‹ Le marquis de LétorièreChapitre 5 sur 49 · L'EX-REGE\T DU PLESSIS. J · texte numérisé non relu

L'EX-REGE\T DU PLESSIS. J

Ces mots Vu M. Létorière parurent cho- (jucr désagréablement Tex-régent du colléjie du l'iessis. Il répondit avec une sorte de dignité caustique : « Tout ce que je sais, c'est que haut et puissant seigneur Lancelot-.Marie- Josej)h du Vighai], sieur de Marsailles et maiquis de fiétorière... loge dans cet appartement, ma l)onnc femme....

— Bonne femme.... ah ! bonne femme !.... — s'écria Madeleine en courroux. — Je vais vous faire voir, moi, si je suis une i)onne (emme ! Où est votre maître, votre beau marquis de l'Aigrefin ? votre liaut et puissant seigneur de la Friponnerie ! '

Jean-Kranrois Dominique se redressa dans sa toge, étendit son long bias nu et décharné du côté de la porte, et dit d'une voix impériale : il Sortez d'ici à l'instant même ! Monsieur le marquis, mon noble élève, n'est pas rentré... j'i|!nore (juand il rentrera... mais, de toute façon, je présume qu'il n'aura aucune satisfaction de vous voir, ma chère... car, si la colère défigure les trarls les plus charmants, dit le sage, à fortiori, elle rend iiideux ceux (jue la nature a traités en marâtre ! Ceci s'adressanl particulièrement à vous, faites-moi U gr;Ue de.... > Et Dominique montra de

■Ib LE MAR(ni> UE LETORIKRI:;.

nouveau la porte d'un geste très-signiiicatil". A cette insulte, la femme du tailleur s'exaspéra ; elle jeta son parapluie à terre, s'assit brusquement sur mie chaise en s' écriant : (^ C'est bien à toi, vilain hibou.... de parler de

la laideur des autres ! Ce beau fds est

ton élève dis-tu ?.... Jésus Dieu ! je le crois

bien, car tu as l'air d'un passé maître en indignité ! vieux misérable!.... Mais moi, je ne

sors pas d'ici que je ne sois payée en-

lends-tu ?.... payée.... ou, par sainte Madeleine ma patronne, si je sors, ce sera pour aller chercher monsieur le commissaire...

— Ah C(â, payée, et de quoi, s'il vous plaît ? - — demanda Dominique.

— Je veux être payée des habits que votre batteur de pavé a sur le dos... Je suis la femme de maître Landry, tailleur aux Ciseaux d'Or ; et si mon mari a été assez dupe pour vous faire crédit jusqu' câ présent, je ne serai pas assez sotte, moi, pour l'imiter.... Il me faut mon argent.... je ne sors pas d'ici que je n'aie mon argent...

— Comment ! • — s'écria Dominique en se croisant les bras de l'air du monde le plus dédaigneux, — c'est pour un si misérable objet que tu viens me rompre les oreilles de

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Ion alTrcuv ramage, (juc lu viens tuurinciiler M. le marquis ! Alais lu oublies donc qu'autrefois les villes do la (îrècc se disputaient riionneur d'offrir leurs services à Alcil)iade? que les Ephésiens dressaient ses tentes ? que ceux de Chios nourrissaient ses chevaux ? que les Lesbiens entretenaient ses tables ? et tout cela (jratfs.... entends-tu bien, (/ratis ; tout cela pour avoir seulement Thonneur d'offrir quelque chose à Alcibiade ! Et toi, misérable artisane, pour trois cents méchantes livres, (|ui ne font pas la dixième partie d'un talent î pour une misère que te doit M. le marquis, mon élève, qui est ou qui sera, pardieu, bien autre cliose qu' Alcibiade , tu viens piailler coni?ne une orfraie! Mais, vieille folle, bénis donc le jour, au contraire, où mon élève a daigné jeter les yeux sur ton ignoble atelier! rappelle-toi donc que le cordonnier d'Athènes qui eut le bonheur de faire le premier des cliaussurcs à Alcibiade, S'^^S"*"^ P^^^^ d'argent dans une année que tu n'en gagneras dans ta misérable vie, entends-tu bien ? "

Madeleine Landry voyant l'exaspération de ce grand honmie velu d'une couverture, et (pii parlait d'Alcibiade, crut avoir affaire à un fou.

> -Mais au moins, apportes-tu T habit cpio AI. le marquis a bien voulu commander à ton mari ? — reprit Dominique. — Songes-y bien ; qu'il redouble d'attention et de dextérité pour parfaire ce vêtement, car il s'agit de son avenir de tailleur; et, s'il contente mon élève, sa fortune est faite... Voyons, où est-il, cet habit?:) — et Dominique s'avança gravement vers Madeleine.

Olle-ci se dressa brusquement sur sa chaise, décidée à sauter aux yeux de celui qu'elle prenait pour un insensé.

" \e m'approche pas î ou je te fends la tète d'un coup de parapluie, — s'écria-t-elle.

— Mais vous êtes folle, ma chère dame

qui songe à vous violenter? \ ous n'apportez donc pas l'habit ? — reprit Dominique d'un air moins menaçant.

— Comment ! si je n'apporte pas l'habit ? impudent ! — reprit Madeleine un peu rassurée. — Certes non, je ne l'apporte pas ; et ce n'est pas ma faute si votre élève a sur le dos celui que mon imbécile de mari lui a vendu, et dont je viens exiger le payement ; car, je vous le répète, je ne sors pas que je ne sois payée... Si on ne me paye pas, il y a encore. Dieu merci, de la place au For-l'Evèque pour y

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niollro les fripons.... Quand on n'a pas do quoi j)ayer de l)caiix liabils, eli bien ! fout marcjuis ([u'on est, on porto une veste de l)ure, et on ne vole pas le temps et la niarcliandise des pauvres ouvriers. ^

A ce moment des pas léj^ers se firent entendre dans l'escalier.

u C'est monsieur le niar(|uis, — s'éeiia Doininicpie.

— Ah ! nous allons avoir beau jeu ! — s'écria dame Madeleine.

— Ma chère dame, - — dit Dominicpie, (('Ile fois d'un Ion suppliant, — ména<{ez-le : foi de Dominique, vous serez payée....

— Tarare!... \ous allons le voir, ce mai(|uis de contrebande ! '

A ce moment la porte s'ouvrit lenlenienf , el le marquis parut.

(Je n'aurai pas le courage d'assisler à celte scène, — dit Dominique en tremblant. VA il se leïiferma dans son cabinet noir.

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