La Messe noire
La mystique sexuelle atteint son apogée dans le culte ^
de l’Eglise dite satanique. „ Satan “ est ici la „personni- ;
fication du mystère copulatiP, devant protester contre ^
la domination exclusive du „ mysticisme métaphysique ;
divin L’histoire de cette secte remarquable, dont les ^
horribles hallucinations fantastiques ont même trouvé en v
Félicien Kops, récemment décédé, un artiste, spéciale- \
ment adonné à les reproduire picturalement, a été écrite i
par G. L e g U é^) et particulièrement par Stanislas ?
P rzyhyszewski.^) Satan-satyre, Satan-Pan et Satan- j
phallus était l’antique „dieu des instincts et de la volupté‘‘, \
vénéré au même degré parmi les esprits élevés et parmi les plus pauvres d’esprit; il était la source intarissable \ des plaisirs de la vie, de l’enthousiasme et de l’ivresse.
„ C’est lui qui a enseigné à la femme Part de séduire, c’est lui qui a poussé les hommes à satisfaire 1
leur penchant sous la forme d’instincts sexuels réciproques, J
qui s’est enivré de couleurs, qui a inventé la flûte et .j
imprimé aux muscles des mouvements rythmiques, jusqu’à |
ce que la sainte démence s’emparât des âmes et le phallus sacré ensemençât le sein fertile de son suc abondant. “ C’était alors l’âge heureux des gais mystères, consacrés à la nature génératrice. Puis vint le christianisme hébraï- 1 que-grec et prêcha la mystique ascétique surnaturelle de { la paternité divine. L’Eglise arracha violemment l’homme
G. Herman „La Genèse. “ La Loi de rengendrement. Tome HT, Leipsic 1899. p. 84 et s. |
2) G. Légué „Médecins et empoisonneurs au XVII siècle" * Paris 1896. p. 139—168.
3) St. Przyby sz ewski „L’origine et le culte de PEglise de Satan," dans „La Critique 1897, Nr. 134, 135, 148, 149, 150.
de la nature. „Elle détruit la sélection inconsciente de la nature, qui se manifeste à l’extérieur, produisant la beauté, la force et la splendeur; elle protège tout ce que la nature voudrait éliminer: la fange, la laideur, la maladie, l’estropié et le châtré. “ Mais la nature ne se laisse pas faire violence. Partant, l’Eglise s’est vue obligée de céder et d’amalgamer finalement le culte païen avec le sien. „Les bacchanales, célébrées jadis en l’honneur de Gérés libre, furent célébrées plus tard à l’occasion des processions aux fêtes de la Vierge Marie, avec encore plus d’extravagance que jamais auparavant, et jusqu’au 13“® siècle le peuple célébra, d’accord avec le prêtre, des fêtes lascives et orgiaques, la fête des ânes^), la fête des fous (fatuorum); — certains restes du culte phallique se -cachèrent dans l’église : les chapiteaux abondaient en figures obscènes, et un sujet favori pour les reliefs d’églises •était Noé s’accouplant à ses filles. “ Mais le culte de l’Eglise satanique, proprement dit, fut créé par le manichéisme dans la France méridionale. „ C’est de là que Satan commence sa marche triomphale par toute l’Europe. “ Les alliances secrètes des „parfaits“, des „perfecti“, s’organisent partout, s’abandonnant exclusivement aux plaisirs :sexuels les plus obscènes et remplis de haine contre la doctrine chrétienne. „Ils injuriaient et tuaient les prêtres, •en quelque lieu qu’il les trouvassent, ils faisaient l’usage le plus cynique des vases sacrés, et une grande partie de leur culte n’est qu’une parodie du culte catholique. Dans leurs réunions, dans leurs messes parodiques, le sabbat satanique est déjà complètement préformé, même dans ses
q Comp. Floegel, „Histoire du Grotesque-comique.“ âème éd. avec 41 images, en partie fort interess. Leipsic 1888, p. 205 et 1. s.
détails. Chaque uovice était tenu d’abjurer, à son admission, toute foi catholique, de cracher sur la croix, de renoncer au baptême et cà l’onction. “ Malgré les poursuites de l’Eglise, cette secte se conserve, et sa devise : „Nemo potest peccare ab umbilico et inferius“ trouva des^ partisans surtout parmi les prêtres „peu satisfaits “ (sou& le rapport de l’instinct sexuel). Tuer le péché au moyen du péché. Voilà ce qui fut le principe dominant de leurs orgies sexuelles. Le prêtre sanctifie toutes les femmes qui pèchent avec lui. Les nonnes sont les „ consacrées c’est-à-dire, les maîtresses des prêtres. La mort noire au 14“® siècle, le flagellantisme, la fureur de la danse, la famine augmentèrent l’hystérie sexuelle jusqu’à l’extrême. C’est alors que la secte des adorateurs de Satan célébra ses triomphes. Depuis, malgré les persécutions les plus cruelles, elle a continué à subsister, et elle n’a pas cessé de fêter ses sinistres messes. Encore tout nouvellement, elle a reparu dans certaines ramifications. Les „adamites“ ou „nicolaïtes'‘, les „picards“ dans la. Bohême, qui se rassemblent nns, qui rejettent le christianisme et vivent en pleine communauté des femmes, et qui avaient été en apparence exterminés déjà en 1421 dans une île du fleuve Luschwitz par Jean Ziska, se montrèrent en 1848 encore dans cinq villages du district de Chrudin sous le nom de „marocains‘‘. Ce nom fut choisi parce qu’ils attendaient l’extermination de tous les catholiques par un ennemi, devant venir du Maroc, Analogue à cette dernière secte, nous trouvons dans l’Etat de New-York (depuis 1881) la „commune d’Oneida‘‘ ou „perfectionistes‘b ainsi qu’ils s’appellent, ayant tiré de l’oubli l’ancien nom des ,,perfecti'‘. Aujourd’hui encore, le culte de Satan se célèbre à Paris, comme nous le
dépeignent les écrits de Huysmans^) et d’autres auteurs.
Le procès de Madelaine B avent, au 17"^® siècle, fut, comme on sait, d’une grande notoriété, répandant aux yeux du public une vive lumière sur la messe noire ou messe de satan. De même celui de l’abbé Guibourg, chez lequel Eacine, lord Buckingliam et la marquise de Montespan entendirent la messe noire.
Le marquis de Sade se montre dans ses romans adhérant fanatique du culte de satan. Plusieurs messes noires sont dites dans ,,Justine“ et „Juliette‘‘. Dans ,,Justine“ (tome II p. 239) une pareille messe, célébrée dans un cloître, est décrite en detail. Une jeune fille ust attachée en guise de sainte Vierge dans une niche les bras élevés aux deux. Ensuite on l’étend nue sur une grande table, on allume des bougies, on orne son derrière d’un crucifix, et „consomme sur ses fesses le plus absurde des mystères du christianisme. “ Puis une messe est lue par-dessus le derrière de Justine. „Dès que l’hostie est devenue Dieu, Ambroise la saisit des mains de son confrère et in anum filiae immitit ; à cette occasion la superstition relative à l’hostie est persiflée dans les termes les plus hideux.
Une autre fois Juliette fait son entrée dans la salle de la „Société des amis du crime“ (Juliette III, 35) nue et couchée sur un grand crucifix, couvert de hosties et garni d’une bible à son bout.
1) J. C. H uy s 111 an s „Là-bas“ Paris 1891. „En route* Paris 1887. Y. en détail dans Herman, p. 113 etc.
2) „Tlistoire de Madeleine Bavent, religieuse du monastère de Saint Louis de Louviers etc.“ Paris 1652.
Description de cette messe chez Herman, ailleurs, p. 110 et 1. s.
Deux messes de Satan sont célébrées (Juliette Illy 147) in cunnis duarum tribadum, puis l’hostie in faecc posita ano inseritur; ensuite le grand autel est choisi pour siège des orgies les plus effrénées.
Enfin le pape Pie VI, lui-même, (Juliette V, I) célèbre une messe noire, et à cette occasion l’hostie in pene papae posita postea ano filiae inseritur.