‹ Le marquis de LétorièreChapitre 2 sur 49 · LE TAILLEUR · texte numérisé non relu

LE TAILLEUR

— \'ous avez fait cri liahil ? ot avrr quoi ? ol à (|ii('ll(' licurc? -Me r(''|)OiKlr('z-vou.s !... Depuis li'iil jours je no vous ai pas vu, vous et votre digne apprenti, travailler à autre elif)se qu'à ces houppelandes de ratine et h ces habits de peluche, n

Voulant venir au secours de son patron, Martin KraCt se hasarda de dire : u C'est moi, madame Landi-y, qui ai acheté avec mes économies cinq aunes de drap d(! Ségovie, couleur amarante, enfin de quoi faire l'iiahillement complet , avec trois anncs de taffetas changeant pour la garniture âo. la veste et de l'habit... \ous y avons travaillé, mnitre Landry et moi, pendant la nuit... pour que ca ne prenne pas sur notre travail du jour.

— Ainsi , pendant que je dormais Iraiiquillemenl, honnêtement, tu te levais comme un vil criminel pour faire ce beau chef-d'o'uvre ! — s'écria la ménagère.

— Danu^ !... que veu\-tu ?... Ce pauvre p(>lit seigneur rH)us faisait tant de peine à nous deux .Martin kraft ! Par sainte Geneviève ! c'était pitié que de le voir en plein hiver avec son malheureuv habit de tricot bi'un. Xous n'avons pas pu résister au plaisir de le vêtir comme un gentilhomme (pi'il est... Sois tranquille, tôt on

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tard il nous payera... Je mettrais ma main au feu qu'il est aussi honnête qu'il est charmant î j)

Jérôme Sicard , grand et gros homme de trente ans environ , avait écouté la narration du tailleur avec une satisfaction croissante. Lorsque maître Landry eut terminé son récit, le cocher lui tendit sa large main , et lui dit :

^; Touchez-là.... digne tailleur; envoyez à l'instant votre femme cliercher une houteille de votre meilleur vin , que nous trinquions ensemhle , sarpejeu ! Et vous aussi, hrave apprenti, vous hoirez votre part de cette houteille; car vous honorez les ciseaux et Tétahli mleiiv que pas un de votre respectahle corpoj'iition.

— Si vous ne buvez que le vin que je vous servirai, vous ne risquerez pas de perdre le peu de raison qui vous reste , — dit aigrement dame Landry ; — vous méritez bien , en effet, de trinquer avec mon sot de mari, puisque vous vous laissez ensorceler comme lui par le premier fripon venu ! Mais, puisque vous faites si bien les commissions de cet enjôleur de marquis, vous pouvez lui aller dire que l'habit ne sortira pas d'ici avant qu'il nous ait payé les trois cents livres qn'il nous doit déjà... \ oiis pouvez le prévenir aussi , pour en finir.

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