‹ Le marquis de FayolleChapitre 17 sur 30 · ENFIN · texte numérisé non relu

ENFIN

Tout à coup des coups de fusil partent du jarai?!, de l'avenue et des champs voisins; les balles sifflent dans les branches... Les paysans se sauvent en laissant l'infortuné Martinet dans son horrible position.

C'étaient les gardes nationaux partis de Rennes qui arrivaient enfin après s'être fait si longtemps attendre. Martinet se cramponna à la corde qui l'étranglait, et s'y tint suspendu à la force de ses poignets. Il poussait des hurlements inarticulés.

En levant la tête , les gardes nationaux virent une masse noire se balancer au haut d'un arbre. Ils ne s'arrêtèrent pas pour si peu.

Mais quelqu'un eut plus de pitié, et resta obstinément au pied de l'arbre.

Un seul être dans la nature réclamait contre le jugement des hommes, en faveur de l'infortuné Martinet.

Et il en appelait à la justice... de qui?... nous n'oserions dire — de Dieuc

Cependant cette humble créature regardait par instant la lune...

0 mystère ! l'animal, comme le sauvage, voit peutêtre un Dieu dans tout ce qui brille.

Cet être aboyait et hurlait alternativement, — seul moyen qu'il eût de gémir.

C'était Sans-Gêne, — le chien de Martinet, la seule créature que ce dernier aimât au monde.

Aussi, avant de partir pour une expédition qu'il jugeait dangereuse, avait-il enfermé Sans- Gêne, dans la chambre qu'il occupait momentanément à Rennes... Mais le chien s'était échappé, et soit intelligence, soit hasard, il avait suivi les gardes nationaux et les soldats dans leur expédition au château de la PiouërAe.

A force de l'entendre hurler, quelques hommes revinrent sur leurs pas.

L'un d'eux grimpa sur l'arbre et coupa la corde avec son sabre.

Martinet tomba au milieu d'un fourré qui amortit sa chute.

— Il était temps! dit-il en arrachant de son cou la fatale cravate de chanvre.

Puis reconnaissant Georges à ses épaulettes de capitaine.

— Cernez le château... ils sont tous làl... nous les tenons!...

— C'est fait! dit Georges, tout notre monde eirtoure le château, il est impossible qu'il en échappe un seul.

— Ha, ha !.., à mon tour! dit Martinet en se frottant joyeusement les mains.

Les gardes nationaux se répandirent en foule dans le château, fouillèrent tous les appartements depuis la cave jusqu'aux combles, sondèrent les murailles, les jointures des dalles, sans rien découvrir.

— C'est incroyable 1 dit Martinet en portant sa main à son cou, pour s'assurer qu'il n'était pas le jouet d'une affreuse fantasmagorie. Je suis pourtant bien sur de n'avoir pas rêvé...

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