‹ Le marquis de BièvreChapitre 98 sur 185 · ATTITUDE AMBIGUË DU MEBCVRE · texte numérisé non relu

ATTITUDE AMBIGUË DU MEBCVRE

de Police, M. Le Noir^, pour le mettre au courant de ce qui se passait :

Ce 21 novembre 1783, Monsieur,

J'appi'ends à l'instant qu'il doit paraître demain dans le Mercure une pièce de vers adressée à M. Palissot, pour le prier de ne plus garder l'anonyme. Cette pièce paraîtra sous le nom du vicomte de... et elle est du chevalier de Fargés. C'est M. de Saint-Ange qui a le détail des pièces fugitives qui paraissent dans ce journal. A la seconde représentation, il soutenait que la pièce était de Palissot, et un de mes amis lui a fermé la bouche. Ainsi, il ne peut ignorer que j'en suis l'auteur. De plus, j'ai consigné ma déclaration dans le Journal de Paris. Je ne pourrai donc considérer cette pièce que comme un démenti public. C'est une petite intrigue sourde des prétendants à l'Académie. J'ose vous prier de vouloir bien arrêter cette houleuse cabale dans sa naissance, et de prévenir les suites qui pourraient en résulter. Je me flatte que vous ne refuserez pas d'ajouter cette marque de bonté à celles que j'ai reçues de vous. C'est M. de Saint-Ange seul qui est coupable de cet excès. M. Imbert voulait faire mettre un carton; il en est encore temps, car il m'est arrivé d'en faire mettre un du soir au lendemain pour corriger un article insolent où on rendait compte de la première folie que j'ai fait imprimer.

Je suis avec respect, etc. Signé : Le marquis de IJikvhe (1).

A cette e'poque, explique Meister, le Mercure, dirigé par Panckoucke^ « e'tait une entreprise typographique dont le produit appartenait au département du ministre de Paris » ; sur les bénéfices, le roi donnait aux jeunes auteurs des pensions et des gratifications. M. Le Noir ne crut pas devoir imposer au journal les frais du « carton » réclamé par Bièvre, et, le lendemain 22, les Parisiens lisaient ces vers dans le Mercure nouvellement paru :

A M. Palissot. sur la comédie du Séducteur.

En vain tu prétends te cacher Sous le manteau de l'anonyme, Ton style éclatant et sublime Sait, malgré toi, te l'arracher ;

(1) Pierre Manuel, La Police de Paris dévoilée, p. 115.

Ton Séducteur, pour s'introduire, Use de cent moyens divers :

Mais le plus sûr, pour nous séduire, C'est de nous réciter tes vers.

(Par M. le vicomte de ***.)

Bièvre courut aussitôt chez Palissot : l'auteur des Philosophes regrettait sincèrement l'erreur trop persistante du Mercure, il offrit au marquis de la démentir, et le Journal de Paris du 23 imprima sa protestation : « Il est e'trange, Monsieur le marquis, écrivait Palissot, que l'on s'obstine à me féliciter sur votre pièce. Je viens de lire dans le Mercure des vers très agréables et très flatteurs, qui seraient capables de faire durer encore quelque temps une erreur qui m'honore, mais qui m'obligent à rendre mon désaveu public. Je saisis avec empressement cette occasion devons rendre la justice que je vous ai toujours rendue au fond du cœur. Votre succès ne m'a point étonné. Mais souvenez-vous du temps où j'avais l'honneur de vous dire qu'un jour peut-être on vous ferait expier l'abus que vous faisiez de la gaieté de votre esprit. »

Au Mercure de France, le calembouriste comptait un ami, Antoine de la Place : ce littérateur, peu après, terminait ainsi l'une de ses Pièces intéressantes pour servir à l'histoire : « Le marquis de Bièvre, mestre-de-camp de cavalerie, écuyer ordinaire de Monsieur, etc., vient de se distinguer, jeune encore, par la comédie du Séducteur en cinq actes et en vers (entreprise de tout temps difficile et surtout aujourd'hui), par un succès que la lecture même n'a point affaibli. » Il déplorait donc la méprise du chevalier de Fargès et promit à Bièvre de la réparer dans le numéro du 29 novembre. Quand le calembouriste ouvrit ce nouveau Mercure, il y trouva, en première page, ces petits vers flatteurs :

Sur la comédie du Séducteur :

De Bièvre, ton brillant succès Attire la foule aux Français,

(1) Bruxelles, 1785, t. III, p. 3Go. En tous étals, on trouve des héros (Voir Georyei Mareuhal, seigneur de Bièvre, ouvrage citô, p. 541).

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