LE CABARET
Le 6 janvier 1792, — quelques jours après la fameuse séance du club dans laquelle Martinet avait dénoncé avec tant d'éloquence les menées contre- révolutionnaire? de la Rouerie, à l'autorité municipale, — qui les connaissait aussi bien que lui, — la générale batlait à la fois dans les villes de Rennes, de Vitré et de Fougères. -
Les gardes nationales chargeaient leurs fusils, endossaient leurs uniformes, et se mettaient en marche pour Saint- Ouen-la-Rouërie.
La garde nationale de Rennes, comptait seule près de deux mille hommes, et traînait après elle une pièce de canon pour enfoncer les por'^<3 du château.
Pendant ce temps-là. Martinet, le nez caché dans son manteau, sortait de la petite maison qu'il habitait rue Derval.
Arrivé auprès de l'église de Saint- Germain, il aperçut un mendiant qui grelottait au coin de la porte...
Il lui fit signe de le suivre.
Tous deux entrèrent dans l'allée étroite et sombre d'une mauvaise maison eu terre, qui fait le coin de la rue du Griffon
Martinet tira de dessous son manteau une assez grosse canne en bambou :
— Veux- tu porter cette canne à M. le marquis de la Rouerie ?
— Où esrt-il? demanda le mendiant en prenant la canne.
— A son château , dans la commune de Saint-Ouen, à Antrain, on t'enseignera la route.
— Mais d'ici Antrain, Monsieur, il y a douze bonnes lieues... dit le mendiant en montrant ses pieds nuds; je n'ai rien aux pieds ni dans le ventre.
— Ta arriveras comme tu pourras, — dit Martinet, en lui mettant généreusement dans la main une pièce de trente sous, — voilà de quoi l'acheter une paire de sabots et bien déjeuner : tu souperas et tu coucheras au château.
Le mendiant prit la canne et la pièce, et partit évidemment séduit par cette brillante perspective.
- Maintenant, se dit Martinet en se drapant dans son manteau, — il arrivera ce qui pourra, il est prévenu...
Une heure après, une mauvaise cariole jaune, traînée par un cheval blanc assez vigoareuA, sortait de 2ct rue Verdiais et se dirigeait sur la route d'Anlrain.
Un collier de grelots de différentes grosseurs était attaché au cou du cheval, et dissimulait autant que pos sible, le bruit que faisaient les membrures disjointes du véhicule, et les cris que poussaient les malheureux voyageurs renfermés dans son sein mal rembourré.
Quand la machine se mit en branle sur les pavés si accidentés de la ville de Rennes, les voyageurs se cramponnèrent aux planches qui leur servaient de sièges, aux parois de la charrette, l'un à l'autre, partout où ils pouvaient trouver prise, et alors conunencèrent des soubresauts convulsifs et désespérés.
Enfin, quand ils eurent laissé derrière eux les dernières maisons du faubourg, les voyageurs purent reprendre une position un peu moins tourmentée, etils s'examinèrent réciproquement avec une attention méfiante.
Il y avait trois hommes dans la voiture : sur le devant était Martinet, à côté de lui, le citoyen Nouaïl, membre du conseil municipal, l'orateur le plus influent du club des Cordeliers, - enveloppé d'un manteau bleu à petit rabat.
Derrière eux, les deux mains appuyées sur un bâton de chêne, et le menton dessus, — le paysan que nous avons vu au club des Cordeliers pendant le discours de Martinet.
C'était un homme de quarante - cinq ans environ,
d'une taille colossale, à la lête longue, maigre et ridée. Ses petits yeux gris et inquiets roulaient avec vivacité sous ses sourcils épais.
Il portait comme les paysans des environs de Rennes, une peau de chèvre, tannée aux coudes par l'usage : par dessous, un grand gilet d'étotîe brune mêlée, à petits boutons de métal étoile. Des guêtres, ou gamaches, serrant une jambe sèche et nerveuse , s'arrêtaient audessous du genou j laissé à moitié nu par une large culotte de tiretame grise.
— Jarry ? — demanda l'homme au manteau bleu , à quelle heure arriverons-nous à Antrain ?
— Entre huit et neuf heures, peut-être, M. Noua'il.
— Comment ça, peut-être ?
— Ah ! dit Jarry, se ravisant, les chemins ne sont pas bons.
-- Et pas trop sûrs, n'est-ce pas ?
— Oh ! les gars ne sont pas mauvais.
— Pas mauvais. ..pas mauvais, — grommela Nouaïl...
— Est-ce que vous rencontrez souvent les Chouans? demanda Martinet.
— Quelquefois... pas souvent... dit Jarry.
— Et ils ne vous ont pas fait de mal ?
— A moi ? jamais, au grand jamais.
— Décidément, dit Nouaïl à l'oreille de Martinet, je crois que nous aurions mieux fait d'attendre le détachement.
— Alors, ce n'était pas b peine de se déranger, répondit Martinet. La municipalité d'Antrain est entièrement composée des amis de la Rouerie, et si nous ne sommes pas là pour surveiller les ordres, il est certain qu'on le fera avertir.
— Comme on a toujours fait jusqu'ici, chaque fois que nous sommes venus pour l'arrêter.
— Tandis qu'en plaçant à l'entrée de la nuit des sentinelles tout autour du château, nous aurons le temps d'attendre l'arrivée de tous nos détachements.
— Je ne dis pas.. . mais si les chouans nous tenaient...
— Oh 1 il n'y a pas de danger avec moi. J'ai couru ce pays-là pendant vingt ans... et j'y suis connu.
— On ne peut pas attendre grand'chose de voleurs de grands chemins.
— Je vois que vous les jugez mal, dit Martinet en remarquant le paysan qui s'était penché pour écouter la conversation. Il y a de bons enfants parmi eux.
— C'est possible, dit Nouaïl; mais je ne souhaite qu'une chose, c'est de ne jamais les rencontrer sur mon chemin.
La carriole avait à peine gravi la côte de Romasi, et la nuit était déjà venue : une lieue plus loin , le cri de la chouette, modulé d'une façon étrange, se fit entendre à quelques pas derrière eux.
A droite, un autre cri répondit.
-— Diable! dit Nouaïl, je n'aime pas le cri de ces oiseaux-là.
— Jarry, sommes-nous loin de Tremblay ?
— A un petit quart de lieue, Monsieur Nouaïl.
— Bon, arrêtez, je préfère me rendre à pied, ça m'échauffera, — et, se penchant à l'oreille de Martinet, — c'est plus sûr , croyez-moi , nous sommes au milieu des Chouans, la carriole va être fouillée; tandis qu'en nous faufilant le long des haies. . .
Le cri de la chouette l'interrompit :
Au même instant, une douzaine de bêtes fauves, aux longs poils , montrèrent leiirs faces noircies au milieu des broussailles, sautèrent sur la route, et entraînèrent la voiture.
— Qu'as-tu là-dedans, Jarry? demanda l'un deux en allongeant la tête dans la carriole.
— Deux messieurs qui comptent aller à Antrain. •— répondit Jarry d'un air narquois.
— Bonsoir, les gars, — dit le paysan en allongeant sa tête entre les épaules des deux voyageurs placés sur le devant.
— Ah!... c'est toi^ Ghaudeboire? répondit un des chouans en sautant dans la voiture; fouette, Jarry, pour qu'on voie leurs frimousses... A la Bonne Foi!... criat-il aux chouans arrêtés sur le chemin.
La voilure se remit en route.
Un quart d'heure après elle s'arrêtait à la porte d'un cabaret situé à l'enlrée du bourg.
Une douzaine de chouans se tenaient déjà sur le seuil.
— Ah ça ! messieurs, vous boirez bien un coup de cidre avec les amis? — demanda le nouveau venu.
— Ça n'est pas de refus, — dit Ghaudeboire en s'apprêtant à descendre.
— Merci, dit Nouaïl en se renfonçant dans l'ombre, je n'ai pas soif.
Martinet sauta lestement à terre, passa avec assurance devant les gars qui se tenaient à la porte; et entra résolument dans le cabaret.
— Allons! dit Ghaudeboire, ne vous faites pas prier; si vous n'avez pas soif, vous ne refuserez pas de vous chauffer les pieds.
L'assemblée rit d'un rire bête et féroce, à cette affreuse plaisanterie qui fit frissonner le malheureux conseiller municipal.
Enfin, il se décida à descendre lentement, avec des précautions infinies, et, pour éloigner les soupçons autant que possible, il prit un air d'indifférence, ne parut pas remarquer les hideuses figures qui l'entouraient , serra son manteau autour de son corps, et entra dans le cabaret.
Au milieu d'un nuage épais de fumée de tabac et de cuisine combinés, il aperçut une vingtaine de paysans en peau de bique et en sarraux de toile jaune, accoudés sur une longue table chargée de houlons.
Cmq ou six étaient assis, les pieds pendants, sur un banc, espèce de canapé en bois, placé près du lit qui lui servait de dossier.
D'autres groupes, sous le manteau de la cheminée.
fumaient, les coudes sur les genoux et le houlon entre les jambes.
Un feu de genêts éclairait capricieusement la salle que traversait une énorme poutre noircie par la fumée.
A rentrée des voyageurs, toutes les têtes se tournèrent de leur côté :
— Ah ! ça, les gars, dit le Grand-Fumeur aux chouans campés devant lefeu, — faites donc place à ces messieurs.
Celui qui venait de parler était un homme long, pâle et osseux, que nous avons déjà vu a ia ïerme ae Jean le Chouan.
— Vous avez des passeports? — demanda le Grand- Fumeur d'un ton d'autorité.
Martinet lui montra une bague sur laquelle étaient gravés deux mots que le chouan reconnut, et lui remit un petit carré de drap sur lequel étaient brodés deux cœurs enlacés et surmontés d'une croix.
— Comme vous êtes changé, monsieur Martinet... Je ne vous reconnaissais pas... Vous avez quasiment Pair d'un monsieur... dit Jean le Chouan d'un ton goguenard : — Monsieur n'a besoin de rien. — Puis se tournant vers les chouans : — Je le connais et j'en réponds...
Martinet lui tendit la main.
— Je savais bien que nous finirions par nous rencontrer, dit Jean en la secouant avec force... Vous allez à Anlrain?
— Je voudrais voir M. le marquis de la Rouerie, pour une communication importante, — répondit Martinet à Toreille du chouan.
— Ah! ah! dit le chouan avec un ricanement étrange : — Vous le verrez... c'est moi qui vous le promets...
Pendant ce temps-là, le malheureux Nouaïl avait été entouré d'une douzaine de chouans.
— Et vous, avez-vous des papiers! demanda le Grand Fumeur.
— Je n'ai pas de papiers, répondit Nouaïl qui ne ju-
gea pas prudent d'exhiber sa carte de civisme : — je demeure à Remies, et je suis connu dans les environs,.. — Ah ! vous êtes de Rennes? Et comment vous appelez-vous?
— Désiré Nouaïl.
— Nous avons ici quelqu'un qui doit vous connaître... Chaudeboire!... — cria le Grand -Fumeur en se tournant du côié de la cheminée... approche ici... dévisagemoi un brin cette frimousse-là, et dis-moi qui ca peut être?...
— Ça, dit Chaudeboire, c'est monsieur Nouaïl.
— Et qu'est-ce que M. Nouaïl !...
— Un pataud... (un patriote).
Un frémissement d'indignation courut dans rassemblée, et vingt bras s'allongèrent pour le saisir.
— Qu'est-ce qu'il fait?.., continua le Gnnd- Fumeur.
— Il vend du vin où il met plus de la moitié d'eau, à de pauvres diables de débitants , qui le prenn'^nt à crédit, et le paient le double de ce qu'ils paieraieiit ailleurs... C'est comme ça qu'il s'est enrichi, en ruinant les autres.
— Ahl mon Dieu! s'écria Nouaïl, livide de peur, — peut-on parler ainsi! Demandez à mes pratiques, pas une ne se plaint.
— Il est du conseil municipal, je parie?
— Et du club des Cordeliers, où je l'ai entendu parler comme un livre.
Martinet baissa les yeux et se sentit frissonner à son tour... Plusieurs fois déjà il avait cru surprendre, fixés sur lui, des regards ironiques...
— Ça suffît!... dit le Grand-Fumeur, qui trouva sa religion suffisamment éclairée. — Nouaïl ! tu sais qu'on ne peut pas entrer dans le paradis, si on n'a pas restitué le bien mal acquis...
— Prenez, mes amis, dit Nouaïl en vidant la monnaie de ses poches... Tout ce que j'ai vous appartient.
— Voyons! dit le Grand-Fumeur, mets-toi à celte table et écris ce que je vas te dire... Dérangez-vous, vous autres...
Nouaïl fit un mouvement pour se reculer.
— Tu as peut-être froid aux doigts... de pied? demanda le Grand-Fumeur en lui montrant la cheminée
Nouaïl s'empressa de s'asseoir et prit la plume qu'on lui offrait.
— Écris : « Ma chère femme^
» Je suis prisonnier des chasseurs du roi , qui me » menacent de me tuer, si je ne consens à leur payer, » pour les frais de la guerre qu'ils font pour le roi , — » une somme de... »
— Chaudeboire, est- il riche, le pataud? demanda le Grand-Fumeur en portant son menton sur l'épaule droite.
— Il est riche, pour sûr.
— Ben riche? ben riche?...
— Cousu d'or.
— Ah ! mes amis ! — s'écria Nouaïl d'une voix suppliante, je suis un homme ruiné.
— Écris... « Une somme de dix mille livres. »
— Ah ! mon Dieu ! cria Nouaïl avec un soupir déchirant.
« Que tu feras remettre , au reçu de la présente , à » l'abbé Péchard, prêtre en surveillance à Rennes. »
— Bien... signe... c'est cela... L'adresse à présent... Le malheureux Nouaïl , hébété par la peur, le front
ruisselant d'une sueur glacée, remit la lettre au Grand- Fumeur, qui la parcourut pour s'assurer qu'il n'y manquait rien.
'— A présent, — dit-il, lève-toi et suis-nous...
— Ah ! mes amis ! — dit Nouaïl en se jetant à genoux et les mains jointes... — Vous n'allez pas me tuerl Tout ce que j'ai, je vous le donnerai.
Le Grand-Fumeur le fit rouler à terre d'un coup de pied.
— Si Monsieur veut le permettre, — dit-il en regardant Martinet , nous allons lui montrer comment les chouans traitent les patauds.
Martinet fit un mouvement d'épauî^^s que ces messieurs prirent pour un consentement.
Ghaudeboire le saisit au collet.
— Grâce! grâce! — criait Nouaïl en reculant.
— Veux-tu ben te taire, poltron!
Jean le Chouan s'était assis devant le feu et bourrait tranquillement sa pipe , inditîérent à ce qui se passait autour de lui... Seulement, de temps en temps il jetait en dessous un regard sur Martinet qui, malgré son sangfroid, — commençait à regretter de s'être embarqué dans cette aventure.
Cinq ou six chouans prirent leurs fusils et se dirigèrent vers la porte :
— Non , mes gars , dit le Grand-Fumeur, faut ménager la poudre et les balles, ça ne vaut pas un coup de fusil.
— C'est juste!... répondit Ghaudeboire en couchant le malheureux sur le banc.
— Cœurderoi, tire-lui sa cravate...
Passe-Partout et Fleur-de-Rose vinrent, par complaisance, maintenir les pieds et les mains, pendant que Ghaudeboire, pour l'empêcher de crier, lui étreignait la gorge de son poignet d'acier.
Ghaudeboire atteignit un large couteau pendu à sa boutonnière par une chaînette, et faisant glisser la lame sur la paume de sa main caleise, à la façon des barbiers qui préparent leurs rasoirs :
— Jeanne, apporte un bijsin, là, sous sa tète. N'aie pas peur, mon mignon, — tu ne vas pas souffrir longtemps.
Le couteau s'enfonça dans le cou jusqu'au manche ; le sang jaillit de tous côtés; la victime poussa doux ou trois cris rauques et étouffés.
Le corps frissonna dans une dernière convulsion.
— Là, c'est fini, il est saigné 1 dit Chaudeboire. Puis, les chouans le dépouillèrent et se partagèrent
ses habits.
— Portez ça plus loin, mes gars, dit le Grand -Fumeur en désignant le corps qui gisait au pied du lit.
Martinet avait suivi tous les détails de cette scène, sans qu'aucun muscle eût tressailli en lui, sans qu'aucun signe annonçât la moindre émotion.
— Comment vous appelez -vous, Monsieur? dema' ia le Grand-Fumeur en lui mettant familièrement la n jin sur l'épaule.
Martinet tressaillit et regarda le chouan sai/i répondre.
— C'est votre nom de guerre que je vous demande, l'autre ne me regarde pas.
— Je n'en ai pas encore , dit Martinet ; c'est aujourd'hui ma première expédition , et je me rends à Antrain pour parler à M. le marquis de la Rouerie.
— Nous y .serons cette nuit ; pas vrai, Jean?
— Faut l'espérer, dit le chouan en regardant Martinet avec une expression dont ce dernier commençait à s'inquiéter sérieusement.
— Puisque vous n'avez pas de nom, reprit le Grand- Fumeur, je vas vous en donner un, moi, et un crâne...
— Lequel? demanda Martinet.
Le Grand-Fumeur prit à terre le bassin qui avait reçu le sang de Nouaïl , et le mettant sur la table :
— Faites comme nous avons tous fait... trempez votre main dans ce sang et jurez : Mort aux bleus! et aux patauds 1
involontairement les yeux de Martinet se portèrent sur le chouan qui ne perdait pas un de ses mouvements, puib il plongea la main dans le bassin.
— Vous avez nom Pâte Saignante... dit le Grand- Fumeur d'un ton sacramentel... A c't' heure, voulezvous nous faire l'honneur de trinquer? N'y a Das dWfront... J' sommes de bon? crars!
DE FAVOLLE 159
Martinet parut enchanté de la proposition, et s'attabla avec les chouans qui, tous, voulurent avoir l'honneur de boire à sa santé.
— Ah ça! mes gars, dit Jean le Chouan en secouant sur la paume de sa main la cendre de sa pipe , nous avons autre chose à faire qu'à fricoter toute la nuit... Jarry, donne-nous une chambre.
Jarry prit une chandelle de résine et se dirigea vers l'escalier.
— Suivez-moi, dit Jean le Chouan à Martinet, d'un ton plus impérieux que poli.
Ils entrèrent bientôt dans la même chambre ; Ghaudeboire les y suivit.
Les deux chouans , après avoir essuyé la batterie de leurs fusils, se mirent sur le banc au pied du lit et s'agenouillèrent. Martinet, peu rassuré, feignit de dire aussi sa prière.
Des deux côtés de la cheminée, étaient deux grands lits à colonnes avec leurs rideaux et leurs courtin.es de coton bleu et blanc. Le Grand-Fumeur se jeta bientôt sur un de ces lits, tout habillé, et, deux secondes après, il ronflait à briser les vitres.
Quand vous aurez fini vos prières , dit Jean le Chouan à Toreille de Martinet , nous irons nous coucher.
Martinet leva la tête; il lui sembla que le chouan avait accentué le mot prières d'une manière ironique.
— Ensemble? dit-il en regardant le chouan qui, par politesse, avait ôté ses gamaches et ses souliers.
— Dam!... dit le chouan, aimez-vous mieux le lit de Chaudeboire?
— Nonl... dit Martinet, qui songea à la mort de Wouaïl.
— Passez dans la ruelle, dit le chouan; j'ai Ihabilude de coucher sur le bord.
Martinet saliongea tout habillé aux côtés du chouan.
ICO LE MARQUIS