‹ Le marquis de BièvreChapitre 66 sur 185 · L'UNIFORME DES «■ POURVUS DE CHARGES · texte numérisé non relu

L'UNIFORME DES «■ POURVUS DE CHARGES

à M. du Metz; en 1756 à M. Charpentier d'Ennery; en 1758 à M. Senozan de Taulignon; en 1761 à M. de la Borde, enfin en 1765 au futur marquis de Gervillier. Le traitement annuel du nouveau « pourvu » s'élevait à 6 300 livres (1).

Les officiers d'état-major nommés temporairement revêtaient^ comme les généraux, un habit bleu-de-roi. On reconnaissait leurs fonctions aux broderies plus ou moins dorées de leurs boutonnières, et, d'après un règlement de 1756, ces boutonnières devaient être au nombre de vingt-six : huit de chaque côté de la poitrine, deux à chaque manche et trois le long de chacune des poches. Quant aux « pourvus de charges j>, ils portaient le môme habit bleu, sur une veste (2) rouge agrémentée de broderies dorées. Le 7 décembre 1789, au cours de l'inventaire dressé après la mort du marquis de Bièvre, on trouva parmi les vêtements du défunt « un habit de drap bleu et à paillettes d'or, une veste d'écarlate brodée en or, un autre habit et veste pareille d'uniforme de grand maréchal-des-logis » .

Depuis quelques années, la question d'un corps permanent d'état-major préoccupait certains généraux. Le 1" avril 1766, sur la proposition de M. de Bourcet, on avait constitué un groupe de vingt et un officiers dits « employés à la reconnaissance du pays », et le 17 juin 1770, le même lieutenantgénéral parvenait à créer un « service de l'état-major des logis y> . Vingt-quatre officiers reçurent les titres d'aides maréchaux-des-logis ou de surnuméraires; on leur adjoignait trois titulaires des charges d'état-major, MM. de Collange, de Lucenay et de Gervillier. Mais seule l'imminence d'une guerre avec l'Angleterre faisait adopter le second projet de Bourcet, et, cette éventualité disparaissant, le nouveau corps fut supprimé le 1" mai 1771. En février 1772, quand le marquis de Bièvre

(1) 4 200 sur l'cxlraordinairc des guerres, 1 500 sut- l'état de la subsistance du rrginient des Gardes françaises et (iOO sur le fond de l'ordinaire des guerres. La charge valant 160 000 livres et en rapportant 6 300, son acquisition constituait un placement de fonds à 4 pour 100; l'expectative d'avantages divers pouvait seule attirer les acheteurs, puisque leurs services, en réalité, n'étaient pas rémunérés.

(2; La veste ou soubreveste était une sorte de long gilet.

entra en fonctions, on venait d'adopter encore une fois le système des aides maréchaux-ge'néraux-des-logis « temporaires » . Pendant ses douze années de service à l'état-major, le « pourvu de charge » reçut-il quelque affectation spe'ciale, comme M. de Grandpré, qui reconnut, par ordre du ministre, la frontière de Dunkerque à Huningue; comme M. de Pezay, qui étudia les ressources de la Provence? Ce dernier menait de front la poésie et la science militaire :

Dans les prés vous cherchez des fleurs, Et moi, belle Eglé, du fourrage,

écrivait-il en son « Épitre d'un aide maréchal-des-logis à une jolie femme » (1); et, une autre fois, il terminait ainsi une description rimée des îles d'Hyères, adressée à Dorât :

Ces fillettes naïves Doivent aux beaux soleils De ces aimables rives Et des ardeurs plus vives Et des teints plus vermeils.

Mais adieu, je te quitte...

Mon Bucéphale attend, Voilà l'épitre faite :

Je vais marquer un camp (2).

Les dossiers du ministère de la Guerre sont muets sur les missions du marquis de Bièvre, mais des notes écrites par luimême (3) témoignent de ses connaissances militaires. De 1779 à 4782, le marécbal-général-des-logis fit un long séjour en Italie pour s'y livrer à l'étude des beaux-arts; chaque soir, il enregistrait ses impressions. Or, quand un champ de bataille célèbre se trouvait sur sa route, il ne manquait pas de le visiter et de le décrire. Déjà, en traversant les Alpes, il avait recherché les traces du passage d'Annibal;, commentant les textes de Polybe, calculant le temps que les soldats, les machines, les éléphants, les bêtes de somme du général africain mirent à s'élever sur des pentes abruptes et glacées, éva-

(1) Almanach des Muses de 1768, p. 97.

(2) Ibid., 1773, p. 149.

(3) Dossiers de l'auteur.

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