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L'APPROCHE DES ETATS GENERAUX

Dès son entrée en fonctions, le successeur du marquis de Bièvre fut envoyé au camp de SaintOmer.

La décision royale du 4.'i juin 1783, portant création d'un corps permanent d'état-major, n'avait pas été rendue publique, car son utilité restait discutée; on parlait de supprimer les trois états-majors existants et de les remplacer par un seul. Incertain de l'avenir réservé aux pourvus de charges, M. de Vannoise voulut profiter de la clause inscrite à son contrat d'acquisition : le 20 février 1788, il remettait sa démission au marquis de Bièvre; les deux parties convinrent toutefois que le vicomte de Vannoise resterait provisoirement titulaire de l'emploi, ce qui lui permit de recevoir, le 11 octobre 1788, un brevet de colonel.

On touchait à la Bévolution. Les tergiversations des officiers redoutant d'acquérir la précieuse charge, les mille démarches que Bièvre, puis ses héritiers, durent entreprendre pour retrouver l'argent versé en 1772 à M. de Gervillier, montrent le désarroi où tombaient, à l'approche des États (iénéraux, les derniers bénéficiaires de privilèges.

Cependant, le règlement du premier juillet 1788 vint rassurer les maréchaux-généraux-des-logis : il maintenait les trois états-majors et augmentait même le corps créé en 1783, instituant des ï surnuméraires » et des ï attachés » . Encouragé par cette confirmation, un nouvel acquéreur vint trouver M. de Vaudoyer, auquel Bièvre, comme la première fois, confiait le soin d'annoncer la vacance de la charge : c'était le vicomte Auguste de Goyon, ex-sous-lieutenant au régiment des Gardes Françaises. Le jeune homme déclara son intention de ne pas traiter à plus de 140 000 livres; en compensation, il paierait comptant. Mais, le jour même, ses amis lui reprochèrent son imprudence : l'avenir s'obscurcissait, on parlait de réformes, la suppression des charges d'état-major pouvait être décidée. 11 modifia donc ses offres, demandant à ne verser le prix de vente qu'après la dissolution des États Généraux. L'« agent de la cavalerie » transmit son désir au marquis de Bièvre, qui lui fit une réponse typique; six mois avant la prise de la Bastille, il n'envisageait l'ouverture inquiétante des États Gêné-

raux qu'à ua seul point de vue : l'époque serait mauvaise pour opérer des placements de fonds.

« J'avoue, monsieur, écrivait-il, que mon premier mouvement me porte à ne pas accepter des propositions si différentes de celles que nous avions arrêtées hier. En mettant les choses au pis, le plus grand sacrifice est de mon côté en cas de suppression, et, si l'on n'y songe pas, je perds enfin le huitième du capital de ma charge. La petite considération de l'argent comptant me faisait passer par là-dessus, parce qu'avant les États-Généraux je trouvais jour à faire un placement avantageux, ce qui sera, je crois, plus difficile alors (1). »

M. de Goyon désirait reprendre au plus tôt du service. Voyant que Bièvre n'acceptait pas ses nouvelles conditions, il revint aux premières, et, moyennant la somme convenue de 140 000 livres, M. Joseph de Goyon acquit pour le vicomte son fils la charge du marquis; l'acte sous seing privé du 9 avril 1789 stipulait toutefois que Bièvre ferait signer sans retard au vicomte de Vannoise une procuration ad resignandum; la convention ne deviendrait valable qu'après la délivrance officielle du brevet de la charge au vicomte de Goyon.

En juillet 1789, le marquis partit pour un long voyage^ et M. de Vannoise n'avait pas encore écrit sa « résignation » ; le mois suivant, il paraissait même disposé à reprendre la charge. Bièvre, alors en Angleterre, se rendit le 25 août chez un notaire de Londres pour confier à un procureur spécial « le pouvoir de céder à M. le vicomte de Vannoise sa charge de maréchal-général-des-logis de l'Armée du roi, ou à tel autre, aux conditions les plus avantageuses (2). » Mais quand le marquis mourut en Allemagne, le 24 octobre 1789, rien n'était conclu, et l'emploi d'état-major fit partie de la succession du défunt. On savait que l'Assemblée constituante élaborait un plan général de réformes du « département de la Guerre », et que le corps d'état-major allait être complètement réorganisé : aussi M. de Goyon regrettait sa convention du

(1) Bibliollièque de l'Arsenal, ms 70.i3. Lettre du 27 janvier 1789.

(2) Acle déposé le 7 septembre 1789 aux minutes de M« de la Cour, notaire à Pans (M' Huguenot, successeur actuel).

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