagnolet, où il aimait à s'entourer d'artistes et de littérateurs. Le marquis de Bièvre venait lui lire ses recueils de jeux de mots, et il en riait « comme un enfant (4) ».

Un autre cousin du roi, le prince de Condé, appréciait aussi le calembouriste, qui fut un des familiers de Chantilly :

(1) Biévriana, p. 101.

(2) Mémoires secrets, 23 juillet 1783.

(3) Ibid., 7 et 16 décembre 1787.

(4) Histoire des salons de Paris, par la duchesse d'Abrantès, Paris, 1838, t. II, p. 340.

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