‹ Le marquis de LétorièreChapitre 28 sur 49 · LES CONFIDENCES · texte numérisé non relu

LES CONFIDENCES

— Et que diable vouliez-vous que je trouve à dire, moi, à un savant et à une prude? On ne se rei'ait pas !

— Certes non, — murmura le baron, — le pauvre garçon est comme moi, il aurait ])ien de la peine à s'accoutumer au jargon d'un docteur et au bavardage d'une vieille femme.

— Il ne me restait plus que vous à visiter, baron. Je vous ai visité... vous êtes un brave... et j'ai peur de vous ennuyer de mes affaires... Mais ce procès... si vous saviez... si je le perdais!... .l'ai l'air comme ra insouciant; mais tenez, si cela était... si je le perdais! — s'écria Létorière avec énergie, — je n'y survivrais pas ; je prierai, morbleu, sainte cartouclie et ma carabine d'avoir pitié de moi! ^

Après avoir laissé écbapper ce sinistre secret, Létorière sembla rassembler ses idées, passa sa main sur son front, et regardant auloiii' de lui d'un air étonné :

i: Ah cà, ou suis-je?... \'our éles là, ba ^ ron?... Allons, allons... votre vin du Rhin est capiteux en diable, mon iiôte, j'ai dormi, je pense... — VA le marquis abaissait malgré lui ses paupières qui semblaient alourdies.

— \ous n'avez j)as dormi, mais vous en

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avez, je crois, bien envie, mon liote... et votre coupe est pleine.

— Alors videz-la pour moi, baron... car... le procès... le cerf... aujourd'liui?.. Aliî... au diable le procès... vive la cbasse!... A boire... à vous, baron!... — et Lélorière feignit de tomber assoupi et appuya sa tète sur ses deux bras.

— Il refuse de boire , je suis vainqueur î ^ s'écria le châtelain. Et aussitôt il appela Selbitz et Erhard, autant pour constater son triomphe sur le Français, que pour leur ordonner de r aider à monter dans la chambre aux rats.

Lètorière, dont la tète était aussi calme que celle du baron, se prêta à l'aide quon lui donnait, sembla monter machinalement T escalier qui conduisait à la chambre, et tomba lourdement sur son grabat.

Le baron se trouvait dans un étrange embarras. S'il s'intéressait profondément à Lélorière, surtout depuis que ce dernier lui avait laissé croire qu'il ne survivrait peut-être pas à la perte de son procès, le bon châtelain avait aussi formellement promis sa voix aux princes allemands, dont il croyait les droits fondés.

Pour accorder son désir d'obliger le marquis avec sa parole déjà donnée, le baron eut

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recours à un singulier compromis : u \'os voles seront secrets : du caractère dont je connais Sphex et Flachsinfnigen, d'ailleurs très-partisans (les princes, — se dit-il, — il est hors de doute qu'ils voteront tous deux contre ce pauvre Létorière, surtout après T algarade qu il a faite au savant et à la conseillère. Or leur hostilité assure le triomphe de la partie adverse du marquis. Maintenant, pourvu que les princes allemands gagnent, ainsi que le veut la justice, qu'importe que ce soit à l'unanimité ou à la majorité de deux voix contre une ? Tout ce que je désire, moi, c'est de pouvoir, sans causer d'injustice, renvoyer ce pauvre marquis avec de honnes paroles et une preuve de mon amitié ; caije n'aurai jamais le courage de dire 7ion à un aussi brave veneur et à un si jovial compagnon. »

Cette résolution "[irise, le châtelain attendit avec impatience le réveil de son hôte, et lui annonça qu'ayant l'éfléchi toute la nuit à son procès, sa conviction s'était modifiée, et qu'il lui donnait sa parole de voter pour lui.

Létorière, après a\oir mille ("ois remercié le baron, repartit pour Vienne. Quoi qu'il eût dit au cli;î(elnin, le mar(piis n'a\nil encore vu ni le

conseiller Spliex ni la femme du ronseiller Flachsinfingen.

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