‹ Le marquis de LétorièreChapitre 11 sur 49 · MADEMOISELLE DE SOISSONS · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE SOISSONS

Florentin quelque boutique où Ton pût aller s'embusquer pour guetter le jeune malade , sous !e prétexte d'emplettes.

Il se trouva justement une obscure modiste j)resqu en face de la maison habitée par Létorière. Sachant Tlieure à laquelle sortait régulièrement le maïquis, Julie, au risque de passer pour Irès-bizarre , monta en voiture avec une des femmes de compagnie de sa tante, et alla chez cette modiste inconnue commander plusieurs coiffures.

Elle aperçut bientôt, à travers les vitres, l'ex-régent et son élève. Il y avait une expression de mélancolie si louchante sur Fadorable visage du jeune gentilhonnne , et Dominique semblait l'entourer de soins si tendres, si paternels, que mademoiselle de Soissons fut émue jusqu'aux larmes.

Sa commande taile , la princesse se lit conduire aux Tuileries. Létorière y arriva bientùl, et alla s'asseoir au soleil avec Dominique.

Lorsque mademoiselle de Soissons put contempler à son aise la figure ravissante de ce jeune homme, elle ressentit une impression profonde et nouvelle , son sein battit avec force: elle trembla, elle rougit... elle aimait.

Du caractère singulier dont était hi |)rin-

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cesse, il est hors de doute qu'à ses jeux une des plus grandes séductions de Létorière fut le malheur dont il était poursuivi. Pour l'ànie généreuse et élevée de cette jeune fille, il y avait là presque un tort du destin à réparer.

Maîtresse de revenus considérables, sûre du secret et de la fidélité de Brissot , qui avait appartenu au prince son père , mademoiselle de Soissons le chargea de s'informer des afAiires de Létorière. Instruit de tout, l'intendant écrivit au procureur, qui était le sien, de poursuivre le procès et de faire au marquis les avances nécessaires. Ce fut encore lui qui ol)tint l'emploi de Landry, au moyen d'un présent fait à un dos officiers subalternes de Al. le duc de Bourbon, chargé de toutes ces nominations.

Longtemps la princesse se contenta de rêver en secret à cet amour chaste et passionné^ d'attendre avidement les rares occasions où elle rencontrait le marquis, et de lui écrire de temps à autre. Lorsque, par ses soins ignorés, il eût gagné son procès, elle résolut de le laisser livré à son libre arbitre , et de voir s'il serait digne d'elle. Elle lui écrivit une dernière fois, lui remit ce billet à l'Opéra, et attendit.

Le jour où le marquis fut présenté au roi.

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mademoiselle de Soissons accompagnait madame la daupliine , elle se trouvait assez près de Louis XI pour entendre ce prince dire ù tout venant, en montrant son jeune protégé :

« Avouez qu'il est charmant ! »

Avec quelle joie , avec quelle fierté la princesse vit pour ainsi dire son choix approuvé par ces paroles du prince, qui, on Ta dit, attacha aussitôt le mar({uis à sa personne.

Mademoiselle de Soissons , jusque-là trèsinsouciante des fêtes de la cour et des petits voyages de Marly, rechercha dès lors toutes les occasions d'y paraître. Louis XV aimait beaucoup son jeune écujer, qu'il fit bientôt entrer dans sa maison militaire. A la chasse, à la promenade, il faisait remarquer avec complaisance la bonne grâce el l'adresse de Lélorière , dont il citait les reparties fines et délicates.

Vàv un contraste bizarre, plus Tamour de la princesse Julie faisait de progrès dans son cœur, plus elle fuyait les occasions, non de rencontrer, mais de fîiire connaissance avec M. de Létorière.

Après deux années de séjour à la cour, la faveur et les succès du marquis étaient au comble. On lui prétait mille bonnes fortunes. Chose encore biznrre! la jalousie de mademoi-

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selU' do Soissons ne s'en alarmait pas. La passion chaste et fiêre de cette jeune fdle lui donnait le courage de prendre en pitié les éphémères et folles amours qu'on attribuait au marquis. Elle se sentait si sûre, si digne d'être éperdûmcnt adorée , d'être préférée à toutes dès qu'elle se révélerait à lui, qu'elle demeura longtemps presque insouciante des nombreuses galanteries de Létorière.

La princesse Julie avait voulu suivre des yeux celui qu'elle aimait, pour juger s'il serait digne d'elle... Elle trouvait simple qu'il jouit des succès que devaient lui valoir les rares attraits dont il était doué. Mais elle voulait savoir si son cœur resterait noble et généreux au milieu de tant d'enivrements.

Lorsqu'il s'agit de sentiments élevés, il n'est pas de petits indices ; les faits journaliers ont à cet égard une autorité plus probante peutêtre que les grands éclats de dévouement ; les uns sont dans la vie des accidents, les autres des habitudes.

Ainsi trois personnes pauvres et obscures avaient rendu de véritables services à Létorièi e pendant ses jours mauvais : — Dominique, — le tailleur — et sa femme.

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