‹ Le marquis de LétorièreChapitre 16 sur 49 · I.K DKI'ART. lO · texte numérisé non relu

I.K DKI'ART. lO

baisa avec la plus rosprclurusp ol la plus \\\p tendresse.

Cette scène était si imprévue, si foudroyante, que la maréchale resta un moment muette en interrogeant du regard le comte et l'abbé non moins pétrifiés.

— Et moi, — reprit le marquis, — jt" jwif" de consacrer ma vie à la noble princesse qui m'honore de son choix...

— ¥A moi, par toute l'autorité que me donne ma parenté , — s'écria impétueusement madame de Kohan-Soubise en sortant de sa stupeur,— je vous déclare, mademoiselle, que <>ette honteuse alliance est impossible el qu'elle n'aura pas lieu!

— L'honneur que daigne me faire mademoiselle de Soissons me dispense, madame, de répondre aux outrageantes paroles que vous venez de m' adresser, - dit le marquis, vivement ému par cette scène.

La princesse Julie reprit en s' adressant à sa tante :

u Avec la délicatesse qui devait cararlériseil'homme à qui je confiais ma destinée, M. de Létorière voulait attendre l'i.ssue du procès dont le conseil aulique de l'Empire va s'occuper, pour arrepter formellenirnt In main que

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je lui avais librement ofl'erfe ; s'il gagne son procès, il sera reconnu de maison princière, et il n'y aura plus entre nous de différence de rang, ainsi qu'on dit ; mais si cette proposition élail de sa part noble et délicate, j'étais làcbe, moi, en l'acceptant; je semblais reconnaître les exigences que je n'admets pas, je semblais attendre l'heureuse issue du procès pour me décider. Cela ne me pouvait convenir; j'ai donc voulu loyalement, ouvertement, madame, vous déclarer quelle est mon inébranlable volonté : que ce procès soit gagné ou perdu, M. de Létorière part ce soir pour \ienne... Ce soir, je me rendrai à l'abbaye de Montmartre, où j'attendrai son retour; vous devez comprendre, madame, qu'il m'est maintenant impossible de demeurer chez vous un jour de plus...

— Sans doute l'hôlel de Soubise vous déniait fort , mademoiselle ; pourtant il faudra bien vous résigner à n'en sortir que pour faire un mariage digne de votre maison, ou entrer à jamais dans un couvent...

— A moins, madame, que Sa Majesté n'ait pour agréable que je sois libre de me retirer à l'instant près de madame la supérieure de l'abbaye de Montmartre, — dit mademoiselle de Soissons en remettant à madame de Rohan-

LE DKPART. lOT

Soi]])ise une lettre qu'elle tira de sa j)oclie.

— L'écriture du roi ! — s'écria la maréchale.

— Hier, j'ai écrit à Sa Majesté, qui a le secret de ma résolution; lisez sa réponse, qui vous est adressée, madame :

u Ma cousine , pour des raisons à moi con- !) nues, je désire que mademoiselle de Sois- 55 sons se retire à l'abbaye de Montmartre jus- )) qu'i\ nouvel ordre.

» V^otre affectionné, Louis, »

ALadame de Rohan-Soubise , au comble de l'élonnement , relut la lettre deux fois.

u A merveille ! — dit-elle avec un dépit concentré ; — vous l'emportez, mademoiselle... Mais sa Majesté peut revenir... reviendra sans doute sur une détermination qui lui a été surprise... — Et je vais de ce pas me rendre auprès du roi.

— Je crois assez connaître les intentions de Sa Majesté, madame, pour être certaine de la vanité de votre démarche, — dit mademoiselle de Soissons. — Puis elle tendit sa main à AL de Létorière : — Adieu, mon ami, allez à Vienne?... Je vous attendrai à l'abbaye de Montmarti' »...•;

108 LE MARQUIS D F. LÉTORIKRF.

Le soir même, M. de Lêlorière était on rouir' pour \ iennc.

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