‹ Le marquis de BièvreChapitre 68 sur 185 · LE GRADE DE COLONEL · texte numérisé non relu

LE GRADE DE COLONEL

cette occasion que les « pourvus » devraient servir pendant huit anne'es avant de prétendre au grade de colonel, car Bièvre ne reprit ses démarches qu"en 1780. A cette e'poque^, il voyageait en Italie depuis un an, et cette absence ne l'empêchait pas de veiller à ses intérêts. Le :24 juin 1780, le prince de Montbarrey, secrétaire d'état de la Guerre, présenta donc au roi ce court mémoire : » M. le marquis de Bièvre, maréchal-général-des-Iogis des Camps et Armées, a été dans la première compagnie des 'Mousquetaires^ maréchal-des-logis depuis le 18 février 177:2. Demande la commission de mestrede-camp. »

Le mot « Jjon » tracé par Louis XVI sanctionnant cette proposition, le ministre écrivait ce même jour au voyageur : « 24 juin 1780. J'ai rendu compte au Roi, Monsieur, de vos services, et j'ai informé Sa Majesté que vous êtes pourvu depuis le 18 février 1772 de la charge de maréchal-généraldes-logis des Camps et Armées. Elle a bien voulu y avoir égard et vous accorder une commisson pour tenir rang de mestre-de-camp de cavalerie. «

Ainsi, grâce à ses fonctions d'état-major, Bièvre recevait à trente-deux ans le grade de colonel (1); désormais les plus hautes fonctions militaires lui devenaient accessibles : son prédécesseur Gervillier, colonel depuis 1765, avait été nommé brigadier le l" mars 1780 et devait recevoir en 1788 le grade de maréchal-de-camp (2).

Pendant l'année 1780, M. de Béville, brigadier de dragons, remplit auprès de Rochambeau les fonctions de maréchalgénéral des-logis de l'araiée d'Amérique : sa conduite habile des troupes à travers un pays inconnu et dévasté fit reprendre l'idée d"un corps permanent d'état-major, dont les aides maréchaux-des-logis de Rochambeau, en récompense de leurs services, constitueraient le noyau. Le 13 juin 1783, le maréchal de Ségur, ministre de la Guerre, obtenait du roi la création de ce nouveau corps : il comprenait douze « aides

(1) L'appellation de colonel, remplacée au mois d'avril 1780 par celle de mestre-de-camp, fut rétablie par l'ordonnance du 17 mars 1788.

(2) Grade équivalent au grade actuel de général de brigade.

maréchaux-généraux-des-logis, » douze « adjoints à Tétatmajor de l'armée », et six « inge'nieurs géographes x. ; les aides seraient nommés colonels après vingt-cinq ans de service^ mais les adjoints, choisis parmi les capitaines de l'armée, ne parviendraient pas aux grades supérieurs. On éviterait ainsi toutes ces commissions de colonels accordées après chaque campagne aux aides maréchaux-généraux-des-logis temporaires. Le règlement classait les « pourvus de charges » à la suite de l'état-major : le marquis de Bièvre se trouva donc enfin rattaché à un groupement régulier; son premier chef fut le marquis d'Aguesseau de Luce, maréchal de camp, major des Gardes du corps, qui reçut le titre de « directeur de l'état-major ».

Pour qu'un mestre-de-camp pût aspirer à la croix de Saint- Louis, il lui fallait justifier de dix-huit ans de service (Ij. Admis aux Mousquetaires du roi le 2 juillet 1766, Bièvre n'oublait pas qu'il remplirait cette condition le 2 juillet 1784, et, dès le mois de juin, il se préoccui)a de faire valoir ses droits. Allant trouver son ancien chef, le comte de la Ghèze, il obtint de lui ce certificat :

Nous, François-Alphonse de Portalès, comte de la Chèze, lieutenant-général des armées du Roi, grand-croix de l'ordre rojal et militaire de Saint-Louis, capitaine lieutenant de la première compagnie des Mousquetaires à cheval servant à la garde ordinaire de la personne de Sa Majesté (2),

Certifions que M. Geoi'ges-François Mareschal, marquis de Bièvre, a été reçu Mousquetaire dans ladite compagnie le 2 juillet 1766, a obtenu la commission de capitaine de cavalerie le 12 de juillet 1771, sorti le 18 juillet 1772, ayant obtenu la charge de maréchal-deslogis de l'armée; son congé absolu porte qu'il a très bien servijusqu'au jour de sa sortie, et, nous avant demandé un certificat, nous lui avons fait expédier le présent par duplicata, conforme à ce qui est écrit sur le registre de la compagnie à son article.

En foi de quoi, nous avons signé de noire main et fait apposer le sceau de nos armes. A Paris, le 21 juin 1784. Sigrié : le comte de la Chèze.

(1) L'ancienneté requise variait avec les grades.

(2) Les Mousquetaires n'existaient plus depuis 1776; M. de la Chèze avait sans doute obtenu le droit de conserver son titre de capitainelieutenant du corps supprimé.

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