‹ Le marquis de BièvreChapitre 91 sur 185 · VASSAL DE LA FORTELLE · texte numérisé non relu

VASSAL DE LA FORTELLE

de Bacqiiencourt, et, dans le billet ci-après, c'est probablement aux dîners pe'riodiques de ses amis Vassal que le marquis faisait allusion :

« M. de Bièvre a vu passer plusieurs fondations de la rue Blanche sans rencontrer M. Dupleix, enfin il a été demander son adresse ce matin au numéro 106 de la rue Montmartre, sans que personne pût l'en informer. On lui a seulement dit que son domestique avait ordre d'y venir chercher ses lettres; M. de Bièvre profite au moins de ce moyen pour rendre grâce à M. Dupleix de ses attentions. S'il venait par hasard dîner dans son quartier samedi, on ne fera que changer de maison le soir sans changer de société, et il y aura un petit souper dans la rue Royale, que l'amphytrion lui offre de grand cœur, il lui racontera quelle conversation il a eue avec M. de Courte val. Ce mercredi (4). »

M. Vassal avait un frère. Vassal de Saint-Hubert, qui appartenait comme le marquis de Bièvre à la maison de Monsieur, exerçant l'emploi de maître d'hôtel ordinaire. De ses deux sœurs, l'aînée devint la femme de Louis Seguier, premier avocat général au Parlement de Paris, et membre de l'Académie française; le mari de la seconde, René Mesnard, comte de Chousy, représentait Sa Majesté auprès du Cercle de Franconie, en qualité de ministre plénipotentiaire, mais ses fonctions diplomatiques Tobligeaient rarement à séjourner en Allemagne (2); il occupait à la Cour le poste important de commissaire général de la maison du Roi.

Dans ce milieu où l'on discutait sur toutes les nouvelles de Versailles et de Paris, le marquis de Bièvre, en 1787, dut prendre la défense de son ami d'Angiviller. « Devant l'Assemblée des Notables, écrit M. Fromageot (3), on attaqua violemment l'administration des bâtiments, qu'on accusa de la ruine de la France. On dénonça les dilapidations, sinon même les malversations, commises par d'Angiviller, notamment dans les travaux faits à Compiègne et à Rambouillet. L'avocat

(1) Archives départementales de Seine-et-Oise, E. 897.

(2) Mémoires secrets, t. XXXI (supplément), 25 août 1775.

(3) Le Bornan du comte d'Angiviller, p. 24.

général Séguier se fit l'écho de ces méchantes calomnies, puis il dut lui-même se rétracter. D'Angiviller se défendit victorieusement, mais il n'en fut pas moins tristement ému. »

Apprenant par les deux beaux-frères d'André Vassal l'accusation portée contre le surintendant, Bièvre s'était empressé de la lui signaler, aussi, dans sa réponse du 22 juin 1787, avant d'exposer au calembouriste ses motifs de retarder la nomination du peintre David, M. d'Angiviller écrivait : « J'ai reçu avec plaisir et reconnaissance, mon cher de Bièvre, la lettre que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire. Je n'ai pu y répondre sur-le-champ, mais je profite du premier moment que j'ai de libre pour vous dire combien je suis touché de l'intérêt vif et tendre que vous voulez bien prendre à moi. J'ai lu votre lettre à Mme d'Angiviller qui en a été aussi touchée de son côté que moi.

« Vous croyez bien que le petit bavardage de M. de Chousy me tourmente peu. La soif de parler et le désir de paraître tout savoir font dire bien des sottises. Il me devrait sans doute de se taire sur mon compte, s'il pensait des choses défavorables, mais je ne pense pas avoir le droit d'exiger de lui un effort si pénible; j'essaierai de faire celui de me soucier fort peu de ce qu'il dira, et, si une fois je me mets en train, j'irai peut-être jusqu'à faire le même cas de ce qu'il pensera. Je suis surpris seulement qu'un homme d'esprit comme M. Séguier ajoute foi à des propos qu'il se voit forcé ensuite de dénier. Mais, au fait, si le château de Compiègne eût pu coûter beaucoup plus cher qu'il ne coûte, si je n'ai pas volé et si je n'ai pas pu voler, si, au su et au vu de tout le monde, ce château a été conduit et construit avec une économie et une intelligence rares (mérite qui ne m'appartient pas, je n'ai que celui du choix de l'architecte), dites-moi un peu le tort qu'il y aurait d'avoir fait continuer^ sans fonds extraordinaires, un ouvrage entamé sous le feu roi? N'en déplaise aux critiques, je préfère le tort de rebâtir les palais du roi à celui de les laisser tomber (i)... »

(1) Collection de M. P. Fromageot.

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