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Si! raijso à riiiKiiiiiiiilr , ils ('(aicnl siiif^uliî'rrmeiil (''loiiiH's do coKo t'lran|](> coïncidciirc d'opinion ; aussi se Iiàlèrcnt-ils d'en venir aux explications.
— Comment, dial)leî avez-vous volé pour le marquis? — s'éeria impétueusement le baron en s' adressant à FlaclisinHnjien etàSphex d'un air ébahi.
— .l'albis vous ("aire la même (juestion, baron ! — reprit Spliex. — Comment vous ètesvous décidé à lui donner votre voix? Kt vous, aussi, Flachsinfingen?
— ]Mais, moi, c'est bien difrérent, — dit le cliâtelam. — Entre nous, nous pouvons parler franchement : vous m'avouerez qu'à égalité de droit on penche pour ses préférences, n'est-ce pas? Eh bien! c'est parce que mes chiens et ceux du marquis chassent ensemble, comme on di(, (jue je lui ai donné ma voix. En un mot, c'est un homme dont le caractère, dont les manières, dont les habitudes me plaisent. Je lui avais promis mon vote en désespoir de cause, sacliant bien que vous deviez tous deux lui être hostiles. .Te suis ravi puisqu'il a gagné ; mais (|ue le diable m'étrangle si je comprends comment e( poui(pioi vous avez volé pour lui !
— liC caraclèie et les habitudes du marquis
VOUS plaisent? — direiil à la fois Spliex et Flaclisiiilingen au barou avec stupéfaction.
— Certes , jamais plus hardi chasseur na sonné de la trompe dans nos forêts,,., jamais plus gai compagnon, jamais plus franc buveur n'a vidé son v. iderkom rubis sur T ongle, comme disent les Français !
— Les deux conseillers partirent d'un commun éclat de rire aux yeux du châtelain.
— Un hardi chasseur!... un sonneur de trompe, lui!... pauvre jeune latiniste! pauvre lettré ! — dit Sphex en donnant cours à son hilarité et haussant les épaules de pitié.
— In rude buveur!., un gai compagnon!... ce candide adolescent qui cite la Bible à tout propos!., ce jouvenceau timide qui ne pouvait regarder ma femme sans rougir jusqu'aux oreilles ! — dit Flachsinfmgen avec un rire non moins sardonique.
— Lui !... le marquis?.,, un lettré... un latiniste?... Le marquis, citer la Bible et rougir devant une femme ! — répéta à son tour le châtelain avec des éclats de rire immodérés. — Aii cà! mes maîtres, vous êtes fous, ou plutôt vous voyez toutes choses à travers los lunettes.
— Vous êtes fou vous-même, avec vos cors de chasse et vos widerkoms ! — s'écria Sphex
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impalionlé; — qucpout-il y avoir de comniuii, je vous prie, entre le marquis et ces grossiers amusements de gladiateurs et d'ivrognes? — ajouta le docteur avec une expression de souverain mépris. — Vous ne tomberiez pas dans celle erreur, mon cher baron, si vous aviez entendu Létorière réciter et commenter les admirables vers du roi des poètes latins de Tan-
tiquité!...
Kt moi! — s'écria le baron courroucé, —
je crois h ce que mes yeux ont vu , et non aux rêves de votre imagination malade! Devant moi le marquis a tué un cerf du plus beau coup de couteau de cliass(> qu'un veneur ait jamais donné! Devant moi il a sonné de la trompe mieux, que le premier piqueur de la vénerie impériale! En deux jours il a bu devant moi plus de bière, plus de vin du Rhin et plus de kirschenuasser (pie vous n'en boirez dans toute voire vie, docteur Sphex! Devant moi il a moulé mon vieil Elphin que bien des écuyers trouveraient dillicile!... Kh bien! encore une fois, je vous dis, à vous et à Elachsinlingen , que Létorière, ce rude et hardi cavalier, se sert trop bien de l'éperon, de la trompe el du verre |)Our perdre son temps à pâlir sur de vieux i)ou(piius ou à rougir devaiil une
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femme!... Encore une fois, vous êtes deux songe-creux... ;;
A cette apostrophe du châtelain, les deux autres conseillers se récrièrent ; bientôt la discussion devint si violente, que les trois juges, parlant à la fois et ne pouvant s'entendre, en vinrent aux personnalités.
Il l\illut la présence d'un huissier du conseil pour mettre un terme à cet incompréhensible entretien.
L'huissier s'approcha de Flaclisinfingen et lui parla bas à l'oreille...
" Messieurs, — dit-il, — c'est ma femme qui désirerait me parler ; voulez-vous l'entendre? elle ne peut qu'éclairer la discussion, car elle a conversé pendant deux heures entières avec M. de Létorière... Écoutez-la, et vous verrez que ce que j'avance est de la plus rigoureuse vérité.
— Qu'elle entre si elle veut, — s'écria le châtelain. — Mais, malgré tous les jupons de Germanie, je répète que j'ai vu Létorière tuer un cerf de sa main, et qu'il boit aussi bravement que moi.
— Et malgré tous les veneurs , tous les piqueurs et tous les buveurs d'Allemagne, — s'écria le docteur Sphex, — je soutiens que
LE JUdEMEXT. 21Ô
j'ai entendu Létorière me réciter des vers de Perse, et les commenter plus doctement que ne le ferait le plus savant professeur de nos universités! Or, vous ne me ferez jamais croire, baron, qu'un homme aussi lettré, qu'un lionmic d'un esprit aussi délicat, aille courir les forêts comme un braconnier et boire comme un pandour.
— Et moi, malgré tous les professeurs, tous les piqueurs, tous les buveurs de l'empire, je soutiens que j'ai vu Létorière trembler comme un enfant devant ma femme, qui a été obligée de le rassurer, et que je lui ai entendu citer la Bible aussi saintement qu'un pasteur, — s'écria à son tour Flacbsinfingen exaspéré. — Il n'y a qu'à voir le marquis pour s'assurer qu'il n'y a rien dans son air, dans sa tournure, qui sente le gladiateur. »
La conseillère entra au milieu de ces assertions si diverses.
(. Je ne doute pas, messieurs, — dit Flaclisinfingen , — que ma femme ne vous mctie d'accord; elle est demeurée jusqu'ici étrangère à notre discussion, et... »
Mais Alartlia ne laissa pas achever son mari, et s'adressant au baron et au docteur d'un air affable et conq)limenteur :
216 LE MAROLIS DE LETORIEllE.
— Il nest bruit, messieurs, dans le palais, que du gain du procès de AI. de Létorière ; permettez-moi de vous ieliciter de cette unanimité de jugement si inespérée... Grâce à votre sage union, messieurs, on peut dire que la cause do riiinocence et de la religion est gagnée! Car, pour moi, M. de Létorière, ce pauvre entant, représente à merveille l'innocence et la religion au moral et même au physique, si cela se peut dire, car il a F air d'un ange.
— Eh bien! que vous disais-je, messieurs? — s'écria Flachsinfingen.
— El de quel diable d'ange el d'enfant parlez-vous là, s'il vous plaît, madame? ' s'écria le baron.
La conseillère reprit d'un ton un peu aigre: u Je parle, monsieur le baron, d'un pauvre ejïfantque vous connaissez aussi bien que moi, car vous avez voulu faire boire, faire fumer, faire chasser cette innocente créature lorsqu'elle a été vous visiter pour vous intéressera son procès. Oh ! je sais tout, monsieur le baron ; mais, échappant à vos tentations, cet ange a courageusement résisté ; il a bu de l'eau pure comme son âme, et n'a pas craint de vous rappeler à vos devoirs religieux que vous aviez oubliés...
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— Mais, morbleu, madame! — s'écria le châtelain, — vous ne savez...
— Je sais tout, je sais tout, vous riis-je! — reprit la conseillère avec volubilité ; — mais je vous pardonne, en voyant par votre vole que le seul ascendant de Tinnocence a sulli pour l'aire tomber vos injustes préventions. "
Le châtelain devint cramoisi et se dit à luimême : — Si cela dure dix minutes de plus, j'aurai un coup de sang, j'en sui^ sûr...
« Mais, madame, — dit le docteur Sphex, — vous vous trompez étrangement..., et...
— Et vous aussi, monsieur, — reprit la conseillère ; — vous lui avez donné votre voix ; gloire à vous! Vous avez bien fait, mais maintenant, dites-moi : comment avez-vous pu croire qu'un adolescent si religieusement élevé... si religieusement nourri des saintes Ecritures... aurait souillé sa chaste mémoire de toute votre abominable littérature profane! Pounpioi lui avoir fait un crime de ne pas connaître les vers d'un certain... Perse... dit-on, le plus effronté des satiriques?
— Mais, par Hercule!., madame... cc^i au contraire lui...
— Ah!... par Hercule!... ([uel affreux jurement païen! — s'écria la conseillère en levant
les mains au ciel. — Je sais tout, vous dis-je... Mais je vous dirai comme j'ai dit au baron : Puisque vous êtes revenu de vos injustes préventions... puisque vous vous êtes joint à mon mari pour faire triompher notre virginal protégé...., gloire à vous...., honneur vous soil rendu î !
— Mon clier baron..., je me sens les nerfs horriblement agacés par cette scène, — di( le docteur en pâlissant et en prenant les mains du châtelain par un mouvement d'impatience convulsive, — je ne suis pas bien...
— Et moi, mon pauvre docteur, je suffoque...., j'ai des vertiges, ma tête se fend!.... J'étouffe..., j'ai besoin d'air! )»
La porte s'ouvrit, et l'huissier vint annoncer que M. le marquis de Létorière demandait à avoir l'honneur de saluer et de remercier MM. les conseillers.
a C'est Dieu... qui nous l'envoie! — s'écria la conseillère, — qu'il entre! qu'il entre, ce doux agneau pascal!...
— Vous allez voir cet agneau buveur dVau pure! — dit le baron avec un sourire sardonique.
— \ ous allez voir cet ennemi de l'antiquité
1,ES ADIEIX. 219
profane, — dit lo docteur sur le même ton... en se frottant joyeusement les mains.
— Vous allez voir ce .\emrod... — dit Fhiclisinlingen.
— Vous allez voir la perle des jouvenceaux ; — dit .Alartlia avec la plus profonde , avec la plus intime conviction.
CHAPITRK WIl.
LIvS .ADIKIX.
liétorière entra.
La surprise des quatre spectateurs fut au comble; ils restèrent pétrifiés et se regardèrent avec ébahissement.
Le marquis était vêtu avec la plus remarquable élégance : il portait un habit de velours bleu-céleste, brodé d'un feuillage d'or et d'argent d'une délicatesse extrême ; sa veste, de drap d'argent, était pailletée d'or, ainsi que son haut-de-chausse de même couleur que l'habit ; des bas de soie blanc-rosé à coins d'or ; des souliers à talons rouges ; une épée à monture d'or, rehaussée d'ornements d'argent du
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plus beau travail ; une aiguillette bleue, argent et or, un cliapeau à plumes blanches, que le marquis tenait à la main, complétaient cet éblouissant costume.
Cette complète métamorphose eût déjà sul'li pour renverser toutes les conjectures, ou plutôt pour confondre tous les souvenirs des conseillers et de Martha ; mais ce qui excitait davantage encore leur étonnement, c'était l'impossibilité où ils étaient de retrouver dans la ligure de Létorière aucune des expressions qui les avaient individuellement frappés.
Ainsi, dans ce charmant gentilhomme si magnifiquement vêtu, à l'air à la fois spirituel et malin... à la tournure d'une élégance et d'une grâce si parfaites, quoiqu'un peu efféminée, le baron ne retrouvait plus son agreste chasseur si débraillé, si négligé... le docteur cherchait en vain son savant humaniste, à tournure de poète affamé, et dame Martha demandait tout aussi vamement, aux yeux noirs et brillants du marquis , le regard timide et voilé de l'adolescent citateur delà Bible.
Létorière sentit la nécessité de mettre un terme à l'étonnement de ses juges, il les salua profondément et leur dit :
u Me sera-t-il permis, messieurs, de vous
I,KS ADIEl \. m
lémoignor ici loulo ma profonde t^raliliule, (1 d'en réilérer l'assurance à ehariin de vous en particulier ?»
Les (rois Allemands se regardèrenl stupéfaits, et attendirent en silence la iin de cette scène étriinge.
Létorière s'avança près de madame de Flaclisinfingen, lui prit la main avec un mouvement de la plus aimable galanterie, la porta à ses lèvres, et lui dit d'une voix douce et grave : c( Je savais d'avance, madame, que pourméiiler votre inléret, que pour être à la hauteur de votre noble caractère, il fallait avoir comme vous une âme pure et religieuse... en me montrant à vous sous ces dehors, je n'ai pas menti. J'ai un moment emprunté votre langage, madame, et croyez qu'il est trop noble et trop beau pour que je l'oublie jamais.... — VA il la salua respectueusement.
— Quant à vous, monsieur le baron, pour vous prouver que je suis toujours digne de faire partie de la confrérie des joyeux veneurs, je n'ai d'autre moyen . que de vous supplier de venir l'année prochaine faire la Sainl-Huberl h mon château d'Obbreuse.... Si vous daigne/ accompagnei' monsieur le baron, — dit le mai- (piis au docteur Spliex, — nous continuerons
22Î LE MARQIIS DE LKTORIEllE.
nos commentaires sur notre poète favori. Enfin, messieurs, autrefois c'était seulement par goiit que j'aimais la chasse, la lecture des poètes anciens et de l'Ecriture.... maintenant, ce sera par reconnaissance et par souvenir de votre précieux intérêt...
Ce disant, Létorière salua profondément les trois conseillers, qui restèrent sans parole, et sortit.
Radieux de ce ;]ain qui assurait son maria[{e avec mademoiselle de Soissons, Létorière rentrait chez lui, lorsqu'il reçut ce hillet que la princesse lui avait écrit par un courrier :
u Le roi se meurt... ma liberté, notre avenir " sont menaeês... Venez! venez... r
Tombant du plus rayonnant espoir dans une effrayante angoisse, le marquis partit à T instant pour Paris.