‹ Le marquis de LétorièreChapitre 42 sur 49 · E UETOIU · texte numérisé non relu

E UETOIU

Mais li(''lori('ic se pi'écipila sur la main de Louis W ; mal'jré ses elTorls, il la baisa res{)e{tueusement à plusieurs reprises, et s'agenouilla près du lit, en disant :

u Oue le roi me pardonric mon audace.... mais maintenant il n'y a plus de motiC pour qu'il repousse mes soins...

— Sortez.... laissez -moi !.... — reprit Louis XV'.

— Il y a quatre ans, j'étais plus heureux.... le roi daignait me laisser haiser sa main royale dans le jardin de Versailles, — • dit le marquis avec un accent de vénération filiale.

— Mais il y a quatre ans.... ma main ne pouvait pas vous communiquer une épouvantable maladie... la mort peut-être ! — s'écria Louis W douloureusement ému.

La courageuse insistance de Létorière toucliait d'autant plus cet excellent prince, qu'à l'exception de quelques valets intérieurs, il avait été abandonné par presque tous les courtisans.

Les grands officiers de sa couronne, que leur devoir aurait du retenir auprès de sa personne, n'avaient obéi que trop fidèlement à ses ordres, (|ui leur délendjiienl de rester près de lui.

liCS beaux tiails du roi, défigurés par la vio-

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lence de la maladie, révélaient déjà les approches d'une mort prochaine. A ce moment su- ])réme, les funestes dissentiments, les sombres agitations politiques qui avaient obscurci la lin de son règne, lui causaient de nouvelles prêctccupafions. Le noble dévouement de Létorière vint un moment faire diversion aux pensées accablantes qui rendaient si j)énibles les derniers moments du roi.

— Vous êtes un insensé.... vous mériteriez toute ma colère pour oser me désobéir et vous exposer ainsi... — s'écria Louis XV d'un accent plus chaarin que sévère, en attachant un regard attendri sur Létorière qui, toujours agenouillé près du lit, gardait un profond silence.

— Que le roi ait pitié de moi!... mais celle occasion est peut-être la seule où je puisse lui témoigner ma reconnaissance.

— Mais encore une fois cette maladie est contagieuse... Vous ne voyez donc pas qu'on m'abandonne... que je suis seul... que je veux être seul! — se hâta d'ajouter le prince avec amertume , comme s'il eût voulu déguiser sa première pensée ; le dévouement du marquis faisant paraître plus hideuse encore aux yeux du roi l'ingratitude de ses courtisans.

— Brave et noble cœur! — ajouta Louis XV

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en contemplant le marquis avec attendrissement. — Tu n'as pas peur, toi... tu es fidèle...

— Que le roi récompense donc ma fidélité en m' accordant ce qu'il n'accorde à personne... le droit de le servir, de rester près de lui!... — dit Létorière en joignant ses mains d'un air suppliant.

— Il le faut bien... maintenant, — dit Louis XV. Puis il reprit , presque avec désespoir : — Mais tu es jeune! mais tu es beau! mais tu es aimé! et tout cela, tu le risques pour venir près de moi ! Tout cela, tu me le sacrifies peut-être, pauvre jeune homme !... quand tant d'autres... — Et après un moment de silence, Louis ajouta : — Il doit y avoir foule chez le dauphin pour saluer le roi Louis XV I.

— Sire, que dites-vous î

— C'est le sort des rois qui s'en vont, mon enfant... Ah! si je n'avais que foubli, que la mort à redouter!... Mais la France... la France... où va-t-elle? et mon petit-fils, quel sera son avenir!...

— Sire, la France vous a nommé le Bien- Aimé, longtemps encore vous justifierez ce nom, et monseigneur le dauphin le méritera un joui'...

■2M) LE MARQIIS 1)E LKTORIKRE.

— Je ne m'abiiso pas... je suis faible, j'approche de ma Un... — ajouta Louis XV en s(>couant tristement la lete ; — et puis, je crois que certaines morts sont significatives ; le maréchal (rArmantières, le marquis de Chauvelin sont mort8 subitt^ment devant moi... dans mon cabinet... c'est un avertissement du ciel...

— \e pensez pas cela ,- sire. Cette maladie est dangereuse, mais les soins..,;

— Les soins seront impuissants, je le sens, aussi est-il affreux pour moi de penser que j'ai peut-être inutilement compromis votre existence... mais maintenant, il est trop tard. \otre imprudence... noii, non... votre généreux dévouement a rendu* tout regret stérile... Mais dites-moi, j'ai appris avec joie le gain de votre procès. Maintenant rien ne peut plus s'opposer à votre union avec la princesse Julie... Oh! il m'a fallu rompre bien des lances pour vous contre la maréchale et contre la maison de Savoie, — ajouta Louis XV en souriant doucement avec une adorable expression de bonté. — Il m'a fallu user de toute mon autorité pour empêcher qu'on ne retirât madenuiiselle de Soissons de l'abbaye de Montmartre.

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